Pedro Novo, CEO Dalia Hospitality: “Nous sommes au début d’une formidable page de métamorphose de l’écosystème tourisme en Afrique de l’Ouest"

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Le projet Dalia Hospitality a été lancé officiellement en janvier 2023. Il réunit le groupe ivoirien Porteo, spécialisé dans la construction et les travaux publics en Afrique de l'Ouest et Centaurus Hospitality Odissey, un groupe hôtelier indépendant leader en France. Rencontré en marge du séminaire organisé par l'Institut Choiseul sur " La création des chaines de valeurs durables " à Abidjan, Pedro Novo, CEO Associé de Dalia Hospitality, nous a présenté les enjeux et les défis du développement du secteur du Tourisme en Afrique de l'Ouest. Interview.

En janvier 2023, vous avez lancé le tout premier fonds dédié au développement de projets de l'hôtellerie et du tourisme en Afrique et en Europe. Quand on prend le cas spécifique de l'Afrique, qu'est-ce qui a motivé la mise en place de Dalia Hospitality ?

Nous avons annoncé effectivement le lancement de cette initiative entrepreneuriale à laquelle je suis associé souhaitant participer à la structuration et la consolidation d'une filière qui m'est chère et qui présente de forts leviers de développement, d'impact et de création de valeur, principalement dans les économies régionales qui réunissent les conditions les plus favorables pour cela comme la Côte d'Ivoire où est établi notre head office, le Togo, le Bénin et le Sénégal.

Plusieurs initiatives de création de véhicules d'investissement, sous différents formats et consacrés à l'immobilier à usage touristique, voient le jour en Afrique de l'Ouest. Nous souhaitons prendre notre part dans cet élan de place majoritairement panafricain. Il existe une véritable mobilisation de différents profils d'investisseurs essentiellement régionaux donc ayant en commun le désir d'accompagner en volume et en qualité la dynamique d'un marché en forte croissance.

En matière de Tourisme, si les pays de la sous-région n'ont pas une maturité homogène, ils ne sont globalement pas à leur potentiel, à commencer par la Côte d'Ivoire dont l'héritage est orienté structurellement vers un tourisme d'affaire sous-estimant des parties entières de l'offre de loisirs, de régions non explorées, ou encore une clientèle régionale middle class grandissante dont le pouvoir d'achat nourrit de nouveaux désirs à la portée des budgets. Aujourd'hui, ce pays jouit d'un potentiel fantastique qui est à explorer et à saisir en termes de capacité d'hébergement, d'expériences et de loisirs : Nous souhaitons contribuer à répondre à ces défis.

Dalia Hospitality compte trois verticales métiers pour s'inscrire dans cette stratégie de développement de projets touristiques. En tout premier lieu, le conseil et l'expertise que nous souhaitons partager et apporter à des opérateurs de la place, à des investisseurs, à des gestionnaires, à des établissements financiers et à des institutions pour les aider à prendre en considération la qualité d'un projet, sa valorisation, sa faisabilité et le risque qui y est lié.

Le second pilier naturel de notre ambition, c'est d'être un investisseur de long terme dans les projets touristiques tant en termes d'immobiliers hôteliers que des services associés ou attractions et ce dans l'ensemble des pays que je citais dans la sous-région. Si notre priorité est d'être majoritaires et maître de nos projets, nous n'excluons pas pour autant des partenariats avec des fonds d'investissements, institutions financières ou des initiatives privées.

Le troisième pilier repose sur le management de projets hôteliers. Notre savoir-faire dans la gestion hôtelière est un solide asset. Ce trackrecord éprouvé et garanti par le Groupe Centaurus Hospitality Odissey, dont les actifs sous gestion atteignent une valeur d'un milliard d'euros, est une chance et nous permet de servir nos projets propriétaires comme ceux de tiers en offrant les services d'une société de gestion opérationnelle indépendante aux meilleurs standards internationaux.

