L'année 2025 marque un tournant pour la tech africaine, qui a su regagner de la vitesse dans un marché mondial pourtant fébrile. Avec un montant total de 4,1 milliards de dollars mobilisés (+25 % sur un an), l'écosystème confirme sa résilience et sa maturité. Selon le rapport annuel de Partech Africa, si la Fintech conserve sa couronne, l'année a été marquée par l'ascension fulgurante de la Cleantech.
La Fintech : un pilier structurel qui se normalise
Malgré une baisse de 12 % des financements (équité et dette) par rapport à l'année précédente, la Fintech reste le secteur dominant avec 1,49 milliard de dollars levés. Elle représente à elle seule 37 % du financement total et 26 % du nombre de transactions sur le continent. Cette domination, bien que moins écrasante qu'auparavant, repose sur des modèles de revenus clairs et une capacité à attirer des tickets importants en série B et Growth. Le secteur ne se contente plus de surperformer, il se normalise après des années d'absorption massive de capitaux.
La Cleantech : l'ascension fulgurante portée par la dette
La Cleantech qui représente l'ensemble des technologies et processus industriels innovants visant à améliorer l'efficacité énergétique et minimiser l'empreinte environnementale (déchets, pollution), est le grand gagnant de cette cuvée 2025. Le secteur a vu ses investissements doubler (+99 %) pour atteindre 1,18 milliard de dollars. Cette croissance exceptionnelle est portée par la nature intensive en capital de ses modèles économiques, qui nécessitent des infrastructures lourdes. Fait notable, la Cleantech est le seul secteur majeur où le financement par la dette (627 millions de dollars) surpasse les fonds propres (550 millions de dollars). Elle s'impose désormais comme le deuxième pilier solide de la tech africaine, attirant des investisseurs en quête de visibilité à long terme.
Voir aussi - Afrique : L'écosystème startup se consolide avec 4,1 milliards de dollars mobilisés en 2025
Diversification : le réveil de l'Enterprise, de l'E-commerce et de la Healthtech
Pour la première fois depuis le cycle exceptionnel de 2021-2022, plusieurs secteurs secondaires ont franchi la barre symbolique des 200 millions de dollars de financement annuel. Ce phénomène signale une diversification accrue de l'écosystème. L'E-commerce a mobilisé 312 millions de dollars (+74 %), malgré une baisse du nombre de transactions, indiquant une augmentation de la taille moyenne des tickets. Le secteur Enterprise (logiciels pour entreprises) progresse également de 74 % avec 274 millions de dollars, soutenu par une forte hausse de l'activité transactionnelle (+43 %). La Healthtech affiche la croissance la plus spectaculaire en pourcentage, avec un bond de 232 % pour atteindre 224 millions de dollars.
Un modèle de croissance distinct des standards mondiaux
Alors que le capital-risque mondial s'est rué massivement vers l'IA générative en 2025, selon le rapport, l'Afrique a tracé sa propre voie. La croissance sur le continent n'a pas été portée par des méga-levées de fonds spéculatives liées à l'IA de pointe, mais par des solutions pragmatiques intégrées dans l'économie réelle, comme la logistique, la santé et les services aux PME.
Enfin, l'émergence de la dette comme pilier central du financement (représentant près de la moitié des capitaux totaux en 2025) souligne que les startups africaines atteignent désormais un niveau de maturité opérationnelle et de gouvernance suffisant pour accéder à des instruments non dilutifs. Le paysage de 2025 dessine ainsi un écosystème plus équilibré, moins dépendant d'un seul secteur ou d'un seul type de financement.
Jean Mermoz Konandi
Publié le 26/01/26 11:55


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