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Côte d’Ivoire : L'édition 2026 du Salon de l’épargne appelle à un changement concret des habitudes financières

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Après huit éditions consacrées à la sensibilisation aux enjeux de l'épargne, de l'investissement et de la gestion du patrimoine, le Salon de l'épargne, de l'investissement et du patrimoine (SEIP) entend franchir un nouveau cap. L'enjeu n'est plus seulement de faire connaître les bonnes pratiques financières, mais d'inciter les populations à les appliquer concrètement dans leur quotidien. C'est le message porté par Leticia N'Cho, initiatrice de ce rendez-vous, lors de l'ouverture de la 9ᵉ édition ce 22 octobre à Abidjan, pour deux journées d'échanges réunissant banques, assurances, sociétés de gestion, fintechs, institutions publiques, entrepreneurs et grand public, en présentiel et en ligne.

‘'Tout grand patrimoine commence par un premier pas'' : tel est le thème retenu cette année, qui traduit cette volonté de transformer les intentions en décisions. Pour les organisateurs, la constitution d'un patrimoine ne dépend pas uniquement du niveau de revenu, mais également de la régularité de l'épargne, de la connaissance des solutions d'investissement et de la capacité à prendre des décisions adaptées à sa situation financière.

Voir aussi - Côte d'Ivoire/SEIP 2025 : De l'épargne à l'investissement, un tournant décisif pour l'éducation financière

En réalité, la commissaire générale du SEIP, Laetitia N'Cho, a placé le changement des comportements financiers au cœur de son intervention d'ouverture. Après plusieurs années de sensibilisation, elle estime que les résultats du salon ne doivent plus se mesurer uniquement au nombre de participants aux conférences ou à la satisfaction exprimée à la fin des échanges.

‘'À quoi sert de savoir qu'il faut épargner si on ne commence jamais ?'', a-t-elle interrogé, invitant les participants à évaluer les effets réels des connaissances acquises sur leurs décisions financières. À travers une série de questions sur la capacité des ménages à faire face à une interruption de revenus, à une maladie prolongée ou à des dépenses imprévues, la commissaire générale a rappelé l'importance de la préparation financière. L'absence d'épargne de précaution peut fragiliser durablement un ménage confronté à un choc, tandis que le report systématique des décisions d'investissement retarde la constitution d'un patrimoine. L'objectif de cette édition est donc d'amener chaque participant à repartir avec un plan d'action et un premier geste concret à mettre en œuvre dès le lendemain. Les acteurs et décideurs présents sont également invités à prendre des engagements susceptibles de prolonger les échanges au-delà des deux journées du salon.

L'éducation financière dès la formation des enseignants

Pour inscrire ce changement dans la durée, le SEIP entend également agir en amont, en faisant de l'éducation financière un apprentissage qui commence dès l'école. Laetitia N'Cho a annoncé que des travaux sont engagés avec le ministère de l'Éducation nationale et de l'Alphabétisation en vue d'intégrer progressivement les fondamentaux de l'éducation financière dans la formation initiale des enseignants. Un premier test a permis de former 2 650 enseignants contractuels en août 2026. Cette initiative vise à favoriser la transmission de connaissances essentielles aux générations futures, notamment sur la gestion de l'argent, la distinction entre besoins et envies, l'épargne et la préparation de projets.

Leticia N'Cho, commissaire général du SEIP

‘'Un enseignant formé aujourd'hui, ce sont des générations d'enfants mieux préparés demain'', a souligné la commissaire générale, inscrivant cette démarche dans la continuité de la Charte ivoirienne pour une éducation financière inclusive et durable, signée l'année précédente à l'initiative de la Fondation LN. Cette orientation pourrait contribuer à installer progressivement une culture financière dès le plus jeune âge, au lieu de limiter l'apprentissage à des actions ponctuelles destinées aux adultes déjà confrontés aux décisions financières.

Parrain de cette édition, le ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l'Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, a souligné l'importance de l'éducation financière pour préparer l'avenir des jeunes. ‘'Parler d'épargne et de patrimoine, c'est parler de l'avenir des jeunes'', a-t-il déclaré, mettant en avant la nécessité de leur donner les outils nécessaires pour mieux gérer leurs revenus, maîtriser leurs dépenses et faire des choix financiers éclairés. L'enjeu dépasse ainsi le simple accès aux services bancaires. Il s'agit également de permettre aux jeunes de comprendre le coût réel du crédit, d'évaluer les risques associés aux placements et de se prémunir contre les promesses de gains rapides, notamment celles liées aux paris en ligne ou à certains investissements présentés comme des solutions faciles d'enrichissement.

Le ministre a, par ailleurs, rappelé les résultats du Programme jeunesse du gouvernement, qui a touché plus de 3,5 millions de jeunes entre 2023 et 2025, contre un objectif initial de 1,5 million. Le nouveau programme gouvernemental vise, quant à lui, cinq millions de bénéficiaires à l'horizon 2030, à travers la formation, les stages, l'entrepreneuriat, le service civique et l'engagement citoyen. Dans cette perspective, l'éducation financière apparaît comme un complément aux politiques d'insertion professionnelle : disposer d'un emploi ou générer des revenus ne suffit pas toujours à assurer sa sécurité financière si l'on ne sait pas les gérer et les mobiliser pour préparer l'avenir.

Orienter l'épargne vers le financement de l'économie

Au-delà de la protection financière des ménages, le SEIP met également en lumière le rôle de l'épargne dans le financement de l'activité économique. Le directeur général d'Ecobank Côte d'Ivoire et directeur régional exécutif UEMOA, Paul-Harry Aithnard, a appelé à mieux orienter les ressources mobilisées auprès des épargnants vers les entreprises, les projets économiques et la création d'emplois. Pour lui, le défi de l'Afrique ne consiste pas seulement à créer de la richesse, mais aussi à permettre aux Africains d'en détenir une part plus importante. Une ambition qui suppose de renforcer les mécanismes permettant de transformer l'épargne individuelle en ressources disponibles pour l'investissement productif.

La mobilisation d'une épargne durable peut en effet contribuer au financement des entreprises, soutenir l'entrepreneuriat et élargir les possibilités de financement de l'économie. Encore faut-il que les populations comprennent les produits disponibles, leurs conditions d'accès, leurs rendements potentiels et les risques qu'ils comportent. C'est dans cette logique que les établissements financiers sont appelés à proposer des solutions adaptées aux besoins des particuliers et des entreprises, tout en contribuant à une meilleure compréhension des mécanismes d'épargne et d'investissement.

La 9ᵉ édition du SEIP porte enfin une ambition d'élargissement géographique. Ses organisateurs souhaitent déployer progressivement le salon dans les grandes villes de l'intérieur de la Côte d'Ivoire, avant d'envisager son extension à l'échelle régionale, notamment à Dakar, Cotonou et Lomé. Cette perspective repose sur le constat que les enjeux liés à la gestion des revenus, à la constitution d'une épargne de précaution et au financement des projets concernent un large public dans la sous-région.

Publié le 23/10/26 09:06

Narcisse Angan

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