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Cameroun : Selon la Banque mondiale, la pauvreté extrême pourrait toucher 9 millions d'habitants d'ici 2028

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Le nombre de Camerounais vivant avec moins de 3 dollars par jour continuerait d'augmenter au cours des prochaines années. Selon le Baromètre économique de la CEMAC d'août 2026, publié par la Banque mondiale, cette population pourrait augmenter d'environ 840 000 personnes entre 2025 et 2028, pour dépasser 9 millions d'individus.
 
D'après le rapport, le produit intérieur brut réel du Cameroun a progressé de 3,2 % en 2025. Selon l'institution, cette croissance reste insuffisante pour améliorer significativement les conditions de vie d'une population en augmentation rapide. Le revenu par habitant demeure ainsi inférieur de 20 % à son niveau atteint lors du boom pétrolier des années 1980.
 
 Le nombre de personnes vivant avec moins de 3 dollars par jour en parité de pouvoir d'achat est passé de 7,1 millions en 2021 à 8,4 millions en 2025. La nouvelle projection de la Banque mondiale laisse donc entrevoir une poursuite de cette tendance jusqu'en 2028.
 
Cette évolution s'explique notamment par la difficulté de l'économie à transformer sa croissance en emplois suffisamment nombreux et productifs. "La création d'emplois ne suit pas le rythme de la progression démographique, ce qui contribue à maintenir une pression élevée sur les revenus des ménages. Le déficit de capital humain accentue cette vulnérabilité. L'indice de capital humain du Cameroun s'établit à 0,4, un niveau inférieur à celui observé dans les pays comparables", souligne la Banque mondiale.
 
Un service de la dette qui grignote les marges budgétaires
 
À cette difficulté s'ajoute une contrainte budgétaire de plus en plus forte. Le Baromètre économique de la CEMAC relève un déséquilibre croissant des finances publiques, qui réduit la capacité de l'État à consacrer davantage de ressources aux politiques sociales.
 
Le service de la dette représentait ainsi environ un tiers des dépenses publiques en 2025, contre moins de 10 % en 2013. En une décennie, son poids a donc plus que triplé. Cette progression intervient dans un contexte où les besoins sociaux augmentent, limitant davantage les marges de manœuvre budgétaires de l'État.
 
En 2026, leur part ne dépasse pas 17,9 % du budget. Or, avec l'augmentation du nombre de personnes exposées à la pauvreté, les besoins en matière de transferts sociaux, d'éducation, de santé et d'accès aux services essentiels sont appelés à progresser.
 
Pour la Banque mondiale, l'enjeu consiste donc moins à rechercher une croissance simplement positive qu'à favoriser une croissance davantage créatrice d'emplois et de revenus. L'institution préconise notamment d'accélérer le développement de l'agriculture et des autres secteurs à forte intensité de main-d'œuvre, tout en renforçant les dispositifs de protection sociale ciblés sur les ménages les plus vulnérables.
 
CEMAC : 24 millions de personnes dans l'extrême pauvreté
 
La situation du Cameroun s'inscrit dans une dynamique plus large à l'échelle de la CEMAC. Selon les données citées dans le rapport d'août 2025, 24,2 millions de personnes vivaient dans l'extrême pauvreté au sein de la zone, soit plus d'un tiers de ses quelque 60 millions d'habitants.
 
La proportion de la population disposant de moins de 3 dollars par jour est passée de 36,6 % en 2023 à 37 % en 2024. Ce niveau demeure nettement supérieur à celui enregistré dans l'espace UEMOA, où cette proportion s'établissait à 29,7 %.
 
Pour la Banque mondiale, les difficultés économiques de la région ne peuvent toutefois pas être dissociées des faiblesses persistantes en matière de gouvernance. Le rapport relève notamment des progrès limités entre 2021 et 2023 dans les domaines de la lutte contre la corruption et de l'efficacité administrative.
 
Dans ce contexte, la Banque mondiale recommande d'élargir les dispositifs de protection sociale, de renforcer la formation de la main-d'œuvre et de poursuivre les réformes engagées dans les phases II et III du Programme des réformes économiques et financières de la CEMAC (PREF-CEMAC), ainsi que dans le futur programme économique régional.
 
Claude Paul Tjeg

Publié le 24/09/26 00:49

La Rédaction

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