L'australien AVZ Minerals, déjà engagé dans une bataille judiciaire acharnée avec la République Démocratique du Congo (RDC) pour le contrôle du gigantesque gisement de lithium de Manono, doit désormais faire face à une offensive de son propre régulateur financier. Ce dernier l'accuse d'avoir trompé les investisseurs en dissimulant l'ampleur du litige.
La Commission australienne des valeurs mobilières et des investissements (ASIC) a annoncé, ce mardi 11 novembre 2025, avoir engagé des poursuites contre la société minière et deux de ses dirigeants. Le régulateur les accuse de ne pas avoir révélé en temps voulu les détails d'un contentieux juridique croissant avec Kinshasa concernant la participation de 75 % d'AVZ dans le projet via sa filiale Dathcom Mining.
" Nous alléguons que M. Ferguson et M. Johnston n'ont pas informé les investisseurs des problèmes persistants dans cette affaire pendant près de douze mois ", a déclaré Sarah Court, vice-présidente de l'ASIC, dans un communiqué cité par l'agence Reuters. Le régulateur reproche au directeur général, Nigel Ferguson, et au directeur technique, Graeme Johnston, d'avoir autorisé la publication de documents boursiers " faux ou trompeurs, ou omettant des éléments " essentiels.
Le cœur du problème remonte à 2022. À cette date, AVZ Minerals est entré en conflit avec le gouvernement congolais sur les droits de propriété du projet Manono, qui abrite les plus grands gisements mondiaux de lithium de roche dure. La situation a conduit à la suspension de la cotation de l'entreprise en mai 2022, avant sa radiation pure et simple de la Bourse australienne (ASX) en mai 2024.
Alors que le dossier judiciaire d'AVZ s'alourdit à domicile, une autre dynamique s'accélère à Manono. Le 27 août 2025, l'entreprise américaine KoBold Metals — financée notamment par Breakthrough Energy Ventures — a annoncé l'obtention de sept permis d'exploration en RDC, dont quatre à Manono et trois à Malemba Nkulu.
Un responsable de KoBold cité par Reuters a confirmé que
" les efforts d'exploration sur l'ensemble des sept nouveaux permis seront concentrés sur le lithium ".
Les documents du cadastre minier congolais précisent que ces licences couvrent une douzaine de minéraux stratégiques, dont le lithium, le coltan et plusieurs terres rares.
L'avancée américaine résulte d'un rapprochement diplomatique et industriel engagé dès le 11 juillet 2025, lors de la signature d'un accord de principe à Kinshasa en présence du président Félix Tshisekedi et du ministre des Mines, Kizito Pakabomba. Ce cadre autorise KoBold à conduire un vaste programme d'exploration, présenté par Kinshasa comme un levier pour moderniser la filière nationale par la numérisation des données géologiques.
" KoBold veut contribuer à leur numérisation pour encourager l'investissement ", déclarait alors Benjamin Katabuka, directeur général de KoBold en RDC.
En mai 2025, KoBold Metals avait déjà signé un accord-cadre avec AVZ Minerals pour acquérir des droits sur la partie sud du projet Manono, évalué à plus d'un milliard de dollars. Cet accord prévoyait la suspension des contentieux en cours.Mais le fragile compromis a volé en éclats.
Le 18 juin 2025, AVZ a relancé une procédure d'arbitrage international devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), contestant le retrait de son permis d'exploitation par les autorités congolaises en 2023.
Ce permis avait été réattribué à une filiale du groupe chinois Zijin Mining, Kinshasa invoquant l'" inactivité " du projet.
Perton Biyiha
Publié le 11/11/25 17:30
La Rédaction
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