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Adrian Fielding, DG AFIS : ‘’Notre rôle est de créer les conditions pour orienter davantage les ressources vers les secteurs productifs’’

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Adrian Fielding, directeur général de l'AFIS : 

Notre rôle est de créer les conditions pour orienter davantage les ressources vers les secteurs productifs

Entre fragmentation monétaire, contraintes réglementaires et manque de financements à long terme, le défi consiste à transformer l'épargne africaine en investissements productifs. Adrian Fielding, directeur général de l'AFIS, Africa Financial Industry Summit, plateforme de référence de l'écosystème financier africain, dévoile quelques solutions qui pourraient accélérer la croissance, la création d'emplois et le développement du continent. Il souligne que la finance africaine affiche une forte rentabilité, mais le financement du secteur privé reste limité. Ainsi pour mobiliser davantage de capitaux, il préconise des garanties financières, des financements en monnaie locale, une meilleure intégration des marchés et une intelligence artificielle adaptée aux réalités africaines.

Pourquoi placer au cœur de l'édition la contradiction entre rentabilité du secteur financier et déficit de capitaux ?

L'enjeu pour les années à venir n'est plus seulement de consolider la croissance du secteur financier, mais de faire en sorte que sa solidité se traduise davantage en investissements productifs

C'est précisément ce paradoxe qui caractérise aujourd'hui la finance africaine. Le secteur n'a jamais été aussi solide : en 2025, les revenus bancaires ont dépassé les 100 milliards de dollars, tandis que le rendement des fonds propres s'est établi autour de 19%, soit près du double de la moyenne mondiale.

Pourtant, cette solidité ne se traduit pas encore suffisamment dans le financement de l'économie réelle. Les prêts au secteur privé (entreprises et ménages) ne représentent qu'environ 30 % des actifs bancaires du continent, alors même que le déficit annuel de financement du développement est estimé à 400 milliards de dollars.

C'est cette équation que l'AFIS, co-organisé avec l'IFC, entend placer au cœur des échanges. L'enjeu pour les années à venir n'est plus seulement de consolider la croissance du secteur financier, mais de faire en sorte que sa solidité se traduise davantage en investissements productifs, en création de valeur et en emplois durables pour le continent.

Qu'est-ce qui freine la transformation de l'épargne institutionnelle en capital de long terme ?

L'Afrique n'est pas à court d'épargne. Fonds de pension et assureurs gèrent ensemble environ 775 Md$ d'actifs. Si l'on y ajoute les actifs bancaires, les fonds souverains, les banques publiques de développement et les réserves de change, le capital domestique du continent dépasse 4 000 Md$, selon l'Africa Finance Corporation. Cette épargne irrigue pourtant peu l'économie productive. Hors Afrique du Sud, les assureurs africains n'investissent presque rien dans les infrastructures, alors que la médiane mondiale est d'environ 1 % de leurs actifs.

Tant que la dette souveraine offre des rendements à deux chiffres, les investissements plus longs, plus complexes et moins liquides paraissent naturellement moins attractifs. Il ne s'agit pas de demander aux investisseurs institutionnels des risques incompatibles avec leurs mandats, mais de réunir les conditions qui rendent ces investissements possibles : garanties, first-loss, project bonds, mutualisation, assistance technique en amont, véhicules suffisamment grands et liquides.

Quels secteurs doivent devenir les principaux bénéficiaires du capital africain ?

Notre rôle n'est pas de décréter où le capital doit aller, mais de créer les conditions pour orienter davantage les ressources vers les secteurs productifs.

Le fil conducteur du programme est le financement de l'économie réelle : agriculture et agro-industrie, PME, infrastructures, énergie, industrie manufacturière, logement. L'agriculture est le meilleur révélateur. Elle pèse lourd dans l'emploi, le PIB et la sécurité alimentaire du continent, et ne reçoit pourtant qu'environ 5 % du crédit. Pour les PME, le déficit de financement en Afrique subsaharienne avoisine 331 Md$.

