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BRVM/SONATEL : Analyse d’une valeur en perte de vitesse

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La BRVM ouvre dans 10h32min

Représentant 32% de la capitalisation boursière et environ 7% du PIB sénégalais, le groupe SONATEL est un mastodonte du marché financier régional.

Le groupe est un acteur de premier plan du secteur des télécommunications dans la zone UEMOA avec une présence doublée d'une position de leader dans 5 pays à savoir : le Sénégal, le  Mali, la Guinée, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone.

Depuis sa création, la société s'est distinguée par son excellente politique de distribution de dividende et par une bonne communication avec les investisseurs. A un point tel qu'il fut à un moment considéré comme la valeur refuge du marché boursier régional.

Mais force est de constater que depuis 2015, SONATEL semble avoir du mal à dégager suffisamment de bénéfice pour ses actionnaires avec une baisse notable de son résultat net.

Sur la période 2015 à 2019, le bénéfice du groupe est passé de 221 milliards FCFA (en 2015) à 197 milliards FCFA en (2019), soit une baisse de 11%, et cela en dépit d'une forte croissance de 26% du chiffre d'affaires sur la période.

Aussi, pour la première fois depuis sa cotation à la BRVM intervenue en 1998, la société a vu sa marge nette passer en dessous des 20% dès 2018 et s'afficher à 18% en 2019, ce qui traduit une baisse de sa rentabilité.

 

 

Au cours des cinq dernières années, la rentabilité des capitaux propres de Sonatel est passée d'un niveau supérieur à un niveau inférieur à la médiane parmi ses pairs, ce qui suggère une performance opérationnelle relativement en baisse. 

Au cours des cinq dernières années, la performance opérationnelle de Sonatel est en baisse comparé à ses pairs

 Ce repli de la rentabilité était jusque-là compensé par une politique généreuse de distribution de dividende (1500 FCFA par action depuis 2015), ce qui garantissait une certaine stabilité de l'action comparée à la vague baissière que subissait la BRVM.

Dans les faits, ce niveau de dividende a été maintenu grâce à des prélèvements réguliers dans les réserves sur la période 2015-2018 pour un montant global évalué à 83,5 milliards FCFA. Une générosité qui ne pouvait, bien évidemment, pas perdurer dans le temps surtout que l'industrie est hautement capitalistique et le groupe ne disposait que de moins de 90 milliards FCFA en réserves libres pour l'exercice 2019.

Dans les faits, ce niveau de dividende a été maintenu grâce à des prélèvements réguliers dans les réserves sur la période 2015-2018 pour un montant global évalué à 83,5 milliards FCFA.

L'annonce, le 27 février 2020, d'un dividende de 1 225 FCFA au titre de l'exercice 2019 a consacré une baisse de 18% par rapport au niveau de ces 4 dernières années (1 500 FCFA). Cette annonce n'a pas rencontré l'assentiment des investisseurs, ce qui s'est traduit par une contraction brutale inédite de -13,34% de la valeur au cours du seul mois de mars.

Le changement de la politique de dividende, quoique rationnel surtout dans une industrie aussi capitalistique que le secteur des télécoms, a été ainsi vraisemblablement mal accueilli par les investisseurs.

Le choix cornélien des investisseurs entre les obligations et les actions

Le 14 juin 2020, la SONATEL a lancé un emprunt obligataire de 100 milliards FCFA assorti d'un taux d'intérêt brut de 6,50 % par an et d'une maturité de 7 ans.

L'emprunt a pour objectif de financer un ambitieux programme d'investissement dans les infrastructures, essentiellement au Sénégal, avec l'idée de favoriser la création et l'accélération de nouveaux relais de croissance, en appui au segment Voix en perte de vitesse.

A titre d'illustration (confère figure 1), la part du segment Voix mobile dans le chiffre d'affaires du groupe SONATEL est passé de 66%  en 2014 à 49% en 2018, tandis que celle de la Data Mobile est passée de 1% à 19% sur la même période.

La part du segment Voix mobile dans le chiffre d'affaires du groupe SONATEL est passé de 66% en 2014 à 49% en 2018

L'opération qui constituait la plus importante émission obligataire jamais réalisée par une société privée de la région UEMOA, a connu un vif succès auprès des investisseurs et a été sursouscrite à plus de 120%.

Parallèlement à la levée de fond, il a été donné de constater un effritement beaucoup plus prononcé du cours de l'action de SONATEL à la BRVM. Par exemple, le titre a, contrairement à ses habitudes, piqué violement du nez en se repliant de 9,70% entre le 14 juin et le 23 Juillet et surfe désormais à son plus bas prix historique de ces 8 dernières années.

Est-ce une simple coïncidence ou est-ce le résultat d'un arbitrage entre les actions et les obligations SONATEL ?

Tout compte fait, le titre a perdu pratiquement 49% de sa valeur sur 3 ans (au 27/07/2020) et végète à présent sur ses plus bas prix sur la décennie.

Certains investisseurs semblent ici avoir fait le choix de sortir de leur position sur l'action, au regard de son évolution sur ces dernières années, pour se positionner sur l'emprunt obligataire.

Certains investisseurs semblent ici avoir fait le choix de sortir de leur position sur l'action, au regard de son évolution sur ces dernières années, pour se positionner sur l'emprunt obligataire.

Il faut remarquer que l'action SONATEL a fondu de 29% depuis le début de l'année et sous-performe tous les indices du marché.

Pour la première fois depuis sa cotation en 1998, l'action SONATEL semble donner du tournis aux investisseurs qui subissent une bonne douche froide.

Avec la crise sanitaire qui a impacté les économies de l'union et par ricochet toutes les filiales du groupe, une hausse du résultat annuel sur les prochaines années ne saurait être un acquis pour la SONATEL surtout dans un environnement qui demeure tout aussi concurrentiel.

Pour l'heure, le titre est inscrit dans une folle tendance baissière et ses investisseurs traditionnels (institutionnels) semblent avoir le regard tourné vers d'autres horizons.

Ahmed Diallo

Publié le 29/07/20 09:30

1 COMMENTAIRE SUR CET ARTICLE
nassirou


28/07/20 17:26
Bonsoir,
Article publié le 29 Juillet 2020 alors que nous sommes aujourd'hui le 28. Un article qui nous vient du "futur". Merci à Sikafinance pour ce voyage dans le temps -:).
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