Sénégal : L’or ne brille pas pour les communautés impactées

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Deux morts, c'était le bilan des manifestations qui ont eu lieu le 12 septembre dernier à Khassanto, dans la région de Kédougou, au sud-Est du Sénégal, proche des frontières du Mali et de la Guinée. Cette localité abrite d'importantes réserves d'or. Mais le paradoxe c'est qu'elle est caractérisée par la pauvreté et l'absence d'infrastructures de base. Assises sur une mine d'or, les populations ne cessent de râler, scandant " l'or pour les industries, la poussière pour les habitants ".

Les manifestations dans ces localités à fort potentiel économique sont monnaie courante. Depuis 2008, pas une année sans que les populations ne manifestent pour des emplois, pour le développement économique ou encore pour des infrastructures. Le 13 octobre 2022, des manifestations similaires avaient entraîné des blessés après deux jours d'affrontements, poussant le Forum civil à réclamer une meilleure distribution des richesses.

Voir aussi - Sénégal : Une production d'or de 2,36 tonnes au 3e trimestre 2022

" La frustration est partout perceptible du fait de la misère et de la pauvreté qui contrastent avec les revenus énormes tirés des ressources de l'or qui sont exploitées dans leur environnement. Cette exacerbation, qui était jusqu'ici quasi latente, commence à se manifester un peu partout dans les zones d'exploitations ", avait déploré le Forum civil, dirigé par Birahim Seck.

La région de Kédougou abrite des entreprises minières telles que Sabadola, Teranga Gold et Endeavour Mining. D'une population de 210 722 habitants, selon l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (2023), Kédougou enregistre un taux brut de scolarisation globale de 63.2% contre 52.9% au niveau national, et un taux d'analphabétisme de 42.4% contre 63.1% au niveau national. Composée de trois départements, à savoir Kédougou, Salémata et Saraya, elle a une incidence de pauvreté estimée à 61.9% contre 37.8% au niveau national.

Le premier ministre appelle à une exploitation au bénéfice des impactés

Dans ce contexte, se déroule depuis hier le Salon des mines, qui s'est ouvert le 3 octobre 2023. À cette occasion, le premier ministre a indiqué à ce sujet que l'exploitation des ressources doit se faire dans un cadre de bonne gouvernance et de développement durable. " Cette exploitation doit aussi contribuer à asseoir une dynamique de croissance pouvant générer de meilleures conditions de vie par la création d'un cadre favorable à la formation et à l'emploi des jeunes ", a dit Amadou Bâ.

Le premier ministre estime que si les ressources naturelles, conformément à la constitution, appartiennent au peuple, leur exploitation doit assurément bénéficier aux impactées et leur assurer une vie après la mine. Ainsi il a exhorté l'industrie minière au respect des meilleures normes d'exploitation en contribuant à la viabilité de nos territoires à travers la valorisation des ressources, de façon à générer une croissance économique responsable, qui prend en compte le bien-être des populations et la protection de l'environnement.

Une production estimée à 512 milliards FCFA en 2021

En marge du lancement du Salon des mines, le premier ministre Amadou Bâ a mis en avant les performances du secteur minier sénégalais. Selon lui, en 2021, le secteur minier a contribué à hauteur de 4,8 % du PIB. La production totale des produits miniers (ciment, acide phosphorique et engrais) est passée de 1 142 milliards FCFA en 2020 à 1 508 milliards FCFA en 2021 soit une hausse de 24 %.

Cette production en 2021 est essentiellement portée par l'or avec 512 milliards FCFA, soit 34% de la production totale, suivie du ciment, évalué à 341 milliards FCFA, soit 22%, de l'acide phosphorique avec une production 298 milliards FCFA soit 19%, des phosphates avec 79 milliards (5,3%), d'ilménite avec 74 milliards FCFA (5,1%) et du zircon 62 milliards FCFA (4,1%).

Ainsi, la valeur ajoutée du secteur extractif est aussi passée de 598 milliards FCFA en 2020 à 730 milliards en 2021 soit une hausse de 22%.  Pour ce qui est de la main-d'œuvre, le secteur minier industriel, elle est passée de 9 508 à 11 213 travailleurs entre 2020 et 2021, pour une masse salariale de 101 milliards FCFA, le secteur artisanal, quant à lui, emploie environ 30 000 personnes.

Par ailleurs, les recettes fiscales du secteur extractif s'élèvent en 2021 à 206 milliards FCFA (dont 190 milliards FCFA pour le secteur minier), soit 8% (dont 7,4% du secteur minier) des recettes budgétaires hors dons de l'État.

Mouhamadou Dieng

Publié le 04/10/23 13:53

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