Nous sommes au fonds dans une cohérence d'intégration de la chaîne des valeurs associant des compétences d'expertises, de constructions, immobilières et d'exploitation. Pour différentes raisons de contraintes et d'opportunités, le continent africain, et en particulier la sous-région, sont des territoires favorables à ces stratégies intégrées. Nous avons fait le choix de suivre ce chemin fort d'un éventail de compétences tout à fait complémentaires réunies dans l'ADN fondateur de Dalia Hospitality. Une taille et un modèle offrant une variété de scenarios de contrôles possibles et une agilité sans doute plus importante qu'une pure logique asset light.

Les marchés matures ont en effet largement exploré le cloisonnement des actifs démembrés entre la propriété immobilière, commerciale et l'exploitation. La création de valeurs, ainsi verticalisée, a été optimisée et segmentée essentiellement pour répondre aux attentes de performances financières des marchés et des investisseurs institutionnelles.

De grandes sociétés de gestion internationales et de grandes foncières ont ainsi structuré les marchés les plus matures. Les barrières à l'entrée qui existent encore en Afrique sub-saharienne conjuguées aux contraintes opérationnelles qu'éprouvent les entrepreneurs de toute taille appellent une adaptabilité de tous les instants et une nécessaire vision de long terme. Une consommation d'énergie et de rendement qu'une intégration de la chaîne de valeur compense en partie. Un one-stop-shop qui écrête les aspérités inévitables du développement de projets hôteliers dans la sous-région.

 …Nous sommes au début d'une formidable page de métamorphose de l'écosystème tourisme en Afrique de l'Ouest, le meilleur est à venir et notre aventure entrepreneuriale s'inscrit dans ce désir de création de valeur et de structuration en profondeur de la filière du tourisme, de loisir, d'affaire, mais également culturelle, cultuelle ou mémorielle.

Ces défis du quotidien sont en effet nombreux : sécurité foncière, maîtrise des coûts de construction ou de rénovation, accès aux financements, pertinence de la programmation envisagée et qualité de l'exploitation. J'en rajoute une, tout à fait transversale, qui est fondamentale : Le capital humain au travers de la problématique de la formation. 

Pour revenir à la question d'origine, nous sommes au début d'une formidable page de métamorphose de l'écosystème tourisme en Afrique de l'Ouest, le meilleur est à venir et notre aventure entrepreneuriale s'inscrit dans ce désir de création de valeur et de structuration en profondeur de la filière du tourisme, de loisir, d'affaire, mais également culturelle, cultuelle ou mémorielle.

Par rapport au point de la formation, comment comptez-vous faire face au manque de personnel qualifié en Afrique de l'Ouest ?

C'est l'un des trois grands défis des professionnels du tourisme qui font face à des métamorphoses puissantes que l'épisode Covid a souvent accéléré. Les transformations imposées par le digital, les enjeux environnementaux et sociaux et enfin le capital humain et la formation.

Aujourd'hui, sur le seul grand Abidjan, le marché ne compte pas moins de 2500 clés à livrer d'ici 2025 sur plus de 20 grands projets. La création d'emplois à la clé est tout à fait significative permettant de créer à minima 5000 emplois directs et indirects en exploitation.

 Aujourd'hui, sur le seul grand Abidjan, le marché ne compte pas moins de 2 500 clés à livrer d'ici 2025 sur plus de 20 grands projets. La création d'emplois à la clé est tout à fait significative permettant de créer à minima 5 000 emplois directs et indirects en exploitation.

Par conséquent, le sujet de la formation est tout à fait fondamental compte tenu d'une valorisation des métiers du tourisme insuffisante et d'une infrastructure de formation pas équipée en profondeur pour faire face aux volumes des attentes à venir, et ce dans un délai déjà très court.

Aujourd'hui, chaque acteur du marché hôtelier opère presque directement le process de formation de ses collaborateurs. Un process autonome et interne sur la base de personnels parfois déjà formés et d'autres n'ayant aucune expérience dans le métier. Ce sont des points de rentabilité qui échappent aux projets du fait d'un système pas suffisamment armé face aux enjeux.

