Moody's anticipe une amélioration graduelle de la trajectoire d'endettement en Afrique subsaharienne. Selon l'agence, la dette publique totale des pays qu'elle suit dans la région devrait revenir de 62,4% du PIB en 2025 à 56,6% en 2027, soit une baisse de 5,8 points de PIB en deux ans. Cette évolution accompagne le relèvement à positive de la perspective régionale, Moody's estimant que plusieurs économies ont mieux absorbé les pressions inflationnistes, tandis que les prix encore élevés de certaines matières premières et un accès plus fluide au financement ont soutenu les comptes publics.
L'amélioration attendue concerne également les besoins annuels de financement des États. L'agence de notation prévoit que les montants que les gouvernements doivent emprunter pour couvrir leurs déficits et refinancer les dettes arrivant à échéance diminueront à 11,2% du PIB en 2027, contre un pic de 12,3% en 2025. La baisse reste limitée en valeur relative, mais elle réduit progressivement la pression exercée sur les budgets publics, dans un environnement où plusieurs pays restent confrontés à des charges d'intérêts élevées et à des marchés obligataires encore coûteux.
Il faut noter que cette détente intervient dans un contexte de croissance que Moody's juge relativement solide. L'agence table sur une progression moyenne pondérée de 4,3% en 2026 comme en 2027 pour les économies de la région. Cette croissance doit soutenir les recettes publiques et faciliter la stabilisation des ratios de dette, à condition que les dépenses restent maîtrisées. Les trajectoires resteront toutefois très contrastées : la Zambie et l'Éthiopie devraient enregistrer les plus fortes baisses de dette, tandis que le Botswana et le Gabon figurent parmi les pays où celle-ci devrait augmenter le plus.
La baisse moyenne de l'endettement ne fait pas disparaître les vulnérabilités. Moody's continue de signaler le poids élevé du service de la dette, la faiblesse des recettes publiques dans plusieurs pays, ainsi que les risques liés au changement climatique et aux tensions sécuritaires régionales. Le Kenya et la Zambie devraient ainsi consacrer chacun près de 35% de leurs recettes publiques au seul paiement des intérêts en 2027, soit le niveau le plus élevé parmi les pays suivis dans la région. Une reprise durable de l'inflation, des événements climatiques extrêmes ou un retrait brutal des investisseurs pourraient également interrompre la tendance attendue
La qualité de crédit reste enfin très hétérogène selon l'agence. Sur les 25 pays d'Afrique subsaharienne notés par Moody's, seuls le Botswana et Maurice appartiennent à la catégorie investissement. Huit pays disposent d'une perspective positive, treize d'une perspective stable et quatre, à savoir : Maurice, le Gabon, le Mali et le Sénégal, disposent d'une perspective négative. La baisse projetée de la dette moyenne à 56,6% du PIB en 2027 marque donc une amélioration régionale, mais pas un assainissement uniforme, tant la soutenabilité de la dette dépendra encore, pays par pays, de la croissance, du coût de financement, de la discipline budgétaire et de la capacité des États à accroître leurs recettes.
Idrissa Diakité
Publié le 07/10/26 18:09
La Rédaction
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