Les subventions et transferts publics consacrés principalement au maintien des prix des carburants à la pompe dans la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) devraient atteindre 3 388,3 milliards FCFA en 2026, selon le rapport de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) sur l'évolution de l'inflation dans la zone à fin juin 2026 et ses perspectives à court et moyen termes. Ce montant représente une hausse de 30 % par rapport à 2025 et constitue le niveau le plus élevé de la période étudiée, qui débute en 2020.
Cette hausse des subventions intervient alors que le coût du raffinage des produits pétroliers a plus que doublé. Selon le rapport de la BEAC, la marge moyenne de raffinage est passée de 10,9 dollars à 23,3 dollars le baril entre 2025 et 2026, soit une augmentation de 113,8 %. Concrètement, les entreprises qui transforment le pétrole brut en carburants prélèvent une marge plus importante, ce qui renchérit le coût des produits raffinés.
Cette hausse des coûts se répercute sur le prix auquel les États achètent les carburants à l'étranger, en incluant le transport et l'assurance. Or, lorsque les prix de vente à la pompe sont maintenus à un niveau inférieur à ce coût d'approvisionnement, les pouvoirs publics doivent prendre en charge la différence pour éviter que celle-ci ne soit directement supportée par les consommateurs. Plus le carburant importé coûte cher, plus la facture des subventions augmente si les prix à la pompe restent inchangés. Selon la Beac, au cours d ela période sus-revue, les dépenses publiques consacrées aux subventions ont augmenté de 30 %.
La pression s'étend aux réserves de change
Au-delà de leurs conséquences budgétaires, les subventions généralisées peuvent également accentuer les déséquilibres extérieurs de la région. La BEAC souligne que le renchérissement des marges de raffinage alourdit la facture des importations de produits pétroliers, accroît la demande de devises et exerce une pression supplémentaire sur les réserves de change.
Face à ces risques, la Banque centrale recommande de réformer progressivement les mécanismes de soutien aux prix à la pompe, en privilégiant des aides mieux ciblées. Elle préconise notamment des transferts directs aux ménages vulnérables, la publication transparente des formules de prix et la mise en place d'un mécanisme d'ajustement simple et prévisible, progressivement aligné sur les cours internationaux. L'objectif est de concentrer les ressources publiques sur les populations les plus exposées aux hausses de prix, plutôt que de subventionner indistinctement la consommation de carburants.
Cette réorientation permettrait également de limiter les effets des subventions sur les autres dépenses publiques. La BEAC insiste sur la nécessité de préserver les investissements ainsi que les crédits consacrés à la santé et à l'éducation, susceptibles d'être évincés lorsque les contraintes budgétaires s'accentuent. Le maintien prolongé de prix administrés, sans ressources suffisantes pour couvrir les écarts entre les coûts d'approvisionnement et les prix de vente, peut en outre entraîner une accumulation d'arriérés et provoquer des tensions sur l'approvisionnement en produits pétroliers.
La BEAC préconise une réponse régionale
La réforme des subventions ne constitue toutefois qu'un volet de la réponse préconisée par la Banque centrale. Celle-ci souligne également les limites d'une gestion exclusivement nationale des chocs pétroliers. Lors de la crise énergétique de 2022, les États de la CEMAC ont agi séparément, sans mutualiser leurs achats de produits raffinés. Selon la BEAC, cette absence de coordination a privé la région de gains logistiques qui auraient pu contribuer à limiter les coûts d'approvisionnement et la pression sur les réserves de change.
Pour réduire cette vulnérabilité, la Banque centrale recommande de renforcer les capacités régionales de raffinage. Elle cite notamment la modernisation de la SOGARA au Gabon, la relance progressive de la SONARA au Cameroun, le renforcement de la CORAF au Congo et l'amélioration des performances de la SRN au Tchad. La diversification des sources d'approvisionnement, notamment en direction de la raffinerie nigériane Dangote, figure également parmi les pistes envisagées pour réduire la dépendance aux marchés où les marges de raffinage atteignent des niveaux élevés.
Enfin, la BEAC évoque la création d'un mécanisme régional de stabilisation alimenté par les recettes pétrolières exceptionnelles. Un tel dispositif permettrait de constituer des ressources mobilisables lors des prochains chocs sur les marchés internationaux, afin d'en atténuer les effets sur les budgets publics, les prix intérieurs et les réserves de change.
Claude Paul Tjeg
Publié le 13/10/26 14:25
La Rédaction
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