Gancho Kipulu, Corporate Market Country Head, Rawbank : ''Après la RD Congo, nous portons l’ambition d’être une banque panafricaine’''

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Gancho Kipulu, Corporate Market Country Head, Rawbank : 

Après la RD Congo, nous portons l'ambition d'être une banque panafricaine

 A 4 milliards de dollars de total bilan, soit environ 2 500 milliards FCFA, Rawbank ferait bien office de deuxième plus grand établissement bancaire de la zone UEMOA, après Société Générale Côte d'Ivoire. Lancée il y a deux décennies, la banque, leader en RD Congo, se prépare à passer à une nouvelle étape de son développement en entamant son expansion sur de nouveaux marchés.

Sika Finance a rencontré Gancho Kipulu, Corporate Market Country Head, à la faveur du forum du réseau d'affaires Makutano qui s'est tenu à Abidjan les 20 et 21 septembre derniers.

Rawbank est à un peu plus de 20 ans et fait office d'établissement de référence sur le marché de la RDC. Est-ce que vous pouvez présenter la banque ?

Rawbank est le fruit de l'engagement séculaire de la famille Rawji, qui investit depuis quatre générations en République Démocratique du Congo. Face au besoin criant de financement dans le pays, il y a exactement 21 ans, les Rawji ont fait le choix audacieux de créer une institution financière dédiée au secteur privé. Cette décision incarne le profond attachement de Rawbank au développement économique de la RD Congo.

Depuis notre création en 2002, nous avons progressé avec détermination pour devenir la première banque en République Démocratique du Congo. Notre succès est le résultat d'un engagement sans faille et se reflète clairement dans notre bilan total, qui atteint aujourd'hui 4 milliards de dollars. Près de 70 % de cette somme sont soigneusement alloués à nos quatre segments de marché stratégiques.

Notre succès (…) se reflète clairement dans notre bilan total, qui atteint aujourd'hui 4 milliards de dollars. 

Rawbank joue un rôle essentiel dans la gestion de dépôts d'une valeur totale de 3,2 milliards de dollars. Ces fonds sont judicieusement répartis sur les quatre piliers de notre activité qui sont : les grandes entreprises, les grandes institutions, les PME, les particuliers, et notre division Private Bank.

Nos ratios de solvabilité et de liquidité affichent des performances exemplaires jusqu'à présent. Nous disposons d'un réseau de près de 100 agences à travers le territoire national et comptons plus de 1 800 collaborateurs engagés. De plus, notre croissance est constante, en 2022, nous avons octroyé une quantité importante de crédits.

Voilà un aperçu complet de Rawbank, une institution financière solide, ancrée dans l'histoire du Congo et déterminée à contribuer activement à son avenir prospère.

On note qu'en deux décennies, Rawbank est parvenue à avoir une véritable mainmise sur le marché bancaire de la RD Congo, dont il est devenu premier acteur. Alors quels sont les leviers qui vous ont permis de vous imposer ?

Le levier essentiel qui a favorisé notre ascension réside avant tout dans notre parfaite connaissance du marché et de ses acteurs économiques. Selon moi, cette expertise constitue notre véritable différenciateur sur le plan commercial.

Comme vous le savez, l'économie congolaise repose en grande partie sur le secteur minier. Nous comptons parmi nos clients près de 90 % de toutes les entreprises minières opérant en RD Congo. Notre empreinte s'étend à travers divers secteurs d'activité, allant des grandes entreprises actives dans les domaines miniers, des télécommunications, jusqu'à la distribution de produits pétroliers notamment. Nous accordons également une attention particulière aux PME qui jouent un rôle essentiel dans la chaîne de valeur des grandes entreprises.

Dès ses débuts, Rawbank a promu trois valeurs fondamentales : la rapidité, la flexibilité et le respect. Nous avons persévéré dans cette voie, ce qui a consolidé notre position sur le marché congolais. Ces principes ont guidé notre approche, nous permettant de répondre de manière agile aux besoins de nos clients tout en respectant des normes élevées d'éthique et de service.

En résumé, notre connaissance approfondie du marché, notre portefeuille diversifié de clients et notre engagement inébranlable envers nos valeurs fondamentales ont été les moteurs de notre succès continu sur le marché bancaire de la RD Congo.

Est-ce qu'on peut donc dire aujourd'hui que la banque est un symbole du success story à la congolaise ?

Assurément, et ce succès repose sur des fondements solides. Comme je l'ai précédemment évoqué, la Rawbank est le fruit de l'engagement continu d'une famille qui a investi en République Démocratique du Congo depuis quatre générations. Il est important de noter que les fonds ayant servi à cet investissement ont été principalement générés sur le sol congolais.

La Rawbank est le fruit de l'engagement continu d'une famille qui a investi en République Démocratique du Congo depuis quatre générations. 

Je me souviens de mes débuts en tant que membre de la première génération de collaborateurs de la banque, à une époque où de nombreuses personnes doutaient de notre capacité à réussir, où la confiance ne coulait pas de source. Cependant, au fil des ans, notre travail acharné, associé à la culture de la performance instaurée par le conseil d'administration de la banque, a contribué à forger la success story de Rawbank.

