Un an après sa finalisation, l'opération continue de servir de référence pour lire la politique pétrolière gabonaise. Le 29 juillet 2025, Tullow Oil a officiellement complété la vente de ses actifs au Gabon à la Gabon Oil Company, à l'issue de la satisfaction de l'ensemble des conditions préalables de l'accord de vente et d'achat, l'intégralité du produit de la cession ayant alors été perçue par le groupe britannique. La transaction portait sur la totalité des participations non opérées de Tullow au Gabon, pour un montant total de 307 millions de dollars nets d'impôts, marquant la sortie du groupe de ses licences gabonaises après 21 années de présence.
Ce retrait s'inscrivait dans une stratégie de désengagement engagée par Tullow depuis 2021, qui a vu le groupe britannique céder successivement ses actifs au Suriname en 2020, se retirer d'Ouganda entre 2020 et 2021, puis du Kenya entre 2022 et 2023, avant de clore son chapitre gabonais en 2025, au profit d'un recentrage sur les champs Jubilee et TEN au Ghana. Pour le Gabon, cette sortie a représenté la troisième pièce d'une politique de reprise en main de ses actifs pétroliers, après l'acquisition d'Assala Energy, portant la production gérée par la Gabon Oil Company à environ 82 000 barils par jour au moment de la clôture.
L'aspect le moins commenté de l'opération reste son financement. La Gabon Oil Company n'a pas mobilisé l'intégralité du montant sur ses seules ressources : le négociant suisse Gunvor lui a apporté un soutien financier pour une partie du coût d'acquisition, dans le prolongement d'un partenariat de trade finance déjà existant entre les deux entités. Ce montage rapproche la logique de la GOC de celle observée au niveau de l'État lui-même dans ses propres opérations de préfinancement pétrolier.
Sur le terrain de la production, le bilan un an après est vérifiable et globalement positif. Devant le Parlement le 15 juin 2026, le président Oligui Nguema a annoncé que l'État, via la GOC, était devenu le premier producteur de pétrole du pays, avec une capacité estimée à près de 90 000 barils par jour, précisant que le rachat de Tullow avait apporté un supplément d'environ 12 000 barils par jour à la capacité globale gérée par la compagnie. Ce chiffre confirme celui publié quelques mois plus tôt par l'entreprise elle-même, qui évaluait déjà l'apport des actifs ex-Tullow entre 10 000 et 12 000 barils par jour, aux côtés des 56 000 barils/jour d'Assala Energy, portant la part de l'État à 35-40 % de la production nationale, pour un montant cumulé d'acquisitions depuis 2023 dépassant 560 milliards FCFA. Le portefeuille ex-Tullow, non opéré, a donc tenu sa promesse initiale sans à-coup, ce qui constitue en soi un résultat opérationnel pour une entité publique reprenant en gestion des participations minoritaires.
Sur le plan financier, en revanche, le bilan reste difficile à établir faute de publication. Aucune donnée consolidée de la GOC, chiffre d'affaires, dette nette ou dividendes remontés au budget de l'État, n'est disponible dans les sources ouvertes, et le seul élément qualitatif recueilli porte sur le périmètre Assala plutôt que sur l'ensemble consolidé. La souveraineté pétrolière affichée depuis un an se lit donc pour l'heure opérationnellement avec l'objectif de contrôle de production qui est atteint. Financièrement, les prochains mois diront si l'endettement adossé aux mécanismes de préfinancement gagés sur les barils futurs a permis à la GOC de rentabiliser ses acquis.
Idrissa Diakité
Publié le 10/08/26 08:53
La Rédaction
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CEMAC