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Sénégal : Les usagers de banque face à l’équation de la cherté du coût du crédit

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Au Sénégal, la complainte est presque la même chez les usagers de banques et des Systèmes financiers décentralisés (SFD): le coût du crédit est cher dans le secteur financier. Cela, malgré les actions entreprises par les autorités monétaires et l'existence de textes réglementaires régissant les taux d'intérêt.

Dans un arrêté publié le 5 février 2021, le ministère sénégalais des Finances et du Budget annonçait le taux d'intérêt légal pour l'année 2021 fixé à 4,2391%. Comparé à 2020 où ce taux était de 4,5%, il est constaté une baisse. Ce repli combiné à une diminution des taux directeurs de la BCEAO intervenue en juin 2020 ramène au goût du jour la question du coût dans les pays de l'UEMOA, particulièrement au Sénégal. En effet, lors de sa réunion du 22 juin 2020, le Comité de politique monétaire (CPM) de la banque centrale indiquait que le taux d'intérêt minimum de soumission aux opérations d'appels d'offres d'injection de liquidité passait de 2,50% à 2,00% et le taux d'intérêt du guichet de prêt marginal est ramené de 4,50% à 4,00%. En dépit de toutes ces initiatives, l'on constate une rigidité des taux d'intérêt débiteurs.

Pour Famara Ibrahima Cissé, président de l'Association sénégalaise des Clients et Sociétaires des Institutions Financières (ACSIF), en l'absence de concurrence dans le système bancaire, les différents acteurs ne sentiront pas le besoin de baisser les taux. " La BCEAO, qui s'est engagée depuis quelques années à baisser son taux directeur pour que cela se répercute sur les taux appliqués aux usagers ainsi que la transposition en droit interne de la loi sur le Taux effectif global commandent à reconnaître la volonté partielle de nos autorités à amener les institutions financières à la baisse de leur taux pour une meilleure bancarisation de masse ", estime M. Cissé.

Il bat en brèche l'argument souvent brandi par les banques pour justifier le coût du crédit.  " On nous dira que le taux d'intérêt est tributaire du risque. Or, le risque est amoindri depuis quelques années avec la mise en fonction du Bureau d'information sur le crédit (BIC) qui ne donne plus de raison aux banques de maintenir élevé les taux d'intérêt. De plus, la libéralisation sauvage des coûts observée depuis les années 90 devrait être mieux encadrée par la BCEAO. C'est là, où les chefs d'Etat de l'UEMOA sont interpellés par leurs administrés pour favoriser les conditions d'une émergence financière de l'Afrique de l'Ouest ", fait remarquer le président de l'ACSIF.

L'économiste et financier, Spécialiste en système financier décentralisé, Souleymane Sarr, soutient que pour apprécier le caractère juste d'un prix, il faudrait analyser sa structure et le poids relatif de chacune de ses composantes. En effet, donnant l'exemple des SFD, il précise que le taux d'intérêt applicable en microfinance a quatre composantes : les frais généraux, le coût des ressources, le coût du risque et la marge de capitalisation. Ces charges, selon lui, doivent être totalement couverts par les intérêts payés par les clients sur les prêts octroyés. Par conséquent, le niveau de ces revenus d'intérêt exprimé en taux reflète le niveau des charges qu'ils sont sensés couvrir.  " Du fait de sa double mission sociale et commerciale, les SFD ont l'obligation de servir le maximum de personnes exclues en améliorant leur accessibilité physique, géographique et commerciale à des services financiers de qualité ", souligne Souleymane Sarr.

Parmi les stratégies préconisées pour diminuer le coût du crédit, le président de l'ACSIF, Famara Ibrahima Cissé, appelle à une meilleure régulation et à un assainissement du secteur pour les acteurs financiers. Pour les usagers, il plaide pour une éducation financière de masse. " Avec les innovations technologiques basées sur le numérique, les coûts d'exploitation sont réduits. Ce qui devrait se sentir sur les coûts de location de l'argent ", note M. Cissé. Ce dernier invite, dans cette même dynamique, le ministère des Finances et du Budget, à servir de catalyseur entre les besoins des populations en matière de financement soutenable et la pérennité des entreprises financières. A son avis, le ministère doit rendre l'environnement sain, attrayant et profitable aux différentes parties qui composent l'écosystème financier.

De son côté, l'économiste et financier, Souleymane Sarr, estime que la prise de mesures réglementaires, fiscales et financières par l'Etat en accord avec la BCEAO permettrait aux SFD d'accélérer leur digitalisation afin de baisser les frais généraux qui représentent près de 50% du taux de sortie. En outre, l'accès à des sources de refinancement moins chères ferait baisser le coût des ressources des SFD qui est une composante essentielle des taux d'intérêt. Pour baisser le coût du risque, il appelle à mener des actions d'éducation financière en direction des micro-entrepreneurs et des PME sur des modules aussi variés que le surendettement, la gestion de la rentabilité, le budget, les stratégie d'investissement, etc.

Ibrahim WANE, Dakar

La Rédaction

Publié le 22/02/21 12:39

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