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CEMAC : Titrisation et prélèvement des dividendes de la BEAC pour apurer les arriérés des États envers la BDEAC

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La Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC) n'a pas attendu la publication de ses comptes 2025 pour reconnaître ses difficultés de liquidité. À fin 2024, la situation était suffisamment tendue pour conduire ses actionnaires à convoquer une Assemblée générale extraordinaire, le 3 janvier 2025. Un seul point figurait à l'ordre du jour : le " Plan spécial de renforcement de la liquidité ", destiné notamment à permettre à la Banque de recouvrer les retards de paiement accumulés par les États. Un plan d'urgence a été adopté à l'issue de cette réunion.

Mais la mise en œuvre de ce premier dispositif s'est heurtée à des difficultés. En avril 2026, les ministres de l'Économie et des Finances des États de la CEMAC, en concertation avec la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), ont donc adopté de nouvelles orientations. Celles-ci prévoient notamment l'apurement, sur deux ans, des retards des États, avec une prise en charge à parts égales par les dividendes de la BEAC et la titrisation.

Ce dispositif revêt un enjeu important pour la BDEAC, puisque les six pays de la CEMAC représentent 66 % de l'encours total de ses prêts. Autrement dit, une part importante des ressources engagées par la Banque est exposée aux capacités de remboursement des États de la sous-région. Dans ses comptes, la BDEAC avertit d'ailleurs que la restructuration de prêts par l'un des États pourrait réduire sa capacité à générer des flux de trésorerie positifs.

DEUX LEVIERS POUR APURER LES RETARDS

C'est dans ce contexte que la titrisation intervient comme l'un des deux instruments retenus pour apurer ces retards. Concrètement, elle consiste à transformer certaines créances détenues par la BDEAC en titres financiers pouvant être mobilisés afin de générer des ressources. L'autre moitié du dispositif doit être couverte par les dividendes versés par la BEAC : ces revenus, qui reviennent normalement aux États actionnaires, seront ainsi affectés au règlement d'une partie de leurs engagements envers la BDEAC. Le montant global des retards à apurer n'est toutefois pas précisé dans les éléments publiés par la Banque. Il n'est donc pas encore possible de chiffrer la contribution attendue de chacun des deux mécanismes.

Cette nouvelle architecture prolonge ainsi le dispositif adopté en janvier 2025. À l'époque, le " Plan spécial de renforcement de la liquidité " devait permettre à la BDEAC de répondre " aux sollicitations croissantes de financement des opérateurs économiques publics et privés de la sous-région ", selon le communiqué publié à l'issue de l'Assemblée générale extraordinaire.

Les premiers effets de ce plan apparaissent dans les comptes 2025. La trésorerie et les équivalents de trésorerie sont passés de 66,160 milliards de FCFA à fin 2024 à 128,266 milliards un an plus tard, soit une progression de 93,9 %. Les avoirs auprès de la BEAC ont, pour leur part, bondi de 33,904 milliards à 98,560 milliards de FCFA, en hausse de 190,7 %.

Cette amélioration s'est notamment appuyée sur un renforcement du recouvrement. La BDEAC indique avoir durci ses mécanismes de recouvrement des prêts et travaillé à la mobilisation de nouvelles ressources. Les pénalités de retard encaissées sur les prêts sont ainsi passées de 3,110 milliards de FCFA en 2024 à 6,323 milliards en 2025, soit plus du double.

La progression de la trésorerie ne signifie donc pas que la contrainte de liquidité est définitivement levée. La révision du dispositif en avril 2026 montre au contraire que le traitement des retards des États reste un enjeu central pour la Banque. Celui-ci doit désormais s'étaler sur deux ans et reposer sur les deux leviers retenus par les autorités régionales : les dividendes de la BEAC et la titrisation.

Claude Paul Tjeg

Publié le 19/08/26 09:55

La Rédaction

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