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Gabon : 254,6 milliards FCFA pour deux complexes miniers, le pari industriel de la transformation locale

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Le Gabon entend accélérer la transformation de ses ressources minières avec une enveloppe prévisionnelle de 254,6 milliards FCFA consacrée au développement de complexes de production d'alliages et d'agglomérés. Inscrits dans le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, ces investissements constituent deux composantes du programme intégré de transformation locale des minerais. Selon les annexes financières du document, 113,2 milliards FCFA sont destinés aux complexes de production d'alliages, contre 141,5 milliards FCFA pour les unités de production d'agglomérés. Leur réalisation s'inscrit dans un calendrier prolongé : 138,6 milliards FCFA sont programmés entre 2026 et 2030, tandis que 116 milliards FCFA supplémentaires sont positionnés après 2030.

Le premier volet, évalué à 113,2 milliards FCFA, concerne les complexes de production d'alliages, notamment le ferromanganèse et le silicomanganèse. Le PNCD prévoit un engagement de 22,6 milliards FCFA par an entre 2028 et 2030, soit 67,9 milliards sur cette période, puis 45,3 milliards après 2030. La stratégie repose notamment sur le renforcement du pôle métallurgique de Moanda-Franceville, dans le Haut-Ogooué, où la Compagnie minière de l'Ogooué (Comilog) dispose déjà d'installations industrielles. D'après le document, ce pôle produit actuellement environ 30 000 tonnes d'alliages de manganèse par an, avec une ambition de porter progressivement cette capacité à 85 000 tonnes annuelles, soit près de trois fois le niveau actuel. Pour accompagner cette augmentation, le plan prévoit la modernisation des fours, l'amélioration des systèmes d'alimentation, de coulée et de refroidissement, ainsi que le renforcement des installations de filtration et de traitement des poussières industrielles.

Le second volet mobilise 141,5 milliards FCFA pour les complexes de production d'agglomérés, destinés à renforcer l'intégration industrielle de la filière minière. Les premières enveloppes apparaissent en 2029, à hauteur de 35,4 milliards FCFA, reconduites en 2030, tandis que 70,7 milliards FCFA sont programmés au-delà de cette échéance. Le développement de ces capacités s'inscrit dans une stratégie industrielle organisée autour de trois zones : le cluster Moanda-Franceville, l'Estuaire et la Nyanga. Dans l'Estuaire, la proximité du port d'Owendo et du terminal ferroviaire doit faciliter l'acheminement des minerais et l'exportation des produits transformés. À Mayumba, dans la Nyanga, le gouvernement envisage un nouveau pôle métallurgique adossé à un port multimodal en eau profonde et à des corridors ferroviaires reliant les bassins miniers aux infrastructures portuaires. Cette organisation doit permettre de mieux articuler extraction, transformation et commercialisation des minerais gabonais.

La réalisation de ces investissements dépend cependant d'une autre équation industrielle : la disponibilité de l'électricité et des infrastructures logistiques. Le PNCD évalue à 4,5 gigawatts l'ambition de production énergétique destinée à couvrir les besoins de transformation locale de minerais tels que le manganèse, le fer, la potasse et les phosphates. Pour le pôle de Moanda-Franceville, l'approvisionnement électrique doit notamment s'appuyer sur la centrale hydroélectrique de Grand Poubara. Le plan prévoit également le développement d'infrastructures ferroviaires et portuaires, dont le corridor Bélinga-Booué-Mayumba, indispensable à l'intégration de nouveaux bassins miniers. Ces investissements doivent réduire les coûts de transport, sécuriser l'approvisionnement des unités industrielles et améliorer la compétitivité des produits transformés.

Au-delà de ces deux catégories de complexes, le programme minier du PNCD vise des retombées économiques plus larges. Il ambitionne de générer plus de 20 000 emplois directs et indirects, de former chaque année entre 500 et 1 500 personnes aux métiers techniques et industriels et de favoriser l'intégration de 150 à 300 entreprises gabonaises dans les chaînes d'approvisionnement et de services. À l'échelle macroéconomique, le scénario retenu par le gouvernement repose sur une croissance moyenne de 10% par an du secteur secondaire entre 2026 et 2030, contre 6% sur la période 2021-2025. Les industries minières devraient, selon ces projections, progresser de 8% en moyenne annuelle, après une contraction de 3,3% durant la période précédente. Mais le calendrier financier des deux complexes traduit une industrialisation étalée dans le temps : près de 46% de leur coût total est programmé après 2030.

Idrissa Diakité

Publié le 10/10/26 12:29

La Rédaction

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