L'offshore profond gabonais revient progressivement au centre des stratégies des majors pétrolières. D'un côté, TotalEnergies, acteur historique du secteur pétrolier gabonais, multiplie depuis plusieurs années les signaux en faveur d'un repositionnement sur l'offshore plus profond, dans un contexte de maturité des champs onshore et shallow offshore. De l'autre, ExxonMobil a officiellement manifesté et acté son intérêt pour l'exploration offshore profonde et ultra-profonde au Gabon, marquant un possible retour en force des supermajors dans le pays.
Les signaux sont désormais documentés et signés. ExxonMobil a conclu avec l'État gabonais un protocole d'accord (MoU) portant sur l'évaluation du potentiel en offshore profond, incluant l'accès à des données géologiques et sismiques existantes et la possibilité de lancer de nouvelles campagnes d'exploration. Cet engagement, confirmé par les autorités, ne constitue pas encore une attribution de bloc, mais il ouvre la voie à des forages exploratoires à fort enjeu, typiques du deepwater, dont le coût unitaire peut dépasser 80 à 120 millions de dollars par puits selon les standards régionaux.
De son côté, TotalEnergies dispose déjà d'un ancrage opérationnel et institutionnel solide au Gabon, avec des infrastructures existantes, une connaissance fine des bassins sédimentaires et une relation de long terme avec l'État. Si le groupe français n'a pas annoncé publiquement de nouvelle licence deepwater à ce stade, sa stratégie globale en Afrique centrale, fondée sur des projets offshore à forte intensité capitalistique et à horizon long, le positionne naturellement comme opérateur ou partenaire clé dans toute relance structurée du deepwater gabonais. Dans ce segment, les alliances entre majors sont la norme, afin de mutualiser le risque géologique et financier.
Cette convergence de trajectoires ne signifie certes pas, à ce stade, l'existence d'une alliance formelle entre ExxonMobil et TotalEnergies. Aucun accord de joint-venture, aucun farm-in et aucune attribution conjointe de bloc n'ont encore été annoncés. Mais les éléments sont réunis pour un scénario crédible de cohabitation stratégique, voire de partenariat, autour de futurs permis offshore profond, avec un rôle clé attendu de la Gabon Oil Company dans la structuration des participations. Pour le Gabon, il faudra désormais réussir à transformer l'intérêt des majors en investissements concrets, susceptibles de relancer la production à moyen-long terme et de sécuriser des recettes pétrolières dans un contexte de déclin progressif des champs matures.
Idrissa Diakité
La Rédaction
Publié le 08/01/26 13:01


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