En décembre 2025, l'indice des prix à la consommation a affiché une baisse de 0,8% dans l'UEMOA, en rythme annuel, selon les dernières statistiques de la BCEAO. Ce chiffre nettement inférieur à la cible communautaire comprise entre 1% et 3%, confirme l'entrée de la région dans une phase de déflation qui dure maintenant 7 mois d'affilée.
À l'échelle régionale, le recul des prix s'explique avant tout par la détente persistante sur les produits alimentaires, soutenue par de bonnes campagnes agricoles et une normalisation progressive des circuits d'approvisionnement. Cette évolution intervient dans un contexte où la demande intérieure demeure contenue, limitant la capacité des entreprises à répercuter les hausses de coûts liées à l'énergie ou au transport. Le résultat est un environnement de pression déflationniste modérée, inédit depuis la pandémie de Covid-19.
Mais l'unité monétaire masque des trajectoires nationales très différenciées. Le Sénégal se distingue avec une inflation de 2,8%, la plus élevée de l'UEMOA en décembre. Cette situation reflète une demande intérieure dynamique, portée par l'urbanisation et la vigueur de certains services, notamment le logement et la restauration. À l'inverse, la Côte d'Ivoire affiche une inflation quasi nulle, à 0,1%, démontrant un équilibre fragile entre la baisse des prix alimentaires et la résistance des prix des services. Elle s'impose ainsi comme un point d'ancrage de la stabilité des prix dans la zone.
Le Bénin, avec 1,4%, et le Mali, à 0,4%, évoluent dans des niveaux compatibles avec l'objectif de la BCEAO. Ces économies subissent des pressions ciblées, liées à la distribution et à certains produits importés, sans remettre en cause l'équilibre général. La situation est en revanche plus préoccupante dans plusieurs pays confrontés à une déflation marquée. Le Niger enregistre une chute des prix de 9,4%, la plus sévère de l'Union, traduisant un effondrement de la demande et une contraction du commerce intérieur. Le Burkina Faso et la Guinée Bissau affichent respectivement -2,2% et -2,8 %, sous l'effet conjugué du recul de la consommation et de la baisse des prix agricoles. Le Togo se situe quant à lui en stagnation, avec une inflation nulle, reflet d'un équilibre instable entre forces inflationnistes et désinflationnistes.
L'analyse par composante de l'indice des prix éclaire ces évolutions. Les produits alimentaires et boissons non alcoolisées constituent le principal moteur de la déflation, avec une contribution négative de 0,5 point. À l'opposé, le poste logement continue de soutenir les prix, avec une contribution positive de 0,2 point, en raison de la rigidité des loyers, de l'entretien et de l'énergie domestique. Les télécommunications apportent un soutien plus modéré, tandis que les restaurants et hôtels pèsent négativement sur l'inflation, révélant la faiblesse persistante de la demande de services. Les autres postes, du transport à la santé, affichent des contributions marginales, signe d'une transmission limitée des chocs de coûts.
Publié le 04/02/26 11:19
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC