Gabon : Pourquoi les dépôts bancaires reculent quand ils progressent partout ailleurs?

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Selon le dernier rapport de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC), le Gabon est le seul pays de la CEMAC à enregistrer une baisse des dépôts bancaires en 2024, avec un recul de -61 milliards de FCFA, soit -2 %, alors que l'ensemble de la zone affiche une dynamique inverse. À l'échelle communautaire, les dépôts progressent de +8,2 %, pour atteindre 17 995 milliards de FCFA, portés par la reprise économique, la hausse des revenus pétroliers et une meilleure circulation de la liquidité. Ce décrochage gabonais isole le pays dans les statistiques régionales.

En effet, il traduit un affaiblissement spécifique du circuit de collecte domestique et rompt avec la trajectoire observée les années précédentes. Autre fait marquant, cette situation constitue un signal d'alerte macro-financier rarement observé dans la sous-région. La contraction observée intervient alors que les dépôts du secteur privé représentent 72 % des ressources bancaires en CEMAC.

Au Gabon, elle suggère selon la COBAC, un recul de la capacité des banques à capter l'épargne des ménages et des entreprises, malgré une croissance économique nationale de 3,5 % en 2024. Ce décalage pose la question de la confiance dans le système bancaire local et interroge également la rétention de liquidité hors circuit bancaire, traduisant des arbitrages vers l'informel ou les circuits parallèles. Une situation qui affaiblit mécaniquement la base de financement du crédit.

L'impact est également structurel. La part du Gabon dans les dépôts régionaux passe de 18,5 % en 2023 à 16,8 % en 2024, soit une perte de 1,7 point en un an. Cette érosion confirme un déclassement progressif face à des marchés plus dynamiques comme le Cameroun ou le Tchad. Elle réduit le poids systémique du Gabon dans la CEMAC, affaiblit son rôle de place bancaire régionale et limite son attractivité financière à moyen terme. Or, les dépôts constituent la principale source de financement des crédits.

Le recul des dépôts bancaires fragilise aussi la liquidité, réduit la capacité de transformation bancaire et contraint l'offre de financement à l'économie réelle. À terme, ce phénomène peut freiner l'investissement privé. Dans un tel contexte, on pourrait assister à un accroissement de la dépendance au refinancement et une augmentation de la vulnérabilité aux chocs exogènes. Toute chose qui justifie une vigilance renforcée de la COBAC.

Idrissa Diakité

La Rédaction

Publié le 07/01/26 19:21

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