Près de la moitié de l'économie gabonaise échappe encore largement aux circuits formels. Selon le Rapport pays 2026 de la Banque Africaine de Dévelopemment (BAD), le secteur informel représente 49,1% du PIB, soit le niveau le plus élevé d'Afrique centrale et l'un des plus importants du continent. Son poids sur le marché du travail est encore supérieur : 86,5% des emplois en 2024 seraient rattachés à ce secteur. Pour l'institution financière africaine, cette configuration réduit directement la capacité de l'État à mobiliser l'impôt sur les sociétés et l'impôt sur le revenu.
Le rapport décrit un univers très concentré dans le commerce de proximité, les services artisanaux et domestiques, la réparation, le transport urbain et l'orpaillage traditionnel. Il souligne également que plus de 80% des entreprises informelles seraient détenues par des expatriés. Trois facteurs reviennent dans le diagnostic : pression fiscale, lourdeur administrative et accès limité au financement formel. L'informel devient ainsi simultanément un refuge face au chômage et un verrou pour l'élargissement de l'assiette fiscale.
Le coût est également supporté par les entreprises enregistrées. 63,2% des entreprises formelles disent faire face à la concurrence d'acteurs informels, davantage que la moyenne d'Afrique subsaharienne, située à 56,1%. Les petites entreprises sont les plus exposées : la proportion atteint 74,9%, contre 60,6% pour les entreprises moyennes et 36,1% pour les grandes. L'économie informelle ne réduit donc pas seulement les recettes publiques, elle crée aussi une différence de charges entre entreprises opérant sur les mêmes marchés.
La Banque africaine de développement chiffre également les pertes potentielles pour les finances publiques. Selon ses estimations, chaque point de PIB produit dans l'informel est associé à une perte de recettes fiscales comprise entre 0,17 et 0,41 point de PIB. Le Gabon a engagé une réponse par la numérisation. Plus de 40 000 entreprises auraient été formalisées depuis le lancement du Guichet numérique de l'investissement en juin 2020, tandis que les délais de création ont été ramenés à 72 heures.
Mais l'écart reste considérable entre la multiplication des immatriculations et le poids économique de l'informel. Avec près d'un franc de richesse sur deux et plus de huit emplois sur dix encore concernés, la formalisation ne se joue plus seulement dans les guichets administratifs : elle dépend aussi du coût de la fiscalité, de l'accès au crédit et de l'intérêt économique qu'une petite activité trouve à entrer durablement dans le secteur déclaré.
Idrissa Diakité
Publié le 29/09/26 10:41
La Rédaction
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