Côte d’Ivoire/ Orpaillage clandestin : La surveillance satellitaire comme solution technologique

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 10h47min

En Côte d'Ivoire, le secteur minier est dominé par la production aurifère qui est en plein essor avec un accroissement remarquable depuis 2007, et cela après un pic observé de 3,4 tonnes en 1998. En effet, de moins de 2 tonnes de production d'or en 2007, soit 1,24 tonne, la production d'or s'est hissée à 6,95 tonnes en 2009 avant de chuter à 5,32 tonnes un an plus tard. Elle a ensuite remonté la pente pour atteindre 10,69 tonnes en 2011 et connaîtra une légère décélération l'année suivante s'établissant à 9,83 tonnes.

A partir de 2014, la production d'or a poursuivi sur une pente ascendante et a plus que doublé en 10 ans passant de 20 tonnes à plus de 50 tonnes en 2023 (50,45 tonnes), avec des perspectives de bonification pour 2024. Le potentiel aurifère national estimé à environ 600 tonnes est localisé au Nord, au Centre, à l'Ouest et au Sud-Est du pays. Le pays compte à présent plus d'une dizaine de mines d'or en exploitation. Le pays a même enregistré au mois de mai dernier une découverte majeure d'un champ aurifère de classe mondiale (projet Koné), regorgeant des ressources minérales évaluées à 155,5 tonnes d'or et qui devrait avoir ses premières coulées dès 2027.

Le secteur aurifère impacté par l'exploitation illégale

Cependant, ce potentiel minier aurifère ivoirien est frappé de plein fouet dans son exploitation par un fléau qui a la peau dure, notamment l'orpaillage illégal. Ce phénomène qui au départ était minime a pris de l'ampleur dès 2002, à la suite de la crise militaro-politique qu'a vécu la Côte d'Ivoire, avec l'occupation de la partie Nord du pays par les insurgés. Depuis lors, cette activité a prospéré et est devenue l'activité économique principale dans des différentes zones rurales du pays en dépit de la réunification du pays et du retour à la normale. Un rapport cartographique des sites d'orpaillage de la Côte d'Ivoire présentée en mars 2022 par la CNDH-CI, la commission publique des Droits de l'Homme, a fait ressortir un total de 360 sites identifiés, dont 108 sites légaux et 252 sites clandestins, ce qui faisait un ensemble de 30 % des sites identifiés bénéficiant d'un permis d'exploitation de l'administration minière, tandis que 70 % des sites sont clandestins.

Pour adresser cette problématique, les autorités ivoiriennes par la voix du ministre en charge des Mines, du Pétrole et de l'Energie estimant le 6 juin dernier à Abidjan, à l'occasion de la tribune d'échanges ‘'Les rendez-vous du gouvernement'', que ‘'Sa pratique représente un danger pour l'environnement, la santé des populations et la sécurité nationale, ainsi qu'un manque à gagner inestimable pour les populations rurales et l'Etat'', a souligné certaines mesures qui seront mis en place pour limiter la pratique.

Il s'agit entre autres de la révision code minier visant à offrir la possibilité de faire cohabiter les grands permis avec les autorisations artisanales d'exploitation minières. Ce nouveau code devra mettre l'accent sur la transformation locale des minerais en général et l'or en particulier, et organiser l'exploitation transparente, ainsi que de la répartition équitable des profits entre les parties prenantes. Il est également prévu la mise en place d'un comptoir national d'achat d'or et l'installation d'une unité industrielle d'affinage d'or.

La surveillance satellitaire pour soutenir la lutte

Ce combat contre l'orpaillage clandestin mené par les autorités devrait être soutenu par le monitoring satellite qui se présente comme une révolution technologique. En effet, le recours aux technologies satellitaires pour éradiquer l'orpaillage illégal est en passe de devenir une stratégie incontournable. À travers des données de surveillance, ces dispositifs permettent de monitorer les activités minières clandestines de manière précise et continue, offrant ainsi une nouvelle arme aux autorités et aux défenseurs de l'environnement. L'orpaillage illégal, véritable fléau environnemental et économique, détruit les écosystèmes et menace la biodiversité. Face à cette menace croissante, la technologie apporte une lueur d'espoir. Les satellites, avec leur capacité de surveillance à distance et en temps réel, se révèlent être des alliés de poids dans la lutte contre ces pratiques destructrices. Les satellites offrent en effet une couverture exhaustive des territoires, y compris les zones les plus inaccessibles où l'orpaillage clandestin prospère souvent loin des regards. En fournissant des images actualisées et détaillées, ils permettent une surveillance constante et efficace.

