La Banque africaine de développement (BAD) recommande à la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) de faciliter la mobilisation de l'épargne des Camerounais établis à l'étranger afin de mieux orienter leurs transferts vers le financement de l'économie. Dans son Rapport pays 2026 – Cameroun, l'institution estime que la banque centrale régionale peut jouer un rôle central en permettant à la diaspora d'accéder davantage au système financier de la CEMAC et en créant ainsi les conditions pour transformer une partie des flux reçus de l'étranger en ressources destinées à l'investissement.
" La BEAC pourrait y jouer un rôle central en élargissant l'accès aux comptes bancaires en F CFA aux ressortissants de la CEMAC vivant à l'étranger, pour intégrer la diaspora dans le système financier de la CEMAC et capter une part de leurs transferts de fonds pour le financement de l'économie, comme la BCEAO l'a fait en mars 2026 pour les pays de l'UEMOA ", écrit la BAD dans son Rapport
Concrètement, il s'agirait de permettre à un Camerounais résidant à l'étranger de détenir directement un compte bancaire en F CFA dans une banque de la CEMAC, même s'il n'est pas résident de la zone. Il pourrait ainsi y conserver une partie de ses revenus ou de son épargne transférée depuis l'étranger, plutôt que de limiter ses envois à des transferts ponctuels destinés à ses proches. Ces dépôts constitueraient alors une ressource stable pour les banques, susceptible d'être redéployée sous forme de crédits à l'économie ou investie dans des titres financiers
Pour la BAD, cette évolution répond à un constat : " La contribution des transferts de fonds au financement d'activités productives est encore limitée. Ces envois de fonds sont principalement destinés à couvrir les besoins de consommation des familles des migrants ", relève le rapport.
650 milliards de F CFA transférés en 2025
Pourtant, les transferts de fonds de la diaspora camerounaise ont atteint 650 milliards de F CFA en 2025, contre 477,1 milliards en 2023 et 341,3 milliards en 2022, selon le rapport de la BAD. Sur les cinq dernières années, leur moyenne annuelle s'établit à environ 450 milliards de F CFA.
L'importance de ces flux contraste toutefois avec leur faible contribution au financement de l'investissement. Pour la BAD, cette situation s'explique notamment par " l'absence d'instruments financiers dédiés (obligations de la diaspora), et le manque de dispositifs incitatifs et de canaux sécurisés d'investissement ". Autrement dit, les ressources existent, mais les mécanismes permettant de les transformer en épargne financière puis en capitaux destinés à des projets productifs restent encore insuffisamment développés.
L'émission d'obligations destinées à la diaspora figure justement parmi les pistes étudiées par les autorités camerounaises. Ces titres permettraient à l'État de solliciter directement une partie de l'épargne de ses ressortissants établis à l'étranger pour financer ses besoins, plutôt que de dépendre uniquement des investisseurs présents sur les marchés financiers traditionnels.
Cette piste s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'élargissement de la base des investisseurs du Cameroun. Face à l'essoufflement progressif du marché régional des titres publics, les autorités financières étudient également l'accès des petits épargnants aux émissions publiques via des plateformes fintech, les obligations liées à des projets précis ainsi que les obligations vertes et bleues.
" Des pays comme le Sénégal ou l'Éthiopie ont montré qu'il existe une forte disposition des ressortissants à investir dans leur pays d'origine à condition que les mécanismes soient clairs, transparents et attractifs. Pour la diaspora, il s'agit d'un placement sécurisé et patriotique. Pour l'État, c'est une source de financement supplémentaire qui réduit la dépendance aux marchés traditionnels ", observe Moh Sylvester Tangongho.
Claude Paul Tjeg
Publié le 19/08/26 09:33
La Rédaction
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