L'audience accordée le 13 janvier 2026 par le ministre des Travaux publics et de la Construction, Edgard Moukoumbi, au Haut-Commissaire de l'Inde au Gabon, Samuel David L. Surendra Velagaleti, a placé sous les projecteurs un dossier à la fois structurant et brûlant pour le gouvernement : le différend opposant l'entreprise indienne AFCONS à la Société Autoroutière du Gabon (SAG) sur le chantier de la Transgabonaise. Au-delà du cadre protocolaire, l'échange a souligné l'importance économique et stratégique de ce projet routier, devenu un test de crédibilité pour la politique d'infrastructures du Gabon.
Le différend entre la Société Autoroutière du Gabon (SAG) et l'entreprise indienne AFCONS, filiale du groupe indien Shapoorji Pallonji, porte essentiellement sur l'exécution de plusieurs tronçons de la Transgabonaise, notamment l'axe Nkok-Ntoum, long d'environ 81 km. Signé en septembre 2020, le contrat prévoyait une durée d'exécution d'environ 18 mois, pour un projet inscrit dans un programme global estimé à plus de 1 000 milliards FCFA à l'échelle de l'ensemble du corridor. Or, les travaux ont accumulé des retards significatifs, liés à des tensions sur le financement, au rythme de remboursement des avances consenties à l'entreprise exécutante et à des ajustements contractuels non stabilisés.
En tant que maître d'ouvrage dans le cadre du partenariat public-privé de ce corridor routier de plus de 780 km, destinée à relier les principaux pôles urbains et économiques du pays, de la façade maritime vers l'intérieur, la SAG, est le responsable de la relation contractuelle avec l'État et de la coordination financière et opérationnelle du chantier, d'où ce différend. Il a d'ailleurs conduit à plusieurs réunions de crise au niveau gouvernemental et, en 2025, à l'évocation d'une possible remise en cause du partenariat, faisant de ce dossier un enjeu qui dépasse le cadre technique pour toucher à la crédibilité des grands projets d'infrastructures du pays.
Il s'agit donc pour le Gabon, à la fois de sécuriser un projet à fort impact économique et de rassurer les investisseurs sur la fiabilité des contrats publics. Pour l'Inde par contre, qui absorbe entre 10 et 20 % des exportations gabonaises chaque année, l'enjeu est de préserver la présence de ses entreprises sur des marchés africains stratégiques. L'issue du dossier dépassera donc le seul chantier et pèsera sur la crédibilité du pays à faire de ses grands projets routiers de véritables leviers de compétitivité.
Idrissa Diakité
La Rédaction
Publié le 14/01/26 13:41


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