Les six pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale (Cemac) prévoient de lever près de 3 906,5 milliards de FCFA, soit environ 7 milliards USD, sur le marché des titres publics selon les programmes annuels d'émissions publiés par la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC).
Cette nouvelle séquence d'émissions intervient alors que les conditions monétaires se sont durcies. Dans son rapport de politique monétaire arrêté au 30 septembre 2025 et rendu public le 31 décembre 2025, la BEAC met en évidence une hausse généralisée du coût des ressources levées sur le marché des valeurs du Trésor. Entre septembre 2024 et septembre 2025, le taux moyen pondéré des bons du Trésor assimilables est passé de 6,61 % à 6,93 %. Sur le segment des obligations du Trésor assimilables, le rendement moyen s'est établi à 9,61 %, contre 9,11 % un an auparavant.
Malgré ce renchérissement du financement, les États n'ont pas réduit leur recours au marché en 2025. Au contraire, l'activité s'est intensifiée. Selon les données de la BEAC, les Trésors publics de la Cemac ont levé 6 157,2 milliards de FCFA entre septembre 2024 et septembre 2025, contre 5 001,3 milliards sur la période précédente. L'encours total des titres publics a progressé de 33,5 % en un an pour atteindre 9 234,2 milliards de FCFA à fin septembre 2025, soit l'équivalent de 12,2 % du PIB régional, contre seulement 0,1 % lors du lancement du marché en 2011. Le marché des titres publics est ainsi devenu un pilier central de la stratégie de financement des États.
Sur les 6 157,2 milliards de FCFA levés en 2024-2025, les bons du Trésor ont représenté 3 218,1 milliards, avec une forte concentration sur les maturités courtes, notamment les titres à 26 semaines, qui ont concentré 40 % des volumes. Les obligations, pour leur part, ont totalisé 2 939,1 milliards de FCFA, principalement sur des maturités comprises entre deux et cinq ans. Les titres de long terme restent marginaux, les obligations à dix ans n'ayant représenté qu'un peu plus de 1 % des montants émis, signe d'une prudence persistante face au coût du risque.
C'est dans ce contexte que les États de la Cemac s'apprêtent à retourner sur le marché en 2026 avec des programmes globalement plus modérés. Le Cameroun, première économie de la zone, prévoit de lever 1 165 milliards de FCFA, combinant des émissions de bons du Trésor destinées à la gestion de trésorerie et des obligations pour le financement du déficit budgétaire.
Le Gabon ambitionne 1 046 milliards de FCFA, avec un recours équilibré entre titres de court et de moyen terme. Le Congo table sur 690 milliards de FCFA, en privilégiant les obligations, tandis que le Tchad prévoit 520 milliards de FCFA, principalement sur des maturités de deux et trois ans. La Guinée équatoriale concentre ses 419 milliards de FCFA sur des bons à 52 semaines, tandis que la République centrafricaine limite ses émissions à 66,5 milliards de FCFA, exclusivement en obligations de moyen et long terme.
Si les volumes prévus pour 2026 sont inférieurs à ceux mobilisés en 2025, la pression sur les finances publiques demeure forte. Le marché secondaire reste actif, avec plus de 4 500 milliards de FCFA échangés en espèces entre septembre 2024 et septembre 2025, et les spécialistes en valeurs du Trésor continuent de détenir près des deux tiers de l'encours total. Mais la hausse continue des taux renchérit mécaniquement le service de la dette et réduit les marges de manœuvre budgétaires.
Perton Biyiha
La Rédaction
Publié le 15/01/26 17:37


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