UMOA : La politique monétaire actuelle réduira les bénéfices des banques en 2024 (Moody’s)

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La rentabilité des banques de l'UMOA devrait vraisemblablement pâtir de l'orientation de la politique monétaire actuellement en vigueur dans l'espace. Cette problématique a en effet fait l'objet d'analyse de la part de Moody's à travers une étude intitulée "Bank profits will soften as the central bank normalises liquidity conditions" (Les bénéfices des banques vont diminuer à mesure que la banque centrale normalise les conditions de liquidité), publiée ce 7 février 2024.

Plantant le contexte, l'agence internationale de notation financière a d'abord rappelé le relèvement global de 150 points de base à 3,50% du principal taux directeur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) entre juin 2022 et décembre 2023 pour contenir l'inflation et soutenir l'arrimage du franc CFA à l'euro, avant de présenter l'impact majeur d'une telle politique. A cet effet, Moody's affirme sans détours que "cette réorientation de la politique monétaire pèse sur les liquidités des banques et pèsera sur leur rentabilité cette année".

La liquidité des banques sous pression

Cette mesure a notamment amené la Banque centrale à réduire la taille moyenne de ses opérations de refinancement bancaire. Elle a ainsi ramené le processus d'appel d'offres de l'approche "full allotment" mise en place lorsque la pandémie a frappé en mars 2020 (où elle répond à toutes les demandes de liquidité des banques contre des garanties éligibles) à l'approche "fixed-quantity" qui était en place avant la pandémie (où elle plafonne le financement sans tenir compte de la demande), précise l'agence.

Ce qui a eu pour conséquence une baisse des montants mensuels totaux de refinancement accordés aux banques commerciales de l'Union, ces derniers étant par exemple passés de 9 356 milliards FCFA (15,5 milliards de dollars) en décembre 2022 à 7 350 milliards FCFA (12,2 milliards de dollars) en novembre 2023, puis à 8 440 milliards FCFA (13,8 milliards de dollars) en décembre 2023.

Cette approche de refinancement induit naturellement des coûts plus élevés puisque la Banque centrale offre désormais un montant fixe de liquidités et alloue d'abord des fonds aux plus offrants, ce qui oblige les banques ayant les plus importants besoins de liquidités à faire des offres au prix le plus élevé pour obtenir le financement dont elles ont besoin.

La rentabilité baissera avec l'augmentation des coûts de financement

Pour Moody's, le coût élevé du refinancement accordé par la BCEAO pèsera sur les marges d'intérêt nettes, car le rendement des actifs n'augmentera que progressivement, compte tenu de la durée relativement longue des titres de la dette publique.

"En outre, l'accès à un financement abondant et peu coûteux étant désormais réduis, les banques de l'UEMOA doivent se livrer à une concurrence plus active pour les dépôts des clients, ce qui entraîne une hausse du coût des dépôts", a-t-elle poursuivi.

Enfin, Moody's estime que l'accès limité des banques de l'Union à la liquidité fera en sorte que ces dernières seront susceptibles d'ajuster leurs volumes d'investissement et de prêt, ce qui réduira le revenu d'exploitation.

Par ailleurs, le resserrement des conditions de financement imposé par la Banque centrale rendra plus difficile l'absorption des émissions de dette souveraine de la région par les établissements de crédit, car ces derniers achètent généralement environ 85% de la dette souveraine régionale placée sur le marché régional de la dette.

Toutefois, le rapport précise que les plus grandes banques régionales et les filiales d'entités étrangères, les plus performantes en matière de collecte de dépôts et les moins exposées à la dette souveraine, seront les mieux équipées pour gérer le resserrement des conditions de liquidité dans la région.

Il conclut en définitive qu'un assouplissement de la politique monétaire de la BCEAO n'est envisageable qu'en cas d'une nouvelle baisse de l'inflation ainsi qu'un redressement des réserves de changes dont le niveau a baissé de 43% à 9,7 milliards de dollars fin 2023, ne couvrant désormais que 3,4 mois d'importations de biens et services contre 5,5 mois fin 2021.

Rétablissement partiel des réserves de change en 2024

S'agissant des réserves de change, Moody's anticipe une amélioration de la situation en 2024 grâce aux recettes d'exportations qui bénéficieront de nouveaux revenus d'exportation d'hydrocarbures au Sénégal et au Niger. Ce niveau des réserves pourrait être consolidé par les flux de financement extérieur induits par les programmes conclus par les pays de l'Union avec le FMI. De plus, l'accès à nouveau des pays de l'UEMOA aux marchés financiers internationaux pour l'émission d'eurobonds, comme ce fut le cas récemment de la Côte d'Ivoire et du Bénin pour des levées respectives de 2,6 milliards de dollars et 750 millions de dollars, soutiendra également les réserves.

Dr Ange Ponou

Publié le 08/02/24 17:30

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