Le Burkina Faso pourrait bénéficier d'un nouveau soutien financier du Fonds monétaire international (FMI), à l'issue de deux revues de ses programmes économiques. En effet, les services de l'institution de Bretton Woods ont conclu un accord au niveau des services avec les autorités burkinabè pour l'achèvement de la sixième revue de l'accord au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la deuxième revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Le décaissement global attendu s'élève à 64,58 millions de droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 87,67 millions de dollars (49,6 milliards FCFA).
Dans le détail, l'achèvement de la sixième revue de la FEC devrait permettre au pays de recevoir 48,16 millions de DTS, correspondant à environ 65,38 millions de dollars. À cela s'ajouterait un décaissement de 16,42 millions de DTS, soit près de 22,29 millions de dollars, au titre de la deuxième revue de la FRD. Ces financements restent toutefois conditionnés à l'approbation du Conseil d'administration du FMI, dont l'examen est provisoirement prévu à la mi-janvier 2027.
L'accord conclu au niveau des services fait suite à une mission du FMI conduite par Jaroslaw Wieczorek, chef de mission pour le Burkina Faso, à Ouagadougou du 26 octobre au 4 novembre. Les discussions ont porté sur les politiques économiques et financières mises en œuvre par les autorités burkinabè, indique un communiqué du Fonds publié ce 4 novembre.
Selon le FMI, la performance du programme demeure robuste. Le pays a atteint l'ensemble des objectifs quantitatifs fixés pour l'achèvement de la sixième revue de la FEC, ainsi que les réformes prévues à cette étape. Les mesures de réforme associées à la deuxième revue de la FRD progressent également de manière satisfaisante. À l'issue de la revue de la FEC, les décaissements cumulés au titre de cet accord devraient atteindre 228,76 millions de DTS. Pour la FRD, le total des décaissements devrait s'établir à 32,84 millions de DTS après l'approbation de la deuxième revue.
L'or et l'agriculture, moteurs de la croissance en 2027
Sur le plan macroéconomique, le FMI anticipe une accélération de la croissance burkinabè, portée notamment par la vigueur de l'activité aurifère et le rebond attendu dans le secteur agricole. Le taux de croissance du PIB réel, projeté à 4,4% en 2026, devrait ainsi progresser à 4,8% en 2027.
Le secteur minier continue de jouer un rôle déterminant dans cette dynamique, grâce au niveau élevé des cours de l'or, à la progression de la production et aux réformes engagées, notamment la formalisation de l'exploitation minière artisanale. La hausse des recettes minières offre également aux autorités des marges de manœuvre pour financer les dépenses prioritaires. Dans le secteur agricole, l'amélioration de l'accès aux engrais, l'expansion des périmètres irrigués, la réhabilitation des barrages et la construction de nouveaux forages ont contribué à renforcer la résilience de la production, malgré des conditions pluviométriques défavorables accentuées par le phénomène El Niño.
Des pressions inflationnistes et budgétaires persistantes
Les perspectives économiques restent néanmoins exposées à plusieurs risques. La hausse des cours mondiaux du pétrole, liée au conflit au Moyen-Orient, exerce des pressions sur les prix intérieurs et pèse sur les finances publiques. Les risques associés à El Niño accentuent également les préoccupations en matière de sécurité alimentaire. L'inflation devrait atteindre en 2026 le point médian de la fourchette de référence de la BCEAO, comprise entre 1 % et 3 %, sous l'effet notamment de la hausse des prix de l'énergie et des denrées alimentaires. Elle devrait encore progresser en 2027, tout en demeurant dans cet intervalle.
Sur le plan budgétaire, la loi de finances rectificative pour 2026 intègre la progression des recettes enregistrées au premier semestre et une hausse correspondante des dépenses, en particulier des investissements publics. Les autorités maintiennent leur objectif initial de déficit budgétaire à 2,7 % du PIB. Le FMI estime toutefois que ce déficit pourrait dépasser cette cible, tout en restant inférieur au seuil de 4 % du PIB convenu lors de la cinquième revue de la FEC en juin 2026. Pour 2027, les discussions préliminaires font état d'un déficit d'environ 3,3 % du PIB, dans la perspective d'une convergence à moyen terme vers le critère communautaire de l'UEMOA fixé à 3 % du PIB.
La protection des populations vulnérables au cœur des discussions
Face aux pressions persistantes sur les prix des produits de base, les discussions entre le FMI et les autorités burkinabè ont également porté sur les mesures destinées à préserver la viabilité budgétaire, renforcer la gouvernance et la transparence et protéger les populations les plus vulnérables. Les échanges ont notamment concerné les mécanismes de maîtrise des coûts de l'énergie, le renforcement de la protection sociale et la préservation de la sécurité alimentaire. Le fonctionnement et le cadre de gouvernance du fonds souverain minier récemment créé ont également été examinés.
Approuvé initialement en septembre 2023, l'accord au titre de la FEC avait été conclu pour un montant de 228,76 millions de DTS, avant d'être augmenté de 60,20 millions de DTS en juin 2026, portant l'accès total à 288,96 millions de DTS. De son côté, l'accord au titre de la FRD, approuvé en février 2026, représente un montant total de 90,3 millions de DTS. L'approbation des deux revues par le Conseil d'administration du FMI à la mi-janvier 2027 constituerait ainsi une nouvelle étape dans le soutien financier de l'institution au Burkina Faso, dans un contexte où le pays doit concilier croissance économique, financement des priorités publiques et maîtrise des équilibres budgétaires.
Publié le 05/11/26 12:39
Narcisse Angan
SN
CEMAC