Le futur aérogare international de Libreville, situé à Andeme, voit son enveloppe budgétaire grimper à 259 milliards FCFA, contre une estimation initiale de 202 milliards fixée en 2021. Cette révision, confirmée par le cabinet français Artelia mandaté pour l'évaluation du projet, confirme l'ampleur des ajustements financiers qu'a connus ce chantier structurant pour la connectivité aérienne du pays. Sur ce montant global, 81 milliards FCFA ont déjà été décaissés, laissant un besoin de financement résiduel de 178 milliards FCFA à sécuriser pour mener le projet à son terme.
Le montage financier repose actuellement sur une facilité de 290 millions d'euros, soit environ 190 milliards FCFA, signée le 4 juillet 2025 entre le gouvernement gabonais, GSEZ Airport SA et un pool bancaire régional. Afreximbank y contribue à hauteur de 100 millions d'euros, tandis que BGFI Bank Gabon et AFG Bank Cameroun apportent conjointement 190 millions d'euros. Ce schéma de financement a toutefois dû être reconstruit après le retrait de la Banque de développement des États de l'Afrique centrale (BDEAC), initialement pressentie pour accompagner le projet, ce qui a contraint le concessionnaire GSEZ Airport à se tourner vers de nouveaux partenaires financiers pour combler l'écart.
Le service de la dette liée à ce chantier repose en grande partie sur la redevance passager R4, dont le produit est désormais affecté directement au concessionnaire. Les nouvelles dispositions fiscales et tarifaires, incluant l'extension de la R4 à l'ensemble des aéroports du territoire, la réinstauration de la TVA à 18 % sur les vols domestiques et la création d'une redevance Sécuriport, pourraient générer environ 80,2 milliards FCFA de recettes annuelles selon les projections de la compagnie nationale Fly Gabon. Ce mécanisme place la rentabilité du projet directement entre les mains des compagnies aériennes et des passagers, dans un marché où le coût du transport aérien reste déjà l'un des plus élevés de la sous-région.
C'est précisément cette architecture qui alimente les interrogations des opérateurs du secteur. Fly Gabon évalue à une fourchette de 42 à 110 milliards FCFA le coût des aérogares comparables récemment construites en Afrique centrale et de l'Ouest, un écart qui interroge sur la structure de coûts du projet d'Andeme et sur sa capacité à générer un retour sur investissement soutenable sans peser durablement sur la compétitivité tarifaire de Libreville comme hub régional. L'enjeu des prochains mois sera de sécuriser le solde de 178 milliards FCFA restant à financer, tout en clarifiant la gouvernance des flux issus de la R4 et son articulation avec les engagements pris auprès de l'IATA. Une résolution transparente de ce dossier conditionnera la capacité du Gabon à transformer cet investissement en levier crédible de croissance pour son secteur aérien, plutôt qu'en charge structurelle pour le marché national.
Idrissa Diakité
Publié le 06/08/26 10:30
La Rédaction
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