Le projet de mine d'uranium Dasa au Niger, porté par la compagnie canadienne Global Atomic, entre dans une phase décisive. En effet, l'entreprise a annoncé son intention de lever jusqu'à 50 millions de dollars canadiens, soit environ 30,1 millions d'euros (19,67 milliards FCFA), afin de poursuivre le développement de ce gisement stratégique situé dans le Nord du pays. Une opération financière qui intervient dans un contexte politique, logistique et financier particulièrement délicat, tant pour l'entreprise que pour l'État nigérien.
Dans son communiqué publié le 12 janvier dernier, Global Atomic indique avoir lancé un placement privé visant l'émission de près de 57 millions d'unités, chacune comprenant une action ordinaire et un bon de souscription permettant l'achat ultérieur d'une action supplémentaire à un prix prédéfini. Réalisée sans intermédiaire bancaire, l'opération sera proposée à des investisseurs au Canada, aux États-Unis et dans d'autres juridictions, conformément aux cadres réglementaires locaux.
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La finalisation de la levée de fonds est attendue autour du 22 janvier prochain, sous réserve notamment de l'approbation de la bourse de Toronto. Si la société reste discrète sur l'allocation précise des ressources, elle précise qu'une partie des fonds servira à couvrir ses besoins généraux de trésorerie, en attendant la sécurisation du financement de long terme du projet. Cette annonce intervient quelques semaines après la décision de Global Atomic de reporter d'un an l'entrée en production de la mine, désormais attendue en 2027, contre une mise en service initialement prévue pour le second semestre 2026. En cause : des contraintes logistiques et financières exacerbées par la situation géopolitique régionale.
Depuis le coup d'État de juillet 2023 et la dégradation des relations entre Niamey et Cotonou, le Niger n'a plus accès au port de Cotonou, son principal débouché maritime. Global Atomic a dû se tourner vers des itinéraires alternatifs pour l'acheminement des équipements et matériaux lourds nécessaires au chantier, des solutions jugées plus longues et plus coûteuses, pesant sur le calendrier et les coûts du projet. Au-delà de cette levée de fonds ponctuelle, l'enjeu central demeure le financement global du projet Dasa. Selon l'étude de faisabilité publiée en 2024, l'investissement initial est estimé à 363,7 millions d'euros. Global Atomic prévoit d'en financer la majeure partie par un emprunt bancaire, notamment auprès d'une institution américaine.
Un projet à forts enjeux pour Niamey
Pour le Niger, le projet Dasa dépasse la seule dimension industrielle. Le pays qui est actuellement le 8ᵉ producteur mondial d'uranium, avec environ 1 130 tonnes extraites en 2023, pourrait jouer un rôle clé pour maintenir sa place sur l'échiquier mondial. Cet enjeu est d'autant plus crucial que l'avenir de la Somaïr, la seule mine d'uranium actuellement en activité dans le pays, reste incertain. En juin 2025, les autorités nigériennes ont nationalisé la Somaïr, jusque-là contrôlée majoritairement par le français Orano, invoquant des désaccords sur la gestion et le partage de la production. Si Orano a obtenu une décision du tribunal arbitral de la Banque mondiale interdisant à l'État nigérien de vendre ou céder l'uranium produit, Niamey a néanmoins annoncé fin novembre avoir mis cette production en vente, revendiquant son ‘'droit légitime de disposer de ses richesses naturelles''.
Narcisse Angan
Publié le 19/01/26 15:43


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