La Côte d'Ivoire enclenche une nouvelle manœuvre stratégique dans le transport aérien. Réuni ce 29 avril, le Conseil des ministres a adopté une série de réformes tarifaires qui pourraient rebattre les cartes de la compétitivité aérienne régionale.
En toile de fond, renforcer l'attractivité des plateformes aéroportuaires ivoiriennes, soutenir l'expansion de la compagnie nationale Air Côte d'Ivoire et aligner le pays sur la nouvelle doctrine communautaire de la CEDEAO en matière de fiscalité aérienne.
Trois décrets ont ainsi été validés par l'exécutif ivoirien sous l'impulsion du ministère des Transports et des Affaires maritimes, en coordination avec les ministères concernés. Ces textes révisent en profondeur la structure des redevances appliquées au secteur aérien.
Le premier modifie le décret du 23 octobre 2003 relatif aux taux de la redevance sur les passagers embarquant dans les aéroports ouverts à la circulation aérienne publique. Le second actualise le décret du 23 janvier 2008 portant sur la redevance de sûreté appliquée sur les aérodromes. Enfin, le troisième révise les articles 2 et 5 du décret du 17 janvier 2018 instituant la redevance de sécurité ainsi que ses modalités de perception et de répartition.
Derrière cette architecture réglementaire technique se cache une orientation économique claire : réduire le coût du transport aérien afin de stimuler la demande et repositionner la Côte d'Ivoire comme un hub régional plus compétitif face à des places comme Dakar, Lomé ou Addis Abeba.
Le communiqué gouvernemental est explicite : ces réformes visent à ‘'harmoniser la politique d'optimisation de la compétitivité de la compagnie nationale Air Côte d'Ivoire et des aérodromes ouverts à la circulation aérienne publique'' avec les nouvelles règles communautaires.
Une baisse tarifaire dictée par la CEDEAO
Cette réforme s'inscrit directement dans le cadre de l'acte communautaire additionnel adopté par la CEDEAO en décembre 2024, consacré à la politique commune en matière de redevances aéronautiques et de taxes sur le transport aérien dans les États membres.
Concrètement, les nouveaux textes introduisent une réduction et une uniformisation des redevances aéronautiques sur plusieurs segments du marché.
Sont concernés les vols domestiques à l'intérieur de la Côte d'Ivoire, les liaisons vers les pays africains hors CEDEAO, et les vols long courrier à destination des zones hors Afrique.
Le dispositif prévoit également un traitement préférentiel pour les dessertes régionales au sein de l'espace ouest-africain. Le gouvernement annonce en effet ‘'une réduction de 25% sur les taux de la redevance sur les passagers et de la redevance de sûreté'' pour les vols opérés dans la zone CEDEAO.
Cette mesure apparaît comme un signe positif en faveur de l'intégration régionale, alors que le coût élevé des billets demeure l'un des principaux freins à la mobilité intra-africaine.
Air Côte d'Ivoire en première ligne
Pour Air Côte d'Ivoire, cette réforme constitue une bouffée d'oxygène dans un environnement marqué par la hausse des coûts opérationnels, la pression sur les marges et l'intensification de la concurrence régionale.
En réduisant les charges parafiscales sur les billets, les autorités espèrent offrir davantage de flexibilité tarifaire à la compagnie nationale, qui ambitionne depuis plusieurs années d'élargir son réseau régional et continental.
Le transporteur ivoirien, qui multiplie les ambitions sur le marché ouest-africain, pourrait ainsi bénéficier d'un levier supplémentaire pour capter davantage de passagers sur les liaisons régionales, particulièrement sensibles aux écarts de prix.
L'ambition d'un hub aérien régional
Au-delà d'Air Côte d'Ivoire, la réforme traduit l'ambition persistante d'Abidjan de consolider son statut de carrefour aérien en Afrique de l'Ouest.
L'aéroport international Félix Houphouët-Boigny, qui a enregistré une montée progressive de son trafic ces dernières années, cherche désormais à améliorer son positionnement dans la compétition régionale pour attirer compagnies aériennes, voyageurs d'affaires et flux touristiques.
En abaissant certaines charges jugées ‘'pénalisantes'', le gouvernement ivoirien fait le pari qu'une fiscalité plus compétitive générera, à terme, davantage de trafic, plus de connectivité et des retombées économiques accrues pour l'écosystème aérien national.
Publié le 29/04/26 18:05
La Rédaction
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CEMAC