Le 29 septembre 2026 à Yaoundé, le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, a réuni les établissements bancaires et les principales institutions financières pour leur faire part de sa volonté de lancer un nouvel audit des comptes publics ouverts dans les banques commerciales. Quatre ans après le précédent recensement, cette opération doit permettre d'actualiser l'état des ressources publiques encore détenues hors du circuit central du Trésor.
Selon les données dévoilées lors des Cafés thématiques sur les réformes de la gestion des finances publiques, organisés le 26 novembre 2024, le ministère des Finances indiquait qu'au 31 octobre 2023, 148 comptes de l'administration centrale étaient ouverts dans 16 banques commerciales, pour un solde cumulé de 711,9 milliards FCFA. Au 31 décembre 2022, plus de 1 300 milliards FCFA de dépôts publics avaient ainsi été recensés dans le système bancaire. Le nouveau recensement doit donc permettre de mesurer l'évolution de ces encours.
Pour le gouvernement, cette photographie actualisée constitue un préalable au transfert progressif de ces fonds vers le compte unique du Trésor (CUT), qui accueille déjà, au fur et à mesure, les ressources recensées.
" C'est une réforme qui est lancée depuis 2011 au niveau de la CEMAC, avec l'encouragement de la Banque mondiale. La première chose, c'est que les dispositions de la CEMAC ont été transposées dans notre ordonnancement juridique national par les lois de 2018. Donc, c'est une question qui date quand même déjà d'un certain nombre d'années ", a déclaré Louis Paul Motazé au terme de l'atelier.
Une centralisation plus efficace doit permettre au Trésor de disposer d'une vision consolidée de la trésorerie publique et d'améliorer la gestion des disponibilités de l'État. Elle pourrait également limiter, lorsque les conditions le permettent, le recours à des financements de court terme alors même que des ressources publiques demeurent dispersées dans le système bancaire.
Une centralisation qui doit préserver la liquidité bancaire
Le transfert de ces dépôts ne peut cependant pas être effectué brutalement. Les banques commerciales jouent actuellement un rôle dans la gestion quotidienne des fonds appartenant aux collectivités territoriales décentralisées (CTD), aux établissements publics, aux hôpitaux et à d'autres organismes. Un retrait massif de ces ressources pourrait donc avoir des conséquences sur la liquidité des établissements concernés et, plus largement, sur le fonctionnement du système bancaire.
Cette contrainte avait déjà été relevée en novembre 2024 par Pierre Mba, chef de la Cellule de législation et de la codification à la direction générale du Trésor et de la Coopération financière et monétaire. Le Trésor avait alors privilégié une approche progressive, en concertation avec l'Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun et l'Association nationale des établissements de microfinance.
L'objectif affiché était de transférer progressivement les fonds publics sans provoquer de choc de liquidité pour les établissements concernés. Mais cette stratégie suppose également que le Trésor soit en mesure d'assurer les services financiers dont bénéficient actuellement les entités publiques auprès des banques commerciales.
Cette précision est importante alors que certaines entités publiques, notamment les collectivités territoriales décentralisées, font régulièrement état de difficultés d'accès à leurs ressources lorsqu'elles sont centralisées dans le dispositif du Trésor.
En 2025, la Communauté urbaine de Yaoundé avait notamment rapporté des difficultés liées à la disponibilité de ces fonds, dans un contexte marqué par les tensions de liquidité et les arbitrages opérés par l'État en fonction de ses priorités, notamment sécuritaires.
Le ministère des Finances avait lui-même reconnu cette difficulté l'année précédente lors des Cafés thématiques sur les réformes de la gestion des finances publiques. " Si on retire tout cet argent, il faut donner la réponse que la banque donnait aux entités publiques. C'est-à-dire aux CTD, aux hôpitaux, aux pharmacies qui ont leur argent logé dans les banques.
S'ils ont besoin de leur argent, il ne faudrait pas qu'on se mette à tergiverser. Donc il faut que la Trésorerie s'organise, se modernise, se mette en ordre de bataille pour pouvoir remplir la fonction bancaire du Trésor public ", expliquait alors le ministère.
Claude Paul Tjeg
Publié le 30/09/26 08:43
La Rédaction
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