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Jean Michel ETTE, Partner chez KeysFinance Partners : ‘’Les banques d’affaires connaîtront une forte croissance en Afrique francophone’’

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Jean Michel ETTE, Partner chez KeysFinance Partners :

Les banques d'affaires connaîtront une forte croissance en Afrique francophone

 

 

KeysFinance Partners (KFP) est une banque d'affaires spécialisée dans les opérations de levées de fonds, de fusions-acquisitions et de cessions sur la zone Afrique sub-saharienne francophone. Créée en 2014 par Joël Cadier, Managing Partner et ancien DGA du groupe SIFCA, KFP est née de l'association d'un groupe d'investisseurs africains souhaitant accompagner le développement des entreprises de la région grâce à l'investissement privé.

Jean-Michel Etté, Partner chez KFP, a rejoint la banque en 2014 après le rachat par son fondateur de la banque d'affaires Ébène Capital basée à Paris. Aujourd'hui, pilier du développement des activités de KFP, notamment de M&A en Côte d'Ivoire, Jean-Michel Etté détaille, dans cette interview, les axes d'activité de KFP et partage son optimisme sur le développement des banques d'affaires en Afrique Francophone.

 

KeysFinance Partners vient de réaliser une cession d'entreprise pour le compte d'un fonds d'investissement. Pouvez-vous nous parler de cette opération ?

Il s'agit d'une opération qui s'est clôturée il y a quelques semaines. Nous étions le conseil du fonds Adenia Partners, qui est l'un des principaux fonds d'investissements actifs dans la région d'Afrique sub-saharienne, aussi bien francophone qu'anglophone. Nous l'avons accompagné dans la cession de la société Ademat, leader sur le marché de la sécurité énergétique en Côte d'Ivoire.

Arrivé à la fin de sa période d'investissement et devant revendre sa participation acquise en 2015, Adenia nous a sollicité fin 2019 afin d'organiser, et de piloter, l'ensemble du processus de cession. Nous avons ainsi eu la charge de préparer toute la documentation de présentation de la cible, d'identifier les acquéreurs potentiels les plus pertinents pour notre client pour poursuivre le développement de la société Ademat, d'organiser l'ensemble des échanges d'informations avec ces acquéreurs potentiels, de gérer le processus d'audit et d'accompagner le fonds dans la négociation des offres d'achats reçues.

 

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le nouvel acquéreur ?

L'une des particularités de cette opération est qu'il s'agit d'une cession d'un fonds d'investissement, Adenia, à un autre fonds d'investissement, SPE Capital Partners. Ce sont des opérations qui devraient commencer à se multiplier au fil du temps, compte-tenu du nombre croissant de fonds de Private Equity dédiés à la région. Initialement spécialisé sur l'Afrique du Nord, SPE Capital réalise ainsi sa première opération en Afrique sub-saharienne.

 

Quels ont été les grands défis relevés lors de cette opération ?

Je ne dirais pas que c'était une opération facile, mais contrairement à d'autres, elle a été relativement fluide. Démarrée début 2020, le principal challenge pour nous a été de la mener en pleine pandémie de Covid-19, alors même que les effets de la crise sanitaire avaient commencé à se faire ressentir, au cours du mois de mars de l'année 2020. Cette crise a quelque peu perturbé l'opération, suscitant des incertitudes sur les perspectives de la société, alors que la Côte d'Ivoire était en pleine période d'électorale.

Malgré ces contraintes, la gestion du processus a été facilitée par la bonne organisation de la société Ademat et la qualité de l'information disponible en son sein.

En règle générale, travailler sur une entreprise bien organisée facilite considérablement les chances de succès d'une transaction.

