À Abidjan, en marge de la 50e Assemblée générale de la FANAF, les régulateurs de la zone CIMA ont été invités à repenser la gouvernance du secteur assurantiel à l'aune des nouveaux risques. Une formation de haut niveau, organisée par l'Académie de la gouvernance et du risque, a mis en lumière un message central : dans un environnement plus complexe, l'assurance n'est plus seulement un produit, elle devient un pilier de la gouvernance.
Dans l'espace CIMA, qui fédère 14 pays africains francophones, l'harmonisation de la réglementation des assurances constitue depuis plusieurs décennies un socle de stabilité. Mais face à la montée des risques juridiques, technologiques et opérationnels, ce cadre commun est désormais appelé à jouer un rôle plus structurant encore.
‘'Une gouvernance solide renforce la stabilité du marché, la responsabilité des acteurs et la transparence des opérations d'assurance'', a rappelé Foli Marshall Apetovi, Portfolio Manager chez Chedid Re, lors de cette session de formation. Au-delà de la conformité, la gouvernance apparaît comme un facteur clé d'attractivité, tant pour les talents que pour les investisseurs internationaux, en instaurant un climat de confiance durable.
Le Code des assurances CIMA impose ainsi une gestion rigoureuse des risques, une définition claire des responsabilités au sommet des entreprises et des dispositifs de contrôle interne robustes, complétés par des obligations annuelles de reporting. L'objectif est explicite : protéger les assurés tout en préservant l'intégrité du système assurantiel.
Transférer les risques pour mieux gouverner
Dans ce cadre, les solutions de transfert des risques ne sont plus périphériques. Elles deviennent des outils centraux de la gouvernance. Trois couvertures concentrent aujourd'hui l'attention des régulateurs et des acteurs du marché : la responsabilité des dirigeants, l'assurance cyber et la responsabilité civile professionnelle.
L'assurance Responsabilité des dirigeants, plus connue sous l'acronyme D&O, protège les membres des organes de direction contre les réclamations liées à des manquements à leurs obligations, à des déclarations inexactes ou à des situations de non-conformité réglementaire. Elle s'articule autour de trois garanties majeures : la protection individuelle des dirigeants, la prise en charge de l'indemnisation de la société et la couverture des réclamations visant la personne morale. Dans l'environnement CIMA, cette assurance est clairement identifiée comme un soutien direct au respect des exigences de gouvernance.
Le risque cyber, nouveau test de maturité des conseils d'administration
La digitalisation accélérée du secteur assurantiel expose désormais les entreprises de la zone CIMA à des cyberattaques, des violations de données et des interruptions d'activité. Face à cette menace, l'assurance cyber s'impose comme un levier de résilience opérationnelle.
Elle couvre non seulement les responsabilités liées à la protection des données personnelles, mais aussi les pertes d'exploitation et certaines sanctions réglementaires. Surtout, elle oblige les organes de gouvernance à monter en première ligne. ‘'La supervision du risque cyber relève désormais directement des conseils d'administration'', a insisté Foli Marshall Apetovi, soulignant l'importance de politiques claires et de dispositifs de déclaration rapide des incidents.
La responsabilité civile professionnelle, un standard réglementaire
Troisième pilier de cette architecture, l'assurance Responsabilité Civile Professionnelle couvre les fautes, erreurs ou omissions commises dans l'exercice des activités. Rendue obligatoire pour les courtiers et intermédiaires par le Code CIMA, elle est fortement recommandée pour les assureurs et les réassureurs.
Au-delà de la couverture financière des dommages et intérêts et des frais de défense, la RC Pro constitue un signal fort de conformité réglementaire et d'engagement en faveur des meilleures pratiques de gestion des risques.
La CRCA en vigie de la conformité
La Commission régionale de contrôle des assurances joue un rôle central dans ce dispositif. Elle supervise la solvabilité des acteurs, peut suspendre des agréments et conduit des audits de conformité. Les rapports annuels de gouvernance exigés des entreprises doivent détailler la gestion des risques, la supervision exercée par les organes dirigeants et l'alignement avec les politiques de gouvernance.
Les sanctions en cas de manquement sont lourdes : pénalités financières, atteinte à la réputation et fragilisation durable de la confiance du marché.
Quand l'assurance devient un instrument de confiance
Au fil des échanges, une conviction s'est imposée : ‘'l'assurance n'est plus un simple mécanisme de couverture, elle est un instrument de gouvernance à part entière''. L'alignement des programmes d'assurance avec les politiques de gouvernance, leur revue régulière et la sensibilisation des conseils d'administration apparaissent désormais comme des bonnes pratiques incontournables.
En intégrant de manière proactive les solutions de transfert des risques, les acteurs de la zone CIMA renforcent leur résilience financière, leur capacité de gestion de crise et, surtout, la confiance des régulateurs, des investisseurs et des assurés. Dans un secteur en mutation rapide, la gouvernance assurantielle s'affirme ainsi comme l'un des leviers majeurs de la stabilité et de la crédibilité du marché africain.
Publié le 11/02/26 08:16
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC