L'intégration financière de la zone CEMAC franchit un palier critique. Ce lundi 23 mars 2026 à Libreville, la signature d'un accord de partenariat inédit entre la COBAC, la COSUMAF et les ANIF (Agences Nationales d'Investigation Financière) vient briser les silos réglementaires qui ont longtemps profité aux réseaux de blanchiment. Ce dispositif de surveillance croisée s'inscrit dans le pilier "Gouvernance" du plan stratégique OIM 2025-2029 porté par le Secrétariat général de la COBAC.
L'urgence est avant tout budgétaire pour des États dont les équilibres macroéconomiques restent précaires. Selon les données de la CNUCED, les Flux Financiers Illicites (FFI) ponctionnent chaque année environ 88,6 milliards de dollars à l'échelle du continent, soit près de 3,7 % du PIB africain. En zone CEMAC, le phénomène est exacerbé par la porosité des circuits dans le secteur extractif. Au Gabon, un rapport de la CNLCEI estime le manque à gagner à 12 milliards de FCFA par an, principalement dû à la sous-facturation commerciale et à l'évasion fiscale. Ce triptyque a donc pour mission première de transformer ces fuites de capitaux en ressources domestiques pour financer le développement sans alourdir la dette.
Techniquement, ce partenariat instaure une "passerelle de données" entre le superviseur bancaire et le gendarme du marché financier. Cette convergence est cruciale pour détecter les schémas de fraude hybrides, où des fonds d'origine douteuse injectés dans le système bancaire sont ensuite blanchis via l'achat de titres sur la BVMAC. En fluidifiant l'échange d'informations spontané entre la COSUMAF et les ANIF, les autorités comptent réduire l'asymétrie d'information qui freine la notation souveraine de la zone. Pour les établissements de crédit, cette nouvelle ère signifie un durcissement immédiat des procédures de Compliance et des audits KYC (Know Your Customer).
La réussite de ce maillage institutionnel sera le juge de l'attractivité du marché financier régional. Alors que la BEAC projette une croissance modeste de 3,3 % en 2026, l'assainissement du climat des affaires est un préalable non négociable pour capter les investissements directs étrangers (IDE). En s'attaquant frontalement à l'opacité des industries pétrolières et minières, la CEMAC espère non seulement stabiliser ses réserves de change, mais aussi offrir aux gestionnaires d'actifs un cadre de placement sécurisé et transparent, indispensable à la profondeur de la bourse régionale.
Idrissa Diakité
Publié le 25/03/26 13:23
La Rédaction
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