En règle générale, travailler sur une entreprise bien organisée facilite considérablement les chances de succès d'une transaction. En revanche, quand nous travaillons pour une société familiale locale, peu importe qu'elle réalise 10 milliards FCFA ou 50 milliards FCFA de chiffres d'affaires, nous rencontrons souvent une problématique liée à la disponibilité et à la qualité de l'information financière. Cela occasionne parfois des difficultés dans les discussions avec les investisseurs. Nos interlocuteurs étant principalement des investisseurs internationaux, ils sont habitués à un certain niveau de reporting, de qualité d'information financière qu'on ne retrouve pas forcément dans les sociétés familiales locales. Une grande partie de notre travail consiste alors à collecter, analyser, traiter et synthétiser au mieux les informations disponibles pour répondre aux exigences des investisseurs.

 

Vous avez aujourd'hui à votre actif, plus de 100 millions d'euros de transactions. Quels sont les acteurs que vous accompagnez ?

La grande majorité de notre clientèle est composée d'entreprises et d'entrepreneurs familiaux en Côte d'Ivoire et en Afrique sub-saharienne francophone. La Côte d'Ivoire représente à ce jour 70% de notre activité. Nos clients types sont des sociétés qui réalisent entre 10 milliards FCFA et 100 milliards FCFA de chiffre d'affaires, bien que nous sortions parfois de ce cadre.

Nos clients types sont des sociétés qui réalisent entre 10 milliards FCFA et 100 milliards FCFA de chiffre d'affaires, bien que nous sortions parfois de ce cadre.

En termes de secteur d'activité, nous sommes plutôt généralistes. Nous avons travaillé sur l'agro-industrie, le packaging, les services logistiques et énergétiques, la finance, la banque, l'assurance… Ce que nous faisons très peu ou pas du tout, c'est le financement des infrastructures et les investissements dans le secteur des mines.

 

Vous êtes en Côte d'Ivoire depuis 2014. Quels sont les autres marchés sur lesquels vous intervenez ?

Nous avons un focus sur l'Afrique subsaharienne francophone, l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest avec, en effet, une partie significative de nos activités en Côte d'Ivoire d'où nous opérons.

Nous travaillons actuellement sur des opérations en Guinée Bissau, au Togo, au Cameroun ou encore en RDC, et nous avons travaillé dans le passé sur le Maroc, le Sénégal, le Bénin ou encore le Burkina Faso.

 

Vous êtes actifs en Côte d'Ivoire et sur l'Afrique sub-saharienne francophone. Quel regard portez-vous sur ce marché ?

C'est un marché relativement immature. Cela fait 7 ans que nous existons, avec une couverture de l'Afrique sub-saharienne francophone. Le volume des transactions dans la région est bien moins important que sur l'Afrique anglophone, avec des pays comme le Ghana et le Nigéria, et ceux de l'Afrique de l'est. Les opérations de Private Equity se comptent sur les doigts d'une main sur les 2-3 dernières années en Afrique sub-saharienne francophone. Il n'y en a généralement pas plus de deux ou trois par an. D'un point de vue M&A, si on prend l'exemple de la Côte d'Ivoire, il est vrai qu'il y a régulièrement des transactions de gré à gré réalisées sans banque d'affaires, qui passent sous les radars officiels. Toutefois, grâce à notre positionnement, nous sommes, la plupart du temps, informés des opérations qui ont lieu sur le marché, ce qui nous permet d'avoir une appréciation du volume réel des transactions et des principaux acteurs. Nous restons optimistes quant au dynamisme du marché dans les années à venir. Le volume des transactions va continuer de croitre avec la croissance du pays.

 

Par vos activités, vous attirez beaucoup d'investisseurs internationaux. Au niveau institutionnel, quelles sont vos attentes des gouvernements en termes d'accompagnement pour mieux développer l'activité de banque d'affaires dans laquelle vous exercez ?

Nous sommes sur un positionnement privé-privé. Nos investisseurs sont des privés tout comme nos clients. Nous avons très peu d'interactions avec la sphère publique. Cependant, la question de la régulation des opérations de Private Equity pourrait être approfondie, en particulier, sur la capacité de remonter des flux financiers issus de ces transactions et sur la protection juridique des investisseurs.

