Le champion bancaire marocain rachète au groupe français une filiale rentable et cotée. Il s'offre ainsi une porte d'entrée en Afrique anglophone.
Sur l'échiquier bancaire africain, le Maroc vient d'avancer un cavalier jusqu'à Accra. Attijariwafa bank a annoncé, ce 1er octobre, la signature d'un accord pour acquérir 55,22% du capital de Société Générale Ghana, cédés par le groupe français Société Générale. Le fonds de retraite public ghanéen SSNIT en reprend 5%. Au terme de l'opération, l'établissement casablancais contrôlera une banque qui lui manquait pour concrétiser une implantation en Afrique anglophone.
La cible n'a rien d'une convalescente. Cette banque universelle, qui sert aussi bien les particuliers que les entreprises, s'appuie sur 40 agences réparties dans 24 villes et sur un peu plus de 500 collaborateurs. En 2025, elle a réalisé un produit net bancaire (l'ensemble de ses revenus) de 1,356 milliard de cedis, soit environ 116 millions de dollars. Son résultat net atteint 397 millions de cedis, environ 34 millions de dollars. Près de 30% des revenus finissent donc en bénéfice, un ratio que bien de banques envieraient.
La rentabilité confirme cette impression. Rapporté aux fonds propres de 2,6 milliards de cedis, le profit donne un rendement d'environ 15% : un cedi investi par les actionnaires en rapporte quinze centimes par an. Rapporté au total du bilan, il avoisine 4%, un niveau élevé pour le secteur.
Reste le prix, que le communiqué ne dévoile pas. La banque est cotée à Accra et valait 3,9 milliards de cedis de capitalisation, soit environ 333 millions de dollars, le 29 septembre. Cela représente à peu près 10 fois ses bénéfices annuels et 1,5 fois ses fonds propres. Au cours de bourse, la part d'Attijariwafa bank vaudrait un peu plus de 200 millions de dollars. Il s'agit d'une estimation. Le prix final pourrait dépendre d'une éventuelle prime de contrôle, ce supplément que l'on accepte de payer pour détenir les rênes.
Entre outre, le prix de l'action Société Générale Ghana a augmenté de 340% au cours des 5 dernières années, à la date du 29 septembre 2026.
L'opération s'inscrit dans une logique d'expansion continentale. Le groupe marocain, qui emploie 22 000 personnes et compte plus de 12 millions de clients, opère déjà dans 27 pays. Le Ghana lui ouvre les marchés anglophones, tandis que SSNIT, gestionnaire de la retraite obligatoire, apporte un ancrage local solide. Le PDG Mohamed El Kettani promet une gestion ‘'dans un esprit de continuité'' et plaide pour un resserrement des échanges entre Accra, Rabat et les autres pays du groupe.
Plusieurs inconnues subsistent. L'accord est soumis aux autorisations des régulateurs marocains et ghanéens. Le calendrier, le mode de financement et l'éventuelle offre destinée aux actionnaires minoritaires n'ont pas été précisés. C'est sur ces points que se jouera la dernière manche.
Publié le 01/10/26 16:49
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC