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Dangote projette de bâtir une centrale électrique de 20 000 MW et annonce jusqu’à 25 milliards USD de dividendes en faveur des Africains

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À Washington, dans les locaux de la Société financière internationale (IFC), Alika Dangote nigérian a levé le voile sur une stratégie d'expansion d'une ampleur rare lors d'un entretien.

Entre un projet de centrale électrique de 20 000 MW, une introduction en bourse panafricaine promettant jusqu'à 25 milliards de dollars de dividendes et des performances industrielles déjà supérieures aux attentes, le groupe Dangote affiche désormais des ambitions continentales assumées.

Une rupture d'échelle dans l'énergie

C'est l'annonce la plus retentissante de l'entretien conduit avec Makhtar Diop : un programme de production électrique de 20 000 mégawatts. À lui seul, ce projet dépasserait la capacité installée actuelle du Nigeria, estimée autour de 13 000 MW, dont seule une fraction est effectivement disponible.

Sans détailler ni le montage financier ni le calendrier, Dangote inscrit cette initiative dans un vaste plan post-raffinerie. ‘'Nous avons désormais libéré des actifs et pouvons lever davantage de fonds. Notre trésorerie est aujourd'hui très solide'', affirme-t-il. Une déclaration qui traduit une bascule stratégique : utiliser les flux générés par la raffinerie pour financer une diversification accélérée dans les infrastructures critiques.

Une introduction en bourse pensée comme un levier de redistribution

Au cœur du dispositif financier, l'introduction en bourse panafricaine de la raffinerie se précise. Dangote évoque un groupe capable de générer à terme 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel, pour un EBITDA compris entre 30 et 35 milliards.

Sur cette base, la cession de 25% du capital pourrait générer ‘'entre 20 et 25 milliards de dollars de dividendes'' pour les investisseurs africains. Une promesse qui tranche avec les pratiques habituelles du groupe. ‘'Je n'ai jamais perçu de dividende, pas un centime depuis la création de l'entreprise. Tout a été réinvesti'', confie-t-il.

Plus encore, le paiement des dividendes en dollars constitue un signal fort. Dans un environnement marqué par la volatilité des devises africaines, ce choix vise à lever un frein structurel à l'investissement. ‘'Imaginez… vous injecteriez des milliards de dollars dans les mains de tous ces Africains. Vous vous rendez compte de l'impact ? C'est un événement qui change une vie'', déclare-t-il.

Une raffinerie déjà au-delà de ses standards

Sur le plan industriel, les performances de la raffinerie de Lagos viennent conforter cette stratégie. Testée à 661 000 barils par jour, elle dépasse sa capacité nominale de 650 000 barils et fonctionne à ce niveau depuis plusieurs semaines.

Au-delà des chiffres, Dangote livre un aveu révélateur de son parcours : ‘'Je n'ai jamais, au grand jamais, vu de pétrole brut de ma vie''. À l'origine de ce projet, une anomalie économique : un pays exportant 2,4 millions de barils par jour tout en important la quasi-totalité de ses produits raffinés.

Engrais et mines : l'intégration verticale poussée à l'extrême

L'expansion ne s'arrête pas à l'énergie. Le groupe vise une capacité de production d'urée de 12 millions de tonnes et développe des projets miniers de potasse et de phosphate au Congo-Brazzaville.

L'objectif est de sécuriser l'ensemble de la chaîne de valeur. Dangote ambitionne ainsi de devenir le premier producteur mondial d'engrais ‘'d'ici environ deux ans et demi'', un horizon particulièrement agressif qui témoigne de la confiance du groupe dans ses capacités d'exécution.

L'intégration africaine, condition de la réussite industrielle

Mais cette stratégie se heurte à des obstacles structurels que Dangote dénonce frontalement. ‘'Il me faut 38 visas pour pouvoir me déplacer. Comment puis-je investir ? 38 visas ? C'est absurde ?''.

Le constat est tout aussi sévère sur les coûts logistiques : acheminer des marchandises de Lagos à Accra serait plus coûteux que depuis l'Europe, tandis que les vols régionaux peuvent atteindre 600 dollars. Autant de freins à l'émergence d'un véritable marché intégré.

À travers l'African Renaissance Group, soutenu notamment par l'IFC, Dangote plaide pour une levée de ces barrières, condition indispensable selon lui à l'industrialisation du continent.

Une trajectoire emblématique du capitalisme africain

De la vente de ciment financée par un prêt familial à la construction d'un empire industriel, le parcours de Dangote illustre une trajectoire singulière. Soutenu dès 2005 par un financement de 478 millions de dollars de l'IFC, remboursé en 18 mois, le groupe entre aujourd'hui dans une nouvelle phase.

Avec une stratégie articulée autour de flux de trésorerie massifs, d'une intégration verticale poussée et d'un recours accru aux marchés financiers, Dangote entend désormais redéfinir les standards de l'investissement industriel en Afrique. Un pari à la mesure de ses ambitions.

Publié le 06/05/26 16:58

La Rédaction

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