 

Quelle sont vos perspectives de développement dans la région ?

Aujourd'hui, nous avons atteint un niveau de maturité intéressant, dans la mesure où nous avons réussi à devenir la banque d'affaires indépendante leader sur ce type d'opérations en Côte d'Ivoire. Ce que nous avons maintenant commencé à développer est une activité de conseil sur des aspects non transactionnels. C'est-à-dire que nous n'intervenons plus uniquement auprès de nos clients pour vendre ou acheter une société, ou faire des levées de fonds, mais également sur des aspects stratégiques, opérationnels et de gestion financière. Nous accompagnons déjà certains de nos clients sur l'ensemble de leurs opérations de développement, sur l'amélioration de leur gouvernance, la mise en place d'outils de contrôle de gestion et de reporting, aux côtés des actionnaires et dans la formalisation des stratégies de développement de l'entreprise. Notre ambition est de mettre en place un conseil permanent et de proximité aux dirigeants d'entreprise.

Ce que nous avons maintenant commencé à développer est une activité de conseil sur des aspects non transactionnels (…), sur des aspects stratégiques, opérationnels et de gestion financière.

Le principal axe de développement 2021-2022 sera basé sur le métier d'investissement. Nous travaillons sur une offre de service qui va bénéficier aux investisseurs privés locaux, intéressés à racheter des sociétés en Côte d'Ivoire en partageant le risque. En raison de notre ancienneté sur le marché, nous avons régulièrement accès à des opportunités d'acquisition d'entreprises performantes et rentables. Aujourd'hui, il y a certains investisseurs locaux qui ont la capacité d'investir 1 ou 2 milliards FCFA, nous allons nous positionner pour les accompagner dans la structuration, entre plusieurs investisseurs locaux, et la gestion de l'investissement pour leur compte.

Nous travaillons sur une offre de service qui va bénéficier aux investisseurs privés locaux, intéressés à racheter des sociétés en Côte d'Ivoire en partageant le risque.

Nous ne comptons pas lever un fonds d'investissements, mais bâtir progressivement une base d'actifs sous gestion. C'est une activité pour laquelle nous allons faire du recrutement d'ici la fin de l'année 2021. Il s'agira de l'expérimenter dans un premier temps en Côte d'ivoire, en nous appuyant sur les relations de confiance que nous avons su tisser avec les investisseurs ivoiriens.

 

Vous avez parlé de recrutement, parvenez-vous à trouver sur place des ressources humaines de qualité répondant à vos attentes ?

Le plus important pour nous est d'avoir des ressources humaines capables de travailler avec des investisseurs internationaux. Aujourd'hui, nous avons une dizaine de personnes dans notre équipe, avec aussi bien des profils locaux que nous avons recrutés juniors pour les former, que professionnels africains de la diaspora européenne, avec une expérience préalable. Nous cultivons donc un mix que nous continuerons à développer à l'avenir, en recrutant depuis l'extérieur du personnel expérimenté mais également au niveau local du personnel junior.

 

Dans le cadre de vos opérations de cessions, le recours au marché financier régional est-il une option que vous envisagez ?

Dans les faits, cela arrive très peu, voire presque jamais en Afrique francophone. Aujourd'hui, quand un client veut vendre sa société, notre réflexe n'est pas d'essayer d'organiser une introduction en bourse, surtout que nous n'avons pas d'agrément de SGI et que nos clients traditionnels n'ont pas nécessairement le niveau de transparence et de gouvernance requis pour être introduit en bourse. Ce n'est pas une option envisagée pour le moment, mais certaines des sociétés que nous accompagnons ont le profil adéquat pour prétendre d'ici quelques années à une introduction en bourse.

Jean Mermoz Konandi

Publié le 07/06/21 14:06

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