Le gendarme du secteur bancaire en Afrique centrale a placé un autre établissement de microfinance camerounais sous tutelle administrative, une mesure d'urgence visant à tenter de le sauver.
Par une décision datée du 26 juin 2025, la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC) a mis la NOUVELLE FINANCIERE AFRICAINE (NOFIA) SA sous administration provisoire pour une durée de six mois. L'information a été officialisée dans un communiqué relayé ce mercredi dans le quotidien national par Bogni Ngueya, l'administrateur provisoire nommé pour la circonstance.
Cette procédure, qualifiée par la COBAC de "mesure de sauvegarde", a pour objectif déclaré de "rétablir très rapidement les conditions normales d'exploitation" de NOFIA SA. Concrètement, une administration provisoire est une prise de contrôle temporaire d'une institution financière par les autorités de régulation. Elle intervient généralement lorsque l'établissement rencontre de graves difficultés de gestion ou financières qui menacent sa stabilité et, par ricochet, l'argent de ses déposants.
NOFIA SA, dont le siège est à Douala, la capitale économique du Cameroun, est agréée comme établissement de microfinance de deuxième catégorie, ce qui signifie qu'elle opère à une échelle relativement importante.
La situation de NOFIA SA n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une série d'interventions similaires du régulateur au Cameroun.
Quelques mois seulement avant l'annonce concernant NOFIA, la COBAC avait également placé sous administration provisoire un autre établissement, UNICS Plc, basé à Yaoundé. La décision prévoit également une cure de six mois pour cet établissement qui compte environ 68 000 clients.
Plusieurs autres noms ont récemment fait la une pour leur défaillance. En mars 2025, la microfinance CECIL a été placée sous administration provisoire. Début 2024, c'est Apesa Fund qui a été contrainte à la liquidation, l'étape ultime qui suit généralement l'échec d'une administration provisoire. La liquidation consiste à vendre les actifs de l'établissement pour rembourser, dans la mesure du possible, ses créanciers et ses épargnants.
D'autres établissements comme Cofinest, Comeci, ou Credit Fund ont déjà fermé leurs portes ces dernières années, emportant avec eux l'épargne de nombreux clients.
Cette cascade de défaillances met en lumière la fragilité structurelle du secteur de la microfinance au Cameroun. Selon le ministère des Finances cité dans les rapports, le pays compte plus de 400 structures de ce type.
Les problèmes récurrents incluent des difficultés de gouvernance, comme l'illustre le cas de CECIL. En octobre 2023, son président du conseil d'administration avait été suspendu par le gouvernement pour "immixtions répétées dans la gestion courante", violant ainsi les règles qui séparent les pouvoirs de direction de ceux de surveillance.
Le sort définitif de NOFIA SA sera connu d'ici fin décembre 2025, date à laquelle la COBAC devra décider de mettre fin à l'administration provisoire, de la prolonger ou, dans le pire des scénarios, d'engager une procédure de liquidation.
Perton Biyiha
Publié le 15/10/25 14:30
La Rédaction
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CEMAC