C'est d'ailleurs toute la pyramide de responsabilité qui est concerné, des métiers de l'accueil ou des services essentiels aux fonctions de management supérieur. Nous sommes attachés à ce que ces compétences soient à la portée d'une jeunesse régionale qui doit trouver sa place dans cette ambition. Les besoins sont immenses et les ressources humaines extrêmement riches. Le besoin doit rencontrer l'offre. Ce sont de formidables métiers, des opportunités de grandir dans une entreprise, des emplois non délocalisables et à l'avenir de plus en plus dans les territoires.

Nous souhaitons à cet égard prendre également notre part dans la préparation de cette jeunesse aux métiers de l'hospitalité pour la plus belle des industries, celle du sourire ! Nous souhaitons donc participer à cette mobilisation de place en Côte d'Ivoire qui réponde à nos besoins comme ceux des autres acteurs sur le marché. De toute évidence, c'est une opportunité de fédérer les confrères de la filière autour d'une problématique générale et partagée.

Cela impliquera de trouver les bons formats, les leviers opérationnels idoines et la bonne articulation par rapport à l'offre existante dans la région naturellement et aux écoles internationales spécialisées, comme l'adhésion des opérateurs qui seraient prêts à partager cette problématique avec nous contribuant ainsi à l'émergence d'un tissu de formation professionnel.

Déjà au lancement du fonds, 5 projets structurants ont été annoncés dans le secteur du tourisme en Côte d'Ivoire. Qu'en est-il ?

L'industrie du tourisme est une industrie de patience et de temps longs ! C'est un invariable du business sur le continent. Nous travaillons aujourd'hui sur de nombreux fronts. Des projets en Côte d'Ivoire mais également dans la sous-région sont en cours. Nous avons lancé les premiers travaux de ces projets que nous avions identifiés à l'époque et nous comptons les livrer dans un agenda conforme aux usages et contraintes régionales. Nous savons que cela prendra du temps mais les travaux préparatoires réalisés sur ces projets nous ont permis de confirmer tout le potentiel estimé. Les collaborateurs de grandes qualités qui constituent la secret sauce de Dalia Hospitality en assemblent chaque jour les éléments du puzzle.

 Nous étudions aussi des opportunités d'investissement dans des projets et portefeuilles existants qui nous permettraient d'élargir notre base d'exploitation sans être exclusivement sur du greenfield.

Nous étudions aussi des opportunités d'investissement dans des projets et portefeuilles existants qui nous permettraient d'élargir notre base d'exploitation sans être exclusivement sur du greenfield. Dans cette configuration, nous sommes sollicités par des partenaires financiers sur des projets pour lesquels nous pourrions envisager des co-investissements tout en apportant notre savoir-faire en gestion de ces établissements pour leur compte. La dynamique est sélective mais réelle et confirme notre vision positive du marché touristique régional.

Pour être dans le thème de la conférence de l'Institut Choiseul, pensez-vous qu'il existe une véritable chaîne de valeurs dans le secteur du tourisme en Côte d'Ivoire ?

J'ai l'intime conviction que nous sommes au début d'un rééquilibrage voire d'une restructuration de cette chaîne de valeurs. Avec un poids de plus de 7 % dans le PIB quand la moyenne du continent est à 9 %, le tourisme ivoirien incarne un formidable potentiel de croissance et doit être pris au sérieux avec la même attention que l'industrie traditionnelle et l'agriculture. C'est une filière stratégique pour le pays, non seulement pourvoyeur d'emplois qualifiés de manière intense contribuant notamment à créer des emplois dans les territoires et favoriser l'inclusion des femmes. Pour toute ces raisons-là, le tourisme représente un vecteur de transformation en profondeur du pays et un levier actif de la réduction de la pauvreté.

