La loi de finances 2026 consacre un choix stratégique de l'État gabonais, qui a décidé d'injecter 1 milliard FCFA au capital de Fly Gabon Holding, au moment même où Air France renforce sa présence à Libreville, avec la montée en gamme de ses opérations et l'arrivée annoncée de Boeing 787 Dreamliner. Loin d'une contradiction, cette simultanéité révèle une lecture structurée du transport aérien gabonais, avec un État qui ne cherche pas à opposer un acteur public à un géant international, mais à organiser la coexistence entre un hub premium international et un opérateur local structurant.
Dans cette architecture, Fly Gabon Holding n'est pas conçue comme une concurrente frontale d'Air France, mais comme un maillon complémentaire. Le rôle assigné est essentiellement d'assurer la connectivité domestique et sous-régionale, fiabiliser les liaisons de rabattement et capter une partie de la valeur générée par le trafic aérien. En investissant en capital plutôt qu'en subventions, l'État cherche à bâtir un acteur capable de s'inscrire durablement dans cette logique.
Cette stratégie n'est pas inédite en Afrique. La Côte d'Ivoire offre un exemple parlant avec Air Côte d'Ivoire, compagnie nationale qui coexiste pacifiquement avec Air France à Abidjan. Loin de s'affronter, les deux opérateurs évoluent dans une relation de complémentarité : Air France capte le trafic long-courrier et premium, tandis qu'Air Côte d'Ivoire structure le réseau régional ouest-africain. Cette coexistence s'est appuyée sur le transfert d'expertise, les standards opérationnels et l'expérience accumulée par Air France, tout en permettant à l'État ivoirien de conserver un levier stratégique dans l'aérien.
Cette stratégie est d'ailleurs renforcée par d'autres arbitrages budgétaires inscrits dans la loi de finances 2026, notamment la réduction drastique des subventions non ciblées au profit d'investissements structurants. À titre d'exemple, le soutien des prix des produits pétroliers chute de 88 milliards FCFA en 2025 à 12,2 milliards FCFA en 2026, libérant des marges pour des engagements en capital jugés plus productifs.
Idrissa Diakité
Publié le 27/01/26 16:37
La Rédaction
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