
Par Omar El Oudi
Depuis le 30 juillet 2025, le Conseil d'administration de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) ne s'est plus réuni. Une situation sans précédent pour l'institution censée piloter la politique monétaire du pays.
En cause : l'absence de quorum, conséquence directe de l'expiration du mandat de trois de ses membres non remplacés à ce jour.
Ce blocage institutionnel, passé presque sous silence, en dit long sur les dérives actuelles de la gouvernance économique en Tunisie. La BCT, censée incarner la stabilité et la crédibilité financière du pays, se retrouve "paralysée" pour des raisons purement administratives et politiques.
Un Conseil incomplet, une politique monétaire en suspens
Le Conseil d'administration, organe décisionnel suprême de la BCT, ne peut valablement se réunir ni adopter de décisions sans la présence du quorum requis. Résultat : depuis plus de trois mois, aucune réunion officielle n'a eu lieu.
Cela signifie concrètement que les grandes orientations monétaires, les décisions de politique de change ou encore les validations réglementaires restent gelées. À un moment où l'économie tunisienne affronte une inflation persistante, une pénurie de devises et un financement public de plus en plus contraint, ce vide institutionnel est tout simplement irresponsable.
Un signal désastreux pour les marchés et les partenaires
Dans un contexte où la Tunisie tente désespérément de restaurer la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds internationaux, l'incapacité à maintenir le fonctionnement régulier de la Banque Centrale envoie un signal désastreux.
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L'institut d'émission est censé être le rempart de la stabilité financière et le garant de la crédibilité du pays face à ses partenaires internationaux ou encore agences de notation. Or, cette inertie administrative jette le doute sur la capacité de l'État à assurer la continuité de ses institutions les plus sensibles.
Ce blocage révèle un problème plus profond : la désinvolture avec laquelle les autorités traitent la gouvernance des institutions économiques stratégiques. L'expiration de mandats sans renouvellement, le retard dans les nominations, et l'absence de transparence sur les critères de désignation traduisent une faillite de pilotage.
La BCT n'est pas une administration ordinaire : chaque décision retardée peut avoir un impact immédiat sur la liquidité du marché, le financement des entreprises, ou la valeur du dinar.
Un vide dangereux dans un contexte économique critique
À l'heure où la Tunisie fait face à une conjoncture difficile - croissance molle, déséquilibres budgétaires, inflation encore élevée et pressions sur les réserves de change - l'absence de pilotage clair au sommet de la Banque Centrale fragilise davantage l'économie nationale.
Ce vide de gouvernance prive le pays de réactivité monétaire et de coordination stratégique avec les politiques budgétaires. Dans le pire des cas, il pourrait retarder des décisions urgentes sur les taux d'intérêt, la gestion de la liquidité ou la régulation bancaire.
Le silence de la BCT depuis juillet ne peut plus être interprété comme une simple pause administrative. Il s'agit d'un symptôme grave d'un État en délitement institutionnel, où la négligence politique mine la crédibilité des organes de régulation.
Tant que les postes vacants ne seront pas comblés et que le Conseil ne reprendra pas ses fonctions, la Banque Centrale restera muette face à une économie en souffrance. Et cette mutité, dans le contexte actuel, coûte cher à la Tunisie.
Publié le 06/11/25 11:02
SN
CEMAC