La République démocratique du Congo a mis en service sa première raffinerie pilote d'or. L'installation, inaugurée le 11 mars à Kalemie dans la province du Tanganyika, devrait permettre au pays de raffiner entre 500 et 600 kilogrammes d'or par mois, soit une capacité annuelle pouvant atteindre environ 7,2 tonnes.
Dénommée DRC Gold Refinery S.A., l'unité industrielle est issue d'un partenariat entre l'entreprise publique DRC Gold Trading S.A. et la société privée Lunga Mining, selon les informations communiquées par les autorités congolaises lors de la cérémonie officielle. La raffinerie assure l'ensemble des opérations industrielles, depuis l'achat du métal auprès des producteurs jusqu'au raffinage et à la fabrication de lingots destinés au marché.
Dans son intervention, le ministre des Mines a indiqué que cette installation va permettre au pays de raffiner une partie de son or sur son propre territoire et de produire des lingots avec un degré de pureté pouvant atteindre 99,9 %, niveau conforme aux standards du commerce international.
Selon les autorités congolaises, la raffinerie doit également offrir un nouveau débouché aux producteurs locaux. Le dispositif prévoit l'achat d'or auprès des mineurs artisanaux, des comptoirs commerciaux et des petites et moyennes exploitations, avec des prix "alignés sur les références du marché et des procédures de transaction présentées comme plus transparentes".
Le ministre des Mines a par ailleurs appelé les opérateurs impliqués dans la fraude et la contrebande à abandonner ces circuits et à rejoindre le mécanisme officiel organisé autour de la société publique DRC Gold Trading.
La création de cette raffinerie intervient dans un contexte où le gouvernement congolais cherche à reprendre le contrôle d'un secteur aurifère largement dominé par l'informel. Une part importante de l'or extrait dans le pays, en particulier dans l'est de la RDC, est traditionnellement vendue à des négociants privés et quitte le territoire par des circuits non déclarés.
Pour modifier cette situation, Kinshasa mise sur la société publique DRC Gold Trading, créée fin 2022 pour structurer la collecte de l'or artisanal. Selon les déclarations de son directeur général Joseph Kazibaziba rapportées par Reuters, l'entreprise n'a acquis qu'environ 10 tonnes d'or depuis sa création. Les volumes collectés restaient auparavant très faibles, les achats destinés au commerce ne dépassant pas 25 kilogrammes par an jusqu'en 2023, d'après les informations communiquées par le dirigeant.
Les autorités congolaises espèrent désormais augmenter fortement les volumes commercialisés par ce canal officiel. L'objectif affiché consiste à porter à environ 15 tonnes les ventes d'or artisanal en 2026.
Dans cette perspective, la Banque centrale du Congo a signé le 20 février 2026 un accord avec DRC Gold Trading. Le gouverneur de l'institution monétaire André Wameso a accordé à la banque centrale un accès prioritaire à l'or acheté par l'entreprise publique.
Dans sa communication officielle, la Banque centrale explique que ce dispositif doit contribuer à renforcer les réserves en or du pays et à soutenir la stabilité du franc congolais, tout en protégeant les actifs de réserve contre les effets de l'inflation ou des tensions géopolitiques.
Concrètement, DRC Gold Trading collecte l'or produit par les mineurs artisanaux puis le propose à l'institut d'émission pour son intégration dans les réserves monétaires, indiquent également des informations publiées par Bloomberg. Les volumes effectivement acquis dépendront toutefois des besoins exprimés par la banque centrale.
La demande internationale pourrait également soutenir cette stratégie. Joseph Kazibaziba a indiqué à Reuters que plus de 45 acheteurs étrangers ont déjà manifesté leur intérêt pour acquérir de l'or auprès de DRC Gold Trading.
Perton Biyiha
Publié le 13/03/26 09:51
La Rédaction
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CEMAC