Sani YAYA, président du Conseil des Ministres de l'UMOA : ''Les innovations de la BCEAO ont permis aux Etats de mieux riposter contre la crise de la Covid-19…''

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Sani YAYA, président du Conseil des Ministres de l'UMOA, ministre de l'Economie et des Finances du Togo : 

Les innovations de la Banque centrale ont permis de mieux coordonner les politiques budgétaires des Etats pour riposter contre la pandémie … 

Sani YAYA, président du Conseil des Ministres de l'UMOA, ministre de l'Economie et des Finances du Togo

Ministre togolais de l'Economie et des Finances du Togo depuis 2016 et président du Conseil des Ministres de l'UEMOA depuis 2 ans, Sani YAYA revient, en hommage au gouverneur Tiémoko Meyliet KONE, sur les innovations mises en œuvre par la BCEAO pour soutenir l'économie régionale en pleine crise de la Covid-19. Il aborde également les défis du moment avec l'impératif de soutenir la relance dans le contexte de remontée de l'inflation.

 

Ministre de l'Economie et des Finances du Togo depuis 2016 et président du Conseil des ministres de l'UEMOA depuis 2 ans, vous avez pu observer les innovations engagées par la Banque centrale ces dernières années avec plus récemment les outils financiers mis en place pour soutenir les Etats à la faveur de la crise sanitaire. Quelles sont, selon vous, les innovations les plus marquantes mises en œuvre par l'institution monétaire sous le mandat du gouverneur Tiémoko Meyliet KONE ?

J'ai effectivement eu la lourde tâche de présider le Conseil des Ministres de l'UMOA (Union Monétaire Ouest Africaine), dans un contexte particulièrement difficile marqué par la pandémie de la Covid-19. Cette crise sanitaire a eu de graves conséquences sur la trajectoire de la croissance économique de la zone, avec un taux qui a chuté à 1,8% en 2020, après un rythme de croissance soutenu de plus de 6% par an, en moyenne, enregistré entre 2012 et 2019.

Fort heureusement, les innovations de la Banque centrale, en matière de structuration de nouveaux instruments financiers, initiées par le gouverneur KONE, ont permis de mieux coordonner les politiques budgétaires des Etats membres de l'Union pour riposter contre la pandémie, soutenir les populations vulnérables, stabiliser l'activité économique et préserver le tissu productif. 

Permettez-moi de relever les innovations les plus marquantes mises en œuvre par l'institut d'émission pour juguler les effets négatifs de la Covid-19 et soutenir les économies de la zone.

(…) les innovations de la Banque centrale, en matière de structuration de nouveaux instruments financiers, initiées par le gouverneur KONE, ont permis de mieux coordonner les politiques budgétaires des Etats membres de l'Union pour riposter contre la pandémie … 

Premièrement, la Banque centrale a pris des mesures proactives, caractérisées, entre autres, par l'accroissement de son offre de liquidité, assorti d'une réduction de ses taux directeurs à des niveaux historiquement bas. Ces mesures de politique monétaire accommodante ont aidé à apaiser totalement les craintes des banques quant à une éventuelle pénurie de liquidité, dans le contexte de crise sanitaire. Ainsi, les banques ont pu continuer à financer normalement l'économie.

Deuxièmement, la BCEAO a initié des actions permettant aux banques et aux systèmes financiers décentralisés d'accorder des reports d'échéances des créances aux entreprises et aux particuliers qui rencontrent des difficultés pour rembourser leurs crédits, en raison de la crise sanitaire. Grâce à ces mesures de report d'échéances, la qualité des signatures des entreprises et des particuliers bénéficiaires a été préservée, et la majorité d'entre eux sont retournés à une situation normale et poursuivent leur exploitation.

Troisièmement, l'institut d'émission a procédé, en collaboration avec UMOA-Titres, à la structuration de nouveaux instruments financiers de dette souveraine. Il s'agit, d'abord, des bons du Trésor dénommés " Bons Covid-19 ", puis des Obligations de Relance (OdR) et, enfin, des Bons de Soutien et de Résilience (BRS). Des guichets spéciaux ont été ouverts pour le refinancement des Bons Covid-19, des OdR et des BRS. Ces instruments ont permis aux Etats membres de l'Union de mobiliser des ressources, à moindre coût, sur le marché régional des titres publics pour financer leur plan de riposte, de résilience et de relance dans le contexte de la Covid-19. 

