Face aux tensions observées dans l'écoulement du cacao ces derniers temps, le gouvernement ivoirien a décidé de passer à l'action. Ainsi, ce 20 janvier, lors d'une conférence de presse à Abidjan, le ministre ivoirien en charge de l'Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, a annoncé l'engagement formel de l'État, à procéder à la mise en place d'un dispositif d'achat des stocks de fèves au prix garanti. Ce sont environ 123 000 tonnes de cacao invendues qui ont été recensées par les services de l'État dans les zones de production.
L'objectif affiché à travers cette mesure est de sécuriser durablement le revenu des producteurs, préserver la fluidité de la commercialisation et éviter toute remise en cause du prix garanti bord champ, fixé à 2 800 FCFA (environ 5 dollars) le kilogramme, un niveau historiquement élevé.
Selon le ministre, la réponse gouvernementale repose sur trois mesures majeures. La première consiste en l'inventaire de tous les stocks de cacao invendus dans les bassins de production. La seconde porte sur la mise en place d'un dispositif d'achat de ces stocks au prix garanti, en étroite collaboration avec l'Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) Café-Cacao et les autorités administratives locales. Enfin, des séances d'information et de sensibilisation seront organisées à l'intention de l'ensemble des acteurs de la filière, afin de faciliter l'enlèvement rapide des produits. ‘'Ces dispositions visent à rétablir rapidement la liquidité en zone de production, à sécuriser l'évacuation du cacao vers les usines et les ports, tout en renforçant le rôle des acteurs nationaux dans la chaîne de valeur'', a précisé le ministre Adjoumani.
Il a en outre rappelé qu'avant l'ouverture de la campagne principale 2025-2026, plus de 85% de la production nationale estimée avaient été vendus par anticipation par le Conseil du Café-Cacao, le régulateur de la filière, conformément au mécanisme de commercialisation en vigueur. C'est sur cette base que le gouvernement a pu fixer un prix producteur record à 2 800 FCFA/kg, a -t-il signifié. Cependant, depuis septembre 2025, le marché international du cacao a connu un retournement brutal. Les cours ont chuté d'environ 30%, passant de plus de 5 000 livres sterling la tonne à près de 3 500 livres à la bourse de Londres. Une baisse significative qui, malgré tout, n'a pas été répercutée sur le prix payé aux producteurs ivoiriens, grâce au mécanisme de ventes anticipées.
Le ministre s'est voulu rassurant. Le dispositif annoncé ne constitue pas une mesure ponctuelle, mais un mécanisme appelé à s'inscrire dans la durée, tout au long de la campagne principale, afin de décongestionner le bord champ et de restaurer la fluidité des achats. Un plan d'enlèvement des stocks est entré dans sa phase opérationnelle, avec des enlèvements annoncés dans les tout prochains jours. Au-delà des considérations techniques, l'enjeu est aussi social. En protégeant le prix au producteur et en assurant l'écoulement des stocks, le gouvernement entend préserver la stabilité sociale dans les zones rurales, pilier de la première économie cacaoyère mondiale.
Narcisse Angan
Publié le 20/01/26 17:09


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