Foncier : Libreville tente de corriger un angle mort identifié par la Banque mondiale
Le lancement annoncé de la Régulation Foncière de Masse (RFM) par le ministère du logement et de l'habitat, place le foncier au cœur de l'agenda économique gabonais, en écho direct aux constats du rapport Business Ready 2025 (B-READY) de la Banque mondiale. Et pour cause, si le cadre juridique existe, son effectivité administrative reste insuffisante. Sur le pilier Business Location (enregistrement des propriétés, fiabilité cadastrale, sécurité des droits), le pays affiche une performance inférieure à la moyenne des économies à revenu intermédiaire, pénalisée par des délais longs et une prévisibilité faible, selon la Banque Mondiale, deux facteurs qui renchérissent mécaniquement le coût d'investir.
Le B-READY 2025, souligne que la régularisation et l'enregistrement foncier au Gabon impliquent plusieurs administrations successives, avec des circuits peu intégrés. Résultat : des procédures pouvant s'étirer sur plusieurs mois, immobilisant le capital foncier et retardant les projets immobiliers, agricoles ou d'infrastructures. Cette lenteur empêche l'usage rapide du terrain comme garantie bancaire, réduit l'accès au crédit de long terme et freine la mise en chantier. Pour les PME, qui constituent l'essentiel du tissu productif, ces frictions pèsent davantage que la fiscalité affichée.
Autre faiblesse explicitement pointée : une digitalisation foncière fragmentée. Les systèmes cadastraux et de conservation ne sont pas pleinement interopérables avec l'urbanisme, la fiscalité ou les hypothèques, ce qui accroît les risques de doublons, litiges et incertitude juridique. Dans la méthodologie B-READY, cette absence de traçabilité numérique pénalise directement la note du pays, car elle génère des coûts indirects (temps administratif, recours à des intermédiaires, informalité partielle) qui amputent la rentabilité des projets.
Le parallèle régional est par ailleurs éclairant. À l'échelle de la CEMAC, les économies partagent ce même angle mort : des lois souvent alignées sur les standards régionaux, mais une exécution administrative qui reste le maillon faible. Le Gabon dispose toutefois d'atouts supérieurs (revenu, institutions, potentiel de bancarisation), mais subit des frictions comparables. En s'attaquant aux délais, aux coûts et à la traçabilité via la RFM qui prévoit 35 000 régularisations, Libreville confirme sa volonté de transformer un actif foncier dormant en levier économique, suivant les recommandations de l'institution de Bretton Woods.
Idrissa Diakité
La Rédaction
Publié le 20/01/26 15:30


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