Faire émerger des productions capables de séduire les téléspectateurs au-delà des frontières suppose aussi de disposer d'infrastructures à la hauteur des ambitions des créateurs. C'est dans cette perspective que Canal+ a investi dans les studios Mancala, un complexe audiovisuel conçu pour répondre aux exigences des productions aux standards internationaux et renforcer les capacités techniques du secteur en Afrique de l'Ouest.
Inaugurés le 20 octobre 2026 à Cocody, dans le quartier de Riviera Golf à Abidjan, les studios ont été présentés en présence des ministres de la Communication et porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, ainsi que son homologue de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, ainsi que de représentants des institutions et de professionnels de l'audiovisuel. Cette opérationnalisation marque l'aboutissement d'un chantier lancé en 2024 et dont le bâtiment a été réceptionné en mai 2026, après deux années de travaux.
Dans le détail, les studios Mancala réunissent sur un même site les équipements nécessaires à plusieurs étapes de la fabrication d'un programme, du tournage à la post-production, en passant par la réalisation et la diffusion en direct. Le complexe comprend trois plateaux de dimensions différentes : un grand studio de 380 m² pouvant accueillir jusqu'à 250 personnes en public, adapté aux grands divertissements et aux cérémonies, un studio intermédiaire de 160 m² pour les magazines et les talk-shows, et un espace polyvalent de 90 m² pensé pour les formats courts et les contenus digitaux.
À ces espaces s'ajoutent trois régies autonomes, qui permettent de piloter les équipements de chaque plateau, des installations professionnelles de son, d'image et de lumière, ainsi que des salles de montage, de mixage audio et d'étalonnage des images. Le complexe dispose également d'un système de stockage de 384 téraoctets, d'un écran LED de 21 m² et d'une quarantaine d'écrans configurables en mur d'images. Pour assurer la continuité des productions en cas de coupure électrique, le site est équipé d'un groupe électrogène et de dispositifs de protection électrique. Il compte aussi 102 kilowatts de panneaux solaires installés en toiture. Selon le dossier de présentation, les studios sont conçus pour permettre l'intégration de plus de 1 000 heures de programmes par an.
Un outil pour élargir les capacités de production
Au-delà de ses caractéristiques techniques, Mancala repose sur un modèle destiné à mutualiser les moyens de production. Les installations sont ouvertes aux producteurs indépendants, aux chaînes de télévision, aux agences, aux marques et aux créateurs de contenus, et ne sont donc pas exclusivement réservées aux programmes de Canal+. Pour les professionnels qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour financer leurs propres équipements, cette mise à disposition peut permettre de réaliser des productions plus ambitieuses sans supporter seuls le coût d'un tel investissement.
‘'Une industrie, ce sont des investissements, des infrastructures, des entreprises, des emplois, des compétences, des méthodes, mais surtout une capacité à produire régulièrement, avec un niveau de qualité maîtrisé et exigeant'', a souligné Michel Mutombo-Cartier, directeur général des studios Mancala. L'ambition est ainsi de permettre aux producteurs de travailler dans de meilleures conditions, de maîtriser davantage les délais et les coûts et de diversifier les formats proposés aux diffuseurs. Pour Canal+, qui affirme produire chaque année plus de 10 000 heures de programmes africains dans une trentaine de langues, ces studios s'inscrivent dans une stratégie plus large de développement des contenus locaux.
Cette orientation est également portée par les autorités ivoiriennes, qui voient dans l'audiovisuel un secteur susceptible de générer des emplois et de valoriser les compétences nationales. Lors de la cérémonie, Amadou Coulibaly a rappelé que les infrastructures de production, les compétences techniques et l'accès au financement constituent des conditions essentielles pour transformer le potentiel créatif en activité économique. Il a notamment insisté sur la nécessité de maintenir des tarifs accessibles aux producteurs, estimant que la multiplication des productions de qualité favoriserait l'attractivité des studios et, à terme, leur activité.
Formation et ambition régionale
Pour la ministre de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, les studios Mancala s'inscrivent dans la politique ‘'Côte d'Ivoire, terre de tournage'', qui vise à renforcer les capacités d'accueil et de production du pays. Au-delà des personnes visibles à l'écran, la filière mobilise de nombreux métiers techniques et artistiques, de la prise de son à la post-production. La ministre a ainsi évoqué la nécessité de mieux former les professionnels, de renforcer leur statut et de leur permettre de vivre de leurs activités. Elle a également annoncé que le gouvernement travaillait sur des projets de salaire minimum pour les métiers de la chaîne de valeur culturelle.
Les studios entendent contribuer à cet effort en développant des collaborations avec des établissements de formation, notamment l'INSAAC, l'ESMA, l'UCAO, l'IUA et l'Université Nord-Sud. L'objectif est de permettre aux étudiants et aux jeunes professionnels de se familiariser avec des équipements utilisés dans les productions audiovisuelles professionnelles. Cette démarche rejoint les ambitions du gouvernement, qui prévoit également une cité de l'innovation et de la culture ainsi que la rénovation du centre culturel Jacques Aka, appelé à devenir un centre d'incubation autour des métiers du cinéma, de la mode et de la musique.
À travers Mancala, Canal+ entend enfin donner une dimension régionale à cet investissement. Le groupe présente Abidjan comme un marché stratégique et souhaite contribuer à en faire un pôle de production capable d'attirer des projets venus d'autres pays d'Afrique francophone. Cette ambition rejoint celle du ministre Amadou Coulibaly, qui défend l'idée d'une industrie audiovisuelle africaine capable de produire ses propres récits, de les diffuser sur des marchés plus larges et d'en tirer davantage de valeur économique. Le rendez-vous du Salon international des contenus audiovisuels (SICA), prévu à Abidjan les 26, 27 et 28 novembre 2026 selon le calendrier annoncé par le ministre, doit notamment permettre de mettre en avant les capacités de production disponibles dans le pays.
L'ouverture des studios Mancala ajoute ainsi une infrastructure aux moyens de production audiovisuelle dont dispose la Côte d'Ivoire. Reste désormais à faire vivre cet outil, en attirant suffisamment de projets, en développant les compétences locales et en permettant aux producteurs de trouver des débouchés pour leurs créations. C'est à cette condition que l'investissement pourra dépasser le cadre d'un complexe technique pour contribuer durablement à l'émergence d'une industrie audiovisuelle ivoirienne et régionale.
Fanuelle YAO
Publié le 21/10/26 12:23
La Rédaction
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