L'agence Fitch Ratings a abaissé, le 16 octobre 2026, la note de défaut émetteur à long terme du Cameroun de " B " à " B- ", tout en maintenant une perspective stable. La note en monnaie locale a subi le même recul, tandis que le plafond pays a été ramené de " B+ " à " B ".
Cette dégradation traduit une perception accrue des risques pesant sur la solvabilité du pays, notamment en raison des incertitudes politiques et des difficultés croissantes de financement. Elle intervient alors que Yaoundé recourt davantage aux emprunts commerciaux extérieurs pour couvrir ses besoins de financement.
Au cœur des préoccupations de Fitch figure le risque d'une transition politique désordonnée, qui s'est accentué depuis novembre 2023, date à laquelle l'agence avait placé la note sous perspective négative. Âgé de 93 ans, Paul Biya, réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat, n'a toujours pas désigné de successeur. Par ailleurs, le poste de vice-président, créé à la faveur de la révision constitutionnelle d'avril 2026, demeure vacant. Pour l'agence, cette absence de visibilité sur la succession présidentielle nourrit l'incertitude quant à la continuité du pouvoir et à la capacité d'un éventuel successeur à asseoir son autorité.
Au-delà de cette dimension politique, la dégradation de la note met en évidence les contraintes croissantes qui pèsent sur le financement de l'État. Fitch estime que les besoins bruts de financement du Cameroun atteindront 7,3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, puis 6,5 % en 2027, contre 5 % en 2025.
Dans le même temps, le pays n'a pas conclu de nouvel accord avec le Fonds monétaire international (FMI) en 2026. Fitch n'en prévoit pas non plus sur son horizon de projection et considère que l'incertitude politique pourrait compliquer le respect des engagements associés à un éventuel programme.
Dans ces conditions, les emprunts commerciaux extérieurs devraient rester une source majeure de financement pour Yaoundé. Or, cette dépendance intervient dans un environnement régional où les possibilités de mobilisation des ressources se resserrent. Fitch souligne en effet que le marché des titres publics de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) est devenu une source de financement plus difficile pour les États membres.
Cette évolution s'explique notamment par l'exposition croissante des banques de la sous-région à la dette souveraine. Les créances détenues sur les États représentaient environ 10 % des actifs bancaires de la CEMAC en 2015, contre près de 30 % en 2025.
Cette concentration accrue des risques limite la capacité des établissements financiers à absorber de nouvelles émissions de titres publics. Elle contribue ainsi au recul des taux de couverture des adjudications, tandis que la faible profondeur du marché secondaire réduit les possibilités de revente des titres avant leur échéance.
Des fondamentaux macroéconomiques relativement préservés
Malgré cette dégradation, les perspectives macroéconomiques du Cameroun demeurent relativement favorables dans les projections de Fitch. L'agence table sur une croissance économique de 3,7 % en 2026 et en 2027, avant une accélération à 4,1 % en 2028. Cette progression serait notamment soutenue par les investissements dans les secteurs de l'électricité et des mines.
L'évolution projetée de la dette publique constitue également un facteur d'atténuation. Son encours devrait passer de 42,5 % du PIB à fin 2025 à 39,1 % en 2028, un niveau nettement inférieur à la médiane de 56 % observée pour les pays notés " B ". Sur le plan budgétaire, Fitch prévoit toutefois un déficit de 2,2 % du PIB en 2026, notamment sous l'effet des dépenses liées aux subventions aux carburants.
Ces indicateurs relativement favorables ne suffisent cependant pas à effacer les fragilités extérieures et budgétaires. Fitch anticipe un déficit du compte courant équivalant à 5 % du PIB en 2026, sous l'effet notamment de la baisse des prix du cacao. L'agence relève également que le stock des impayés de l'État, arriérés compris, n'a pas diminué malgré la mobilisation de deux emprunts commerciaux extérieurs en 2024, destinés notamment à contribuer à leur apurement.
L'évolution future de la note dépendra notamment de la trajectoire politique et de la capacité du gouvernement à contenir les tensions de financement. Fitch envisage un nouvel abaissement si l'instabilité politique ou l'insécurité s'aggrave, ou si les difficultés de financement s'accompagnent d'une forte détérioration du déficit budgétaire.
À l'inverse, une clarification de la succession présidentielle et un meilleur accès aux financements concessionnels pourraient soutenir la note souveraine.
Claude Paul Tjeg
Publié le 19/10/26 17:03
La Rédaction
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