Ces innovations de la Banque centrale ont contribué à la résilience de l'Union face à la pandémie et à la reprise accélérée de sa croissance économique, avec un taux estimé à 5,5% en 2021. Cette reprise économique devrait se consolider cette année 2022, au regard des différentes mesures de politiques économiques initiées. Malheureusement, elle s'est confrontée à un nouveau choc engendré par la guerre russo-ukrainienne.

 

Justement, quels sont les nouveaux défis auxquels la région est confrontée dans le contexte international actuel marqué par la guerre russo-ukrainienne et l'appréciation du dollar ?

Le conflit russo-ukrainien est un nouveau choc qui affecte les économies de la zone, directement, à travers les échanges commerciaux, et indirectement, en raison de ses retombées sur la hausse des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, l'appréciation du dollar et les difficultés potentielles de l'accès aux marchés de capitaux internationaux. Cette situation risque d'aggraver les pressions socioéconomiques engendrées, entre autres, par la crise sanitaire liée à la pandémie de la Covid-19. 

31,4% des importations de blé de l'UEMOA proviennent de la Russie et de l'Ukraine.

De nouveaux défis s'imposent alors à l'Union et nécessitent des actions coordonnées et proactives.

Le premier défi est de diversifier les approvisionnements de certains produits stratégiques pouvant mettre en péril la sécurité alimentaire de la zone. En effet, nous avons une forte dépendance pour certains produits, en particulier le blé, dont 31,4% des importations proviennent de la Russie et de l'Ukraine. La diversification des sources d'approvisionnement pourrait aider à contrer les effets néfastes à court terme. A moyen et long termes, la zone devrait développer des stratégies de substitution de ces importations avec les produits locaux, en vue de conserver sa souveraineté alimentaire.

Le deuxième défi à relever est de contenir la hausse des prix des denrées alimentaires et de l'énergie.

Déjà avant le début de la crise russo-ukrainienne, les prix mondiaux des denrées alimentaires ont atteint des sommets historiques, consécutivement aux perturbations dans les chaînes d'approvisionnement au plan mondial, du fait de la crise sanitaire. Cette situation a provoqué des tensions inflationnistes au niveau de l'Union. En février 2022, le taux d'inflation de la zone est ressorti à 6,1%, en glissement annuel, contre 2,2% un an plus tôt. Le conflit a encore accentué cette flambée des prix à la consommation dans l'Union, avec un taux d'inflation qui a grimpé à 6,5% en mars 2022. D'ores et déjà, pour limiter les effets des tensions inflationnistes sur le pouvoir d'achat des populations, les Etats membres de l'Union ont immédiatement pris des mesures de lutte contre la cherté de la vie. Les principales mesures portent sur le plafonnement des prix des produits de grande consommation, la subvention des prix à la pompe des produits pétroliers et des intrants agricoles, ainsi que l'exonération des droits et taxes sur les importations de certains produits alimentaires. Des réflexions sont en cours pour renforcer ces mesures et inverser la courbe des prix.

A moyen et long termes, la zone devrait développer des stratégies de substitution de ces importations avec les produits locaux, en vue de conserver sa souveraineté alimentaire.

Le troisième défi est de renforcer la structuration des instruments financiers de dette souveraine pour accompagner davantage les Etats membres de l'Union dans la mobilisation des ressources sur le marché régional, afin de pallier les difficultés potentielles d'accès aux marchés des capitaux internationaux. En effet, le resserrement des politiques monétaires accommodantes de certaines Banques centrales ...

Retrouvez la suite de l'interview dans le dernier numéro du trimestriel Sika Finance à télécharger gratuitement via le lien ou en cliquant sur la une du magazine ci dessous.  

 

Jean Mermoz Konandi

Publié le 12/09/22 15:36

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