L'hypothèse d'un nouveau programme économique appuyé par le Fonds monétaire international (FMI) remet au centre du jeu la crédibilité budgétaire du Gabon. Sans demande formelle à ce stade, la simple annonce d'un cadre de travail conjoint a déjà produit un effet mesurable sur les anticipations des marchés. Elle a contribué à stabiliser les perceptions de risque, dans un contexte où l'accès au financement régional s'est durci et où la notation souveraine a été dégradée. Cette euphorie illustre le poids du FMI comme signal de discipline macroéconomique, avant même tout décaissement.
Mais sur le fond, la question clé est budgétaire. La loi de finances 2026, ramenée à 6 358,2 milliards FCFA après arbitrages parlementaires, repose sur des hypothèses jugées optimistes par plusieurs bailleurs. Le déficit projeté autour de 15 % du PIB et les besoins de financement associés interrogent la soutenabilité de l'exécution, d'autant que la mobilisation de la dette s'est révélée limitée en 2024 et 2025. La dégradation de la note du Gabon par Fitch en décembre dernier, a renforcé ces doutes, en pointant des tensions de liquidité et un environnement de financement plus contraint.
Dans ce contexte, une loi de finances rectificative (LFR) apparaît comme l'outil technique le plus probable pour réaligner le cadre macro-budgétaire sur des paramètres compatibles avec un programme FMI. Ce scénario n'a rien d'exceptionnel, le Gabon y a déjà recouru lors de précédents programmes, notamment en 2018, pour corriger les hypothèses et sécuriser l'exécution. Ailleurs en Afrique, des pays comme le Ghana ou la Zambie ont également dû amender rapidement leur budget pour satisfaire aux “prior actions” du Fonds. La LFR apparaissant comme un mécanisme d'ajustement.
Cependant, l'enjeu dépasse les seuls calculs budgétaires. Les discussions avec le FMI portent classiquement sur quatre points : la réalité des hypothèses macroéconomiques, la stratégie de financement, le traitement des arriérés intérieurs et la maîtrise des dépenses hors cadrage, notamment au niveau des entreprises publiques. Sur chacun de ces volets, l'écart entre les engagements et l'exécution passée a souvent retardé ou compliqué les revues du Fonds. Une LFR crédible permettrait de matérialiser des engagements vérifiables, condition essentielle à un accord.
Le nouveau ministre de l'Économie, Thierry Minko, connaît les lignes rouges de Washington pour avoir piloté des séquences antérieures. Son objectif est donc de réparer un cadre budgétaire fragilisé, rétablir le dialogue technique avec le FMI et capitaliser sur l'émulation déjà perceptible sur les marchés. Le Gabon avance donc par étapes avec l'annonce pour rassurer, la révision budgétaire pour crédibiliser, et, le cas échéant, le programme pour sécuriser le financement. A ce stade, la question n'est plus de savoir si la loi de finances 2026 sera révisée, mais quand et jusqu'où.
Publié le 27/01/26 16:28
La Rédaction
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CEMAC