En Amazonie, région gravement touchée par l'orpaillage illégal, les satellites jouent un rôle crucial. Selon une étude publiée par l'Institut National de Recherches Spatiales (INPE), les données satellitaires ont révélé des taux alarmants de déforestation liés aux activités minières illégales. En surveillant les changements dans le paysage – tels que la disparition des forêts ou l'altération des cours d'eau – les satellites aident à identifier et localiser les opérations illégales. Des algorithmes sophistiqués analysent ces images pour détecter automatiquement les anomalies et alerter les autorités compétentes.

Une détection précoce et interventions ciblées

Les informations fournies par les satellites ne se limitent pas à la détection. Elles sont également cruciales pour planifier des interventions ciblées et efficaces. En Afrique de l'Ouest, par exemple, plusieurs initiatives utilisent des données satellitaires pour suivre les activités minières illégales. Ces informations permettent de coordonner les efforts entre les différentes agences gouvernementales et les organisations internationales, optimisant ainsi les opérations de répression. L'agence spatiale européenne (ESA), à travers son programme Copernicus, fournit des données accessibles qui ont été utilisées pour surveiller l'orpaillage en Guinée et au Mali. Ces interventions ont conduit à des arrestations et à la réduction significative des activités illégales dans certaines zones protégées. De même en Côte d'Ivoire, la solution Trigger's Sat est en passe de devenir un élément incontournable dans la surveillance environnementale surtout pour la lutte contre l'orpaillage clandestin. Trigger's permet de fournir des données actualisées de manière mensuelle sur les évolutions environnementales.

Une sensibilisation et mobilisation des acteurs locaux

Les images satellitaires servent également de preuves irréfutables dans les enquêtes et les poursuites judiciaires. Elles constituent un outil de sensibilisation puissant, illustrant les impacts dévastateurs de l'orpaillage illégal sur l'environnement. Les décideurs politiques, munis de ces preuves tangibles, sont plus enclins à adopter des mesures rigoureuses.

Un exemple frappant de cette approche est celui du projet "Eyes on the Amazon", lancé par l'ONG Rainforest Foundation, qui utilise des données satellitaires pour documenter et dénoncer les activités minières illégales au Pérou. Ces informations sont partagées avec les communautés locales, les autorités et le grand public, stimulant ainsi une prise de conscience collective et une mobilisation accrue contre l'orpaillage clandestin. Bien que prometteuse, l'utilisation de la technologie satellitaire dans la lutte contre l'orpaillage clandestin n'est pas sans défis. L'accès limité à Internet et la pénétration inégale des technologies numériques dans certaines régions compliquent parfois l'exploitation de ces données. De plus, la formation des personnels locaux à l'interprétation des images satellitaires reste un enjeu crucial.

Cependant, avec des efforts concertés pour surmonter ces obstacles, les perspectives sont encourageantes. Le Rwanda, par exemple, a récemment lancé une initiative de formation en collaboration avec l'Agence spatiale rwandaise, visant à renforcer les capacités locales en matière de surveillance satellitaire. Aujourd'hui, les satellites représentent une avancée majeure dans la lutte contre l'orpaillage illégal. En offrant des données précises, ils permettent une détection précoce, une collecte de preuves solides et des interventions ciblées. Tandis que de plus en plus de pays et d'organisations adoptent cette technologie, l'espoir est que l'orpaillage clandestin devienne une pratique de plus en plus difficile à mener en toute impunité.

La Rédaction

Publié le 10/07/24 10:54

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

qQ4NRwznfG8O1kmXt27cVhdLnh7UuBvnPRtqA58pCPo False