Le secteur minier artisanal ivoirien amorce une mutation stratégique. En effet, les acteurs de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), réunis à Yamoussoukro à l'occasion de la deuxième édition du workshop “Mine & Deal”, ont affiché une ambition de transformer un secteur encore fragmenté en un véritable levier de croissance inclusive et durable. À l'initiative du Groupement des artisans miniers de Côte d'Ivoire (GRAMCI), cette rencontre a rassemblé opérateurs, autorités publiques et partenaires techniques autour d'un enjeu central, à savoir structurer et moderniser une activité qui, malgré son poids socio-économique, reste freinée par de nombreuses contraintes.
Dès l'ouverture, le premier vice-président du GRAMCI, Eugène Malan, a rappelé le rôle stratégique de l'EMAPE dans la création d'emplois et le développement local. Mais pour libérer ce potentiel, il appelle à lever des obstacles bien identifiés : accès limité aux technologies, faible maîtrise des données géologiques et défis environnementaux persistants. ‘'L'EMAPE est un moteur économique, mais elle doit franchir un cap en matière de structuration et de modernisation'', a-t-il insisté, plaidant pour une coopération renforcée entre les acteurs publics et privés.
Parmi les annonces phares de cette édition, figure la mise en place d'une confédération des organisations professionnelles des petites mines. Une initiative structurante destinée à fédérer les acteurs, renforcer leur représentativité et instaurer un dialogue plus efficace avec les pouvoirs publics. Dans un secteur longtemps marqué par la dispersion des opérateurs, cette nouvelle entité pourrait jouer un rôle clé dans l'amélioration de la gouvernance, la régulation des activités et l'adoption de standards professionnels plus exigeants.
Présent lors des travaux, le directeur général de la Société pour le développement minier de la Côte d'Ivoire, Seydou Moussa Koné, a mis l'accent sur un levier déterminant : la connaissance du sous-sol. Selon lui, l'accès à des données géologiques fiables, via la cartographie et la géolocalisation, constitue un préalable à la sécurisation des investissements et à la lutte contre l'orpaillage clandestin. ‘'Une meilleure information permet d'orienter les exploitations et de réduire les risques'', a-t-il souligné.
Le panel consacré à l'état des lieux du secteur a permis de mesurer les progrès réalisés. Selon Solange Kouadio, directrice d'exploitation EMAPE, 279 autorisations ont été délivrées en 2025, portant à 820 le nombre total de titres en cours de validité. Côté production, le pays a enregistré 977,2 kilogrammes d'or en 2025, dont 263,3 kg issus de l'artisanat et 713,9 kg du segment semi-industriel. Des performances encourageantes qui traduisent une montée en puissance progressive du secteur.
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles continuent de freiner l'expansion de l'EMAPE : lenteurs administratives, complexité des procédures, demandes d'exploitation dans des zones interdites ou encore difficulté à formaliser les acteurs informels. À cela s'ajoutent les enjeux environnementaux, qui imposent une meilleure régulation des pratiques extractives afin de limiter les impacts sur les écosystèmes et les communautés locales. Au-delà des annonces, cette deuxième édition de “Mine & Deal” s'impose comme un tournant. En favorisant la concertation, la structuration et l'accès à l'information, elle jette les bases d'un secteur minier artisanal plus compétitif et mieux intégré à l'économie nationale.
Publié le 05/05/26 15:42
Narcisse Angan
SN
CEMAC