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Gabon : Pourquoi la BAD juge encore fragmentaires les informations sur la dette des entreprises publiques ?

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La dette publique gabonaise ne se résume pas aux emprunts directement contractés par l'État. Une partie du risque budgétaire peut aussi se loger dans les entreprises publiques, à travers leurs emprunts, garanties, engagements commerciaux ou contrats de partenariat. Or, sur ce périmètre, la Banque africaine de développement pointe encore un problème de visibilité. Dans son Rapport pays 2026, elle constate que " les informations sur la dette publique, notamment celle sur les entreprises publiques, restent fragmentaires ", même si la dernière revue de la Banque mondiale apporte quelques éclairages, en présentant notamment plus de 1 000 milliards FCFA de dettes concentrées dans quelques entreprises publiques.

Cette fragmentation pose d'abord un problème comptable. Il faut dire que sans consolidation suffisamment complète des engagements des sociétés contrôlées par l'État, il devient plus difficile d'évaluer l'exposition financière réelle du secteur public. Le rapport appelle ainsi à davantage de " transparence sur les obligations de la dette ", en incluant notamment celles des grandes entreprises publiques. La question prend une importance particulière lorsque certaines de ces sociétés empruntent, investissent ou concluent des contrats susceptibles, à terme, d'engager directement ou indirectement les finances de l'État.

Les partenariats public-privé renforcent cette nécessité de surveillance. L'institution financière panafricaine demande ainsi que les coûts et passifs éventuels liés à ces contrats soient identifiés, quantifiés et inscrits explicitement dans le suivi budgétaire. Elle précise que cette surveillance doit couvrir " l'ensemble du périmètre du secteur public ", entreprises publiques comprises lorsqu'elles participent aux projets. Et pour cause, derrière un financement présenté comme privé peuvent en effet subsister des garanties publiques, des engagements de paiement ou des obligations en cas de rupture du contrat.

Le diagnostic posé par l'Institution dirigée par Sidi Ould Tah dépasse donc la seule publication d'un chiffre global de dette. La BAD relève également des retards dans certains documents d'audit, une fiabilité insuffisante des rapports budgétaires trimestriels et un accès tardif à l'information pour les institutions chargées du contrôle. Le rapport estimant au final, que ces faiblesses affectent la crédibilité budgétaire et peuvent renchérir le coût du financement de l'État, au moment où le Gabon fait déjà face à des contraintes importantes de refinancement.

L'enjeu est désormais de rapprocher trois univers encore trop souvent suivis séparément : la dette de l'administration centrale, celle des entreprises publiques et les engagements conditionnels issus notamment des PPP. La banque de développement recommande une publication plus rapide des audits, une meilleure information du public et un renforcement de l'indépendance des institutions de contrôle. Tant que ces blocs ne seront pas suivis dans un dispositif suffisamment consolidé, le stock de dette affiché par l'État ne donnera qu'une lecture partielle des engagements susceptibles de peser sur les finances publiques.

Idrissa Diakité

Publié le 30/09/26 11:09

La Rédaction

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