Notre rôle n'est pas de décréter où le capital doit aller, mais de créer les conditions pour orienter davantage les ressources vers les secteurs productifs : données plus abondantes et fiables, mécanismes de garantie, financements en monnaie locale et coopération renforcée entre banques, fintechs, investisseurs et institutions de développement. Les initiatives comme la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), lancée par le Groupe de la Banque africaine de développement, illustrent cette nécessité de mieux coordonner les acteurs et de mobiliser plus efficacement le capital africain au service de l'investissement productif à long terme.

Quels problèmes africains l'IA doit-elle prioritairement résoudre ?

Nous avons besoin d'une IA conçue pour l'Afrique, reposant sur des données et des cas d'usage locaux, plutôt que de solutions importées qui ne tiennent pas toujours compte des réalités des marchés africains. Son potentiel est considérable : l'IA appliquée aux services financiers pourrait contribuer à hauteur de 80 milliards de dollars à l'économie africaine d'ici 2035 selon la BAD, si les conditions sont réunies.

L'IA appliquée aux services financiers pourrait contribuer à hauteur de 80 milliards de dollars à l'économie africaine d'ici 2035 selon la BAD

Ses applications sont déjà bien identifiées : améliorer le scoring de crédit pour les populations disposant de peu d'historique bancaire, renforcer la détection de la fraude, optimiser le traitement des sinistres et la tarification des assurances, améliorer l'efficacité opérationnelle des banques et accompagner les régulateurs dans l'analyse de volumes croissants de données.

Mais ce potentiel suppose un cadre de confiance solide, avec des garanties en matière de prévention des biais algorithmiques, de protection des données, de cybersécurité, de localisation du cloud et de responsabilité des décisions automatisées.

Dans quelle mesure la fragmentation entre plus de 40 monnaies et cadres réglementaires freine-t-elle le changement d'échelle ?

La fragmentation a un prix, et il est très concret : change, couverture, conformité, licences, intermédiation bancaire, règlement-livraison. Envoyer 200 dollars vers l'Afrique subsaharienne coûte en moyenne 8,46 %, contre 6,36 % à l'échelle mondiale.

Pour les entreprises s'ajoute le risque de change : les monnaies africaines ont perdu en moyenne environ 65 % face au dollar depuis 2007. L'intégration financière n'est donc pas une ambition abstraite. C'est le moyen de faire disparaître une partie de ces coûts et de bâtir des marchés assez profonds pour que les acteurs africains changent d'échelle.

Quelles règles ou pratiques réglementaires mériteraient d'évoluer ?

Il ne s'agit pas d'assouplir les normes prudentielles, mais de veiller à ce qu'elles évaluent correctement les risques sans freiner involontairement le financement de long terme ou l'intégration des marchés. Certaines règles peuvent, par exemple, inciter les banques à privilégier les titres publics à court terme plutôt que des investissements productifs à maturité longue, alors même que les infrastructures nécessitent des financements sur 7, 10 ou 12 ans.

Parallèlement, de nouveaux enjeux s'imposent aux régulateurs : cloud, localisation des données, intelligence artificielle, cybersécurité, stablecoins ou encore partage transfrontalier des données de crédit. L'enjeu est donc de construire des cadres réglementaires qui préservent la stabilité financière tout en tenant compte des spécificités des économies africaines, de leurs besoins de financement à long terme et des transformations technologiques.

Quels résultats permettraient de considérer cette édition comme une réussite ?

Le succès de l'AFIS ne se mesurera pas uniquement à l'affluence, même si cette édition réunira à Luanda des dirigeants et des régulateurs africains et internationaux, pour la première fois en Afrique australe.

Le véritable indicateur de réussite sera l'impact de ces échanges sur la manière dont le capital est mobilisé et déployé.

Une édition réussie est avant tout une édition qui fait avancer les choses : des priorités clairement identifiées, des solutions concrètes et des coopérations durables entre banques, investisseurs, assureurs, fintechs, régulateurs et pouvoirs publics.

Le véritable indicateur de réussite sera l'impact de ces échanges sur la manière dont le capital est mobilisé et déployé, dont les marchés africains renforcent leur intégration et dont les secteurs public et privé travaillent ensemble pour lever les obstacles au financement de la croissance du continent.

Publié le 19/10/26 12:35

La Rédaction

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