L'Afrique possède dans ses forêts, ses terres et sa faune une richesse considérable, mais peine encore à en tirer une prospérité durable. Évalué à 7 600 milliards de dollars par le Centre africain de gestion et d'investissement en ressources naturelles de la Banque africaine de développement (BAD), son capital naturel demeure sous-financé, alors même que sa dégradation menace les fondements de nombreuses économies.
Le continent abrite environ un quart de la biodiversité mondiale et 9 des 36 points chauds de biodiversité recensés dans le monde. Ses prairies et ses forêts couvrent plus de la moitié de son territoire et contribuent aux moyens de subsistance de plus de 70% de la population d'Afrique subsaharienne. Le bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale humide de la planète, constitue également un important puits de carbone.
Mais ce patrimoine s'érode rapidement. L'Afrique perd près de 4 millions d'hectares de forêt par an, tandis que les populations de vertébrés sauvages suivies sur le continent ont chuté de 76% entre 1970 et 2020, selon le Rapport Planète vivant 2024 du Fonds mondial pour la nature (WWF). La Côte d'Ivoire, le Ghana et la République démocratique du Congo figurent parmi les pays confrontés à une déforestation importante.
Au-delà de l'urgence écologique, cette dégradation représente un risque économique. Elle fragilise les ressources dont dépendent les populations et les activités productives, tout en compromettant la capacité du continent à bâtir une croissance résiliente.
Des engagements à convertir en investissements
Adopté en 2022, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal fixe notamment l'objectif de préserver et de gérer au moins 30% des écosystèmes terrestres et marins d'ici à 2030. Les pays africains élaborent des stratégies nationales pour traduire ces ambitions en actions concrètes. Le défi reste toutefois de financer leur mise en œuvre et d'intégrer la biodiversité aux politiques budgétaires et aux décisions d'investissement.
La faiblesse des financements, les capacités institutionnelles limitées et la concurrence des priorités économiques à court terme freinent cette transformation. Pour y remédier, la BAD préconise une mobilisation accrue des ressources, une réorientation des subventions préjudiciables à la nature et le recours à des mécanismes innovants capables d'attirer des capitaux publics et privés.
L'institution entend notamment soutenir la restauration des écosystèmes, la conservation des forêts et la gestion durable des ressources naturelles. Elle a annoncé un engagement de 6,5 milliards de dollars en faveur de l'initiative de la Grande Muraille verte, aux côtés d'autres programmes déployés dans le bassin du Congo, celui du lac Tchad, la Corne de l'Afrique et le Sahel.
Prévue à Erevan, en Arménie, du 19 au 30 octobre, la 17e Conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (COP17) constitue une occasion de faire avancer ces solutions de financement.
Publié le 19/10/26 09:01
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC