Deux calendriers convergent à Libreville en cette mi-juillet 2026, sans que personne ne les ait officiellement reliés. D'un côté, le Comité d'audit et de consolidation des passifs exigibles de l'État, lancé le 17 juin par le ministre de l'Économie Thierry Minko, doit livrer ses conclusions cette semaine sur un stock de dette publique que les autorités elles-mêmes évaluent à environ 8 700 milliards FCFA, soit entre 70 et 74 % du PIB à fin mars 2026. De l'autre, la Task force sur la dette publique, active depuis 2020, a documenté depuis six ans un système de surfacturations et de travaux fantômes qui explique en grande partie comment cette dette intérieure a été multipliée par sept entre 2020 et 2023.
Cette convergence n'est pas un hasard de calendrier. L'eurobond gabonais 2031 a accusé mi-avril sa plus forte baisse en un an, après des projections du FMI plaçant la dette publique à 85,5 % du PIB en 2026, au-dessus du plafond CEMAC de 70 %. Dans le même temps, le spread souverain gabonais est passé de plus de 1 100 points de base en janvier à 689,60 points de base à la mi-avril selon plusieurs sites spécialisés. Cette détente traduit un pari des marchés sur la trajectoire de transparence engagée par Libreville, plus qu'une validation de chiffres déjà connus. C'est précisément ce que l'audit doit trancher, dans l'optique de fournir aux marchés une base chiffrée qui ne prête plus à débat.
Le passif que le Comité d'audit doit consolider n'est pour l'heure pas homogène. Le rapport d'étape de la Task force, daté du 15 novembre 2023, chiffrait déjà un surcoût de 12 milliards FCFA sur les voiries de Libreville, 2,8 milliards FCFA de surfacturations sur la route Ndjolé-Médouneu, un dérapage de 47% sur le stade d'Oyem. Ces montants, documentés dossier par dossier, forment une part non négligeable du stock que l'audit actuel doit désormais qualifier et consolider selon les normes INTOSAI-ISSAI.
Le comité distinguera ainsi les créances validées de celles qui nécessitent encore des contrôles complémentaires, une méthodologie qui rejoint directement le travail de terrain déjà mené par la Task force. Le point qui mérite l'attention des investisseurs n'est donc pas seulement le chiffre final, mais ce qu'il en sera fait. Sur les dossiers antérieurs traités par la Taskforce, le taux de poursuites judiciaires effectives n'a atteint que 32%. Un ratio à mitiger, alors que les autorités présentent l'audit comme un préalable indispensable à l'assainissement des finances publiques et que l'issue de l'audit conditionnera également l'accès du pays aux financements concessionnels indispensables à son programme d'investissement.
Pour les agences de notation, la gouvernance institutionnelle pèse autant que le ratio dette/PIB dans l'appréciation du risque souverain. La Task force insistera désormais sur le contrôle en cours d'exécution plutôt que sur la vérification a posteriori, un basculement méthodologique qui réduit le risque de nouvelles dérives sur les projets en cours. Combiné à la création en avril du Comité national de la dette publique, chargé de la coordination et du contrôle de la politique d'endettement, le dispositif institutionnel gabonais se densifie.
Idrissa Diakité
Publié le 10/07/26 12:58
La Rédaction
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