 Avec un poids de plus de 7% dans le PIB quand la moyenne du continent est à 9%, le tourisme ivoirien incarne un formidable potentiel de croissance et doit être pris au sérieux avec la même attention que l'industrie traditionnelle et l'agriculture. 

La filière du tourisme doit prendre sa part en termes de transformation du pays comme l'industrie agroalimentaire, avec la même intention et la même intensité. Ce n'est pas une industrie " bobo " mais une industrie de l'accueil, de l'art de vivre, du bien-être.

Est-ce qu'il y a des défis auxquels vous êtes confrontés dans vos ambitions d'installer une véritable chaîne de valeurs en Côte d'Ivoire, en particulier, et en Afrique en général ?

Naturellement, et ces défis sont absolument majeurs. Nous en avons déjà révélé quelques-uns, mais reprenons-les : Le premier, nous en avons parler, est le sujet du capital humain. Il est structurel et le pays ou même la région doit s'armer pour être en mesure d'avoir un personnel adapté aux besoins et aux attentes de qualité de service de clients régionaux ou internationaux exigeants. Un service qui doit revendiquer son identité africaine et ne pas exclusivement considérer qu'il faut importer ce savoir-faire.

Le deuxième défi est de prendre la mesure de la transformation digitale, l'utilisation agile de l'intelligence artificielle pour améliorer les performances d'exploitation, personnaliser toujours plus l'attention client et son parcours expérientiel. Il s'agit aussi de tenter de mieux maîtriser sa visibilité digitale et sa distribution à l'échelle internationale et régionale. Enfin, le troisième défi repose sur les enjeux du climat et les attentes environnementales grandissantes des consommateurs qui nous obligent à considérer nos projets dès la construction comme des projets à impacts positifs sur l'environnement.

 …Même si nous avons des investisseurs à la mesure de nos projets, nous devons intégrer le fait que le secteur financier n'est pas encore prêt à répondre à l'ensemble des besoins de la filière.

Je pourrais ajouter un autre défi, qui est celui du financement que je connais pour le coup. Parce que même si nous avons des investisseurs à la mesure de nos projets, nous devons intégrer le fait que le secteur financier n'est pas encore prêt à répondre à l'ensemble des besoins de la filière. La place financière doit ainsi prendre sa part dans la chaîne de valeurs de la filière du tourisme dans la sous-région et sur le continent en général.

Certaines banques se sont équipées en compétence et capacité pour traiter les enjeux de l'industrialisation et de l'agriculture. Elles doivent faire de même pour le tourisme ! Cela doit se traduire par des chargés de compte ou d'affaires dans les agences formés à l'analyse d'un projet hôtelier par exemple, un comité des risques doit être en mesure d'appréhender les équilibres favorables à un projet, qualifier un Business Plan sur des metrics qu'ils maîtrisent avec des experts dédiés.

Une action systémique et de place serait très puissante pour aider les banques et investisseurs à prendre du risque en cofinançant ou en garantissant par exemple les prêts à travers un fonds de garantie dédié : En somme, une banque publique du tourisme serait un levier puissant pour entrainer le marché en dehors de sa zone de confort. Elle pourrait aussi réunir un catalogue de compétences pour accompagner les professionnels de la filière à prendre les enjeux stratégiques par le bon bout et s'assurer de la pertinence de leur BP. Une telle ambition ne suppose pas nécessairement de créer une énième agence ou banque mais un mandat confié à une institution existante sur ce volet serait déjà une avancée ; la BNI pourrait être par exemple un candidat adapté à cette ambition.

Pour conclure, le capital humain, le capital financier, la formation et l'accompagnement professionnels sont autant de sujets majeurs qu'il ne faut pas sous-estimer. Le Tourisme en définitive mérite cette mobilisation, c'est une grande industrie génératrice d'emplois non délocalisables et à très fort impact social. Il mérite à bien des égards d'être une grande cause régionale et nationale !

Propos recueillis par Dr Ange Ponou

Publié le 04/10/23 09:21

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