Lors des Assemblées annuelles 2025, le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a défini une vision ambitieuse axée sur la création d'emplois, la mobilisation du secteur privé et un développement ‘'intelligent'' alliant résilience, croissance et stabilité. En deux ans, l'institution a déjà accru sa capacité financière de 100 milliards de dollars et multiplié les réformes pour accélérer l'impact de ses actions.
Pour Ajay Banga, ‘'l'emploi est le cœur battant du développement''. Dans un monde où 1,2 milliard de jeunes entreront sur le marché du travail d'ici quinze ans pour seulement 400 millions de postes disponibles, la création d'opportunités devient un impératif global. D'ici à 2050, 85% de la population mondiale vivra dans les pays en développement, dont un quart en Afrique. Le président de la Banque mondiale en fait un enjeu existentiel : sans effort concerté, le déficit d'emplois pourrait nourrir l'instabilité et les migrations de masse.
Face à cette urgence, le Groupe de la Banque mondiale recentre son action autour de trois piliers : renforcer les infrastructures publiques, instaurer des cadres économiques stables et favoriser l'investissement privé. L'objectif est clair : transformer le capital humain et les ressources locales en emplois durables et productifs.
Réformes internes et leviers financiers inédits
Depuis deux ans, l'institution a engagé une refonte profonde de son fonctionnement pour gagner en efficacité. Le délai d'approbation des projets a été réduit de 19 à 12 mois, et certains dossiers sont désormais validés en moins de 30 jours. La Banque a consolidé ses directions locales dans 40 pays et simplifié son suivi interne, passant de 153 indicateurs à 22 critères de performance mesurables.
Grâce à l'optimisation de ses instruments et à une meilleure mobilisation des ressources, la capacité financière du Groupe a été accrue de 100 milliards de dollars. La plateforme de cofinancement compte déjà 175 projets, dont 22 totalement financés pour un montant de 23 milliards de dollars. Parallèlement, la nouvelle stratégie IFC 2030 vise à renforcer la mobilisation de capitaux privés dans les marchés émergents, notamment via un Frontier Opportunities Fund et un modèle innovant d'''octroi puis cession'' destiné à attirer les investisseurs institutionnels.
Cinq secteurs moteurs pour l'emploi
La Banque mondiale concentre ses efforts sur cinq secteurs à fort potentiel : les infrastructures et l'énergie, l'agro-industrie, les soins de santé, le tourisme et l'industrie manufacturière à valeur ajoutée, incluant les minerais critiques. Ces domaines sont perçus non comme des sources d'aide, mais comme des catalyseurs de croissance locale.
Parmi les initiatives emblématiques, Mission 300 vise à fournir l'électricité à 300 millions d'Africains d'ici 2030. AgriConnect soutient la transition des petits exploitants agricoles vers une production excédentaire, avec un financement porté à 9 milliards de dollars par an. La Banque a également engagé une stratégie minière pour favoriser la transformation locale et la création d'emplois industriels dans les pays producteurs.
Un développement ‘'intelligent'' pour une croissance résiliente
Ajay Banga plaide pour un développement ‘'intelligent'', combinant soutenabilité budgétaire, résilience climatique et gouvernance responsable. En 2024, 48% des financements de la Banque ont généré des bénéfices climatiques annexes, contre 33% deux ans plus tôt. Les projets financés intègrent désormais des critères de durabilité, qu'il s'agisse de routes résistantes aux inondations ou d'écoles mieux adaptées aux conditions climatiques.
Sur le plan institutionnel, 14 évaluations des finances publiques ont été menées pour réorienter les dépenses vers des priorités à fort impact, et 22 autres sont en cours. L'IDA a porté ses apports nets à 21 milliards de dollars, contre 12 milliards trois ans auparavant. Par ailleurs, des opérations de conversion de dette en projets de développement ont été lancées, notamment en Côte d'Ivoire, tandis qu'un partenariat étroit avec le FMI renforce la transparence et la gestion de la dette dans le cadre du G20.
Des résultats tangibles et une vision durable
En deux ans, les financements annuels du Groupe ont atteint 119 milliards de dollars, dont 67 milliards mobilisés auprès du secteur privé. Plus de 20 millions d'agriculteurs ont eu accès à de nouvelles technologies, 60 millions de personnes ont obtenu l'électricité, 70 millions ont bénéficié d'une éducation ou d'une formation, et 300 millions ont eu accès à des services de santé et de nutrition améliorés.
Pour Ajay Banga, ces progrès ne sont qu'un début. À moyen terme, la Banque mondiale entend ancrer durablement l'emploi comme indicateur central de performance du développement. Car, comme il le résume, ‘'un emploi, c'est bien plus qu'un revenu : c'est une dignité, une stabilité, un avenir''.
L'ambition est de faire du travail le moteur d'une croissance mondiale plus juste et plus durable.
Publié le 20/10/25 20:20
La Rédaction
SN
CEMAC