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Cameroun : À Bruxelles, Yaoundé déploie l’art de la diplomatie pour obtenir sa réintégration au sein de l’ITIE

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Le 9 octobre 2026, à Bruxelles, le ministre des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique (Minmidt), Fuh Calistus Gentry, a plaidé auprès de Maria van der Hoeven, présidente du Conseil d'administration de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), en faveur de la levée de la suspension du Cameroun. Cette démarche intervient plus de deux ans après la sanction prononcée contre le pays.

La rencontre s'est tenue en marge de la 10ᵉ Conférence mondiale de l'ITIE, une organisation qui rassemble les gouvernements, les entreprises extractives et la société civile autour de la transparence des revenus issus de l'exploitation du pétrole, du gaz et des ressources minières. Pour Yaoundé, l'enjeu est de convaincre cette instance que les insuffisances relevées lors de la dernière évaluation du pays font désormais l'objet de réponses concrètes, susceptibles de justifier un réexamen anticipé de sa situation.

Dans son communiqué publié le 9 octobre, le ministère indique que les échanges ont porté sur " la mise en œuvre des mesures correctives relatives à l'Exigence 1.3 de la Norme ITIE, particulièrement la libre participation de la société civile au processus ". Au-delà de cette question centrale, le gouvernement a également présenté ses engagements en matière de transparence et de gouvernance du secteur extractif, dans l'objectif de démontrer sa volonté de remédier aux insuffisances constatées.

Cette démarche pourrait déboucher sur une accélération de la procédure de réexamen. Le communiqué précise en effet que " le Cameroun a par ailleurs exprimé son intention de solliciter une validation anticipée, dès l'établissement d'un calendrier de mise en œuvre des réformes nécessaires ". Une telle initiative permettrait aux autorités de demander un réexamen de la situation du pays avant sa prochaine validation ordinaire, dont le lancement est désormais programmé à partir du 1ᵉʳ janvier 2028, selon le calendrier révisé de l'ITIE.

La société civile au cœur du contentieux

Pour comprendre les enjeux de cette offensive diplomatique, il faut revenir au 29 février 2024, date à laquelle le Conseil d'administration de l'ITIE a suspendu le Cameroun à l'issue de l'évaluation de sa mise en œuvre de la Norme ITIE 2019. Le pays avait alors obtenu un score global de 53 points sur 100. Le principal motif de préoccupation concernait l'Exigence 1.3, qui porte sur la participation de la société civile au processus de transparence des industries extractives.

Dans son évaluation, l'organisation internationale avait notamment relevé des préoccupations relatives à la liberté d'expression des acteurs associatifs sur les questions liées aux industries extractives, ainsi que des difficultés de coordination et de représentation au sein du Groupe multipartite chargé de superviser le processus national.

Au-delà de ces constats, l'ITIE attend que les organisations indépendantes puissent contribuer librement aux débats sur la gestion des ressources naturelles, participer aux décisions et exercer leur rôle de contrôle sans entraves indues. La levée de la suspension dépend donc, en particulier, de la capacité des autorités camerounaises à démontrer que les conditions d'une participation effective et indépendante de la société civile sont réunies.

C'est dans cette perspective que les autorités ont engagé des travaux préparatoires en vue de constituer un dossier de demande de levée de la suspension. Selon les informations communiquées par le secrétariat national, les discussions ont notamment porté sur la mise en place d'un mécanisme de réception et de traitement des plaintes relatives aux éventuelles restrictions à la participation de la société civile, ainsi que sur les résultats d'un questionnaire adressé aux organisations concernées.

Ces travaux ont également donné lieu à des échanges avec le secrétariat international de l'ITIE sur les possibilités d'accélérer la procédure. Le calendrier alors envisagé prévoyait le dépôt d'une demande en septembre 2026. 

Des engagements sur les données extractives

Si la participation de la société civile constitue le principal point de blocage, les engagements présentés par le Cameroun à Bruxelles couvrent également le renforcement de son dispositif institutionnel et l'amélioration de la transparence des données du secteur extractif.

Sur le plan organisationnel, le communiqué du ministère fait état de la nomination d'un coordonnateur national adjoint et de personnel technique au sein du Secrétariat national de l'ITIE. 

Un autre volet concerne la Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui intervient dans la gestion des intérêts de l'État dans le secteur pétrolier et gazier. Le gouvernement entend travailler avec cette entreprise publique afin d'établir un calendrier de publication des contrats pétroliers, des états financiers et des données sectorielles. L'objectif est de renforcer l'accès à l'information sur les activités extractives et les relations financières entre l'État et les entreprises opérant dans le secteur.

Malgré sa suspension, le Cameroun n'a toutefois pas interrompu la publication de ses rapports ITIE. Le rapport portant sur l'exercice 2022 a été publié en mars 2025, suivi de celui relatif à l'exercice 2023, rendu public le 30 décembre de la même année.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 10/10/26 11:32

La Rédaction

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