Ce succès et l'expertise accumulée au fil du temps nous ont conduit à envisager des ambitions encore plus grandes, à savoir devenir une banque panafricaine. Aujourd'hui, nous avons déjà établi des bureaux de représentation en Chine, en raison des flux financiers significatifs entre les deux pays, ainsi qu'en Belgique. Dans le but de réaliser pleinement notre vision de devenir une véritable banque panafricaine, nous sommes actuellement en train d'étendre notre présence à travers le continent africain.

Ce succès et l'expertise accumulée au fil du temps nous ont conduit à envisager des ambitions encore plus grandes, à savoir devenir une banque panafricaine. 

Je dirais que Rawbank incarne non seulement une réussite exceptionnelle à la congolaise, mais aspire également à devenir un acteur majeur de la scène bancaire panafricaine, grâce à son héritage, son engagement et sa détermination à relever de nouveaux défis.

Y a-t-il des marchés particuliers que vous ciblez ?

En effet, nous avons choisi de nous développer progressivement en ciblant en premier lieu nos pays voisins. Cette stratégie découle du constat qu'il existe d'importants flux économiques entre nos nations limitrophes. Bien que cela puisse demander un certain temps, nous sommes confiants dans notre capacité à réussir cette expansion.

(…) nous avons choisi de nous développer progressivement en ciblant en premier lieu nos pays voisins. 

La digitalisation et la question de l'inclusion financière sont cruciaux pour une population africaine jeune et souvent loin des centres urbains. Quelles sont les réalisations de la Rawbank en la matière ?

Chez Rawbank, nous avons récemment lancé notre propre passerelle de paiement, "illicocash", qui représente un moyen de paiement novateur, associant plusieurs commodités et offrant des avantages substantiels en matière d'inclusion financière. Par le biais d'illicocash, nous œuvrons à rapprocher davantage les services financiers des citoyens, y compris ceux éloignés des centres urbains.

De plus, nous collaborons activement avec les opérateurs de téléphonie cellulaire pour établir ce que nous appelons l'interopérabilité entre les banques et les services de mobile money. Ces initiatives conjointes sont en cours de déploiement, et nous sommes convaincus qu'elles ouvriront la voie à de nouvelles opportunités, notamment en permettant d'adresser des segments de marché jusqu'alors sous-exploités en République Démocratique du Congo, grâce à des offres plus adaptées. Nous sommes résolument engagés à mettre en place des solutions qui répondent aux besoins variés de notre population et contribuent à son inclusion financière.

Dans le cadre du Makutano d'Abidjan, le projet était de favoriser des connexions entre les milieux d'affaires ivoirien et congolais. Quels sont, selon vous, les domaines de collaboration qui peuvent rapprocher les deux parties ?

Lorsque l'on évoque la République Démocratique du Congo, il est important de souligner sa vaste étendue géographique, couvrant 2 345 000 km2, ainsi que sa population de 100 millions d'habitants. Cette dimension démontre clairement le potentiel économique du pays, avec une demande solvable significative. En ce qui concerne les secteurs de collaboration possibles dans le cadre du Makutano, je mettrais en avant tout particulièrement le secteur agricole.

Le secteur agricole représente l'une des priorités des dirigeants actuels de la RD Congo. Au sein des institutions bancaires du pays, je pense que nous pouvons bénéficier de l'expertise et du savoir-faire nécessaires pour soutenir le financement de projets dans ce secteur. À cet égard, nous pourrions nous inspirer de l'expérience ivoirienne, notamment en ce qui concerne la filière cacao. En 2022, la Côte d'Ivoire a produit 2,4 millions de tonnes de cacao, tandis que la RD Congo en était encore à 35 000 tonnes. Il est pertinent de noter qu'à une époque, cette filière constituait la principale source de revenus pour l'État congolais, dans les années 60-70.

Ainsi, l'objectif de notre participation à ces discussions est d'établir des contacts avec les acteurs du secteur agricole, en vue de revitaliser en RD Congo certaines filières qui ont presque disparu. Cette collaboration pourrait non seulement renforcer notre économie nationale, mais également contribuer à l'épanouissement mutuel de nos deux pays.

Rawbank cible en premier lieu les pays voisins de la RD Congo pour son expansion, mais la zone UEMOA pourrait-elle faire partir de ses projets ?

Il est vrai que notre parcours a débuté en République Démocratique du Congo, mais nous sommes pleinement conscients que nous ne pouvons pas nous limiter à ce seul territoire. Une expansion géographique stratégique est essentielle pour consolider notre position et éviter de nous retrouver isolés.

Dans un avenir proche, nous envisageons effectivement de renforcer notre présence sur le continent africain en explorant de nouvelles opportunités dans d'autres pays. Notre objectif est de développer une envergure panafricaine qui renforcera notre capacité à servir nos clients et à contribuer au développement économique de la région.

La question du financement se pose en Afrique en raison de diverses contraintes. Comment travaillez-vous à adresser cette problématique ?   

Justement, l'une des questions centrales abordées lors du MAKUTANO était de savoir si l'Afrique avait la capacité de mobiliser des ressources internes pour son propre financement. Dans ce contexte, Rawbank a entrepris une démarche ambitieuse en matière de diversification des sources de financement.

Notre première étape a consisté à réaliser une analyse exhaustive de l'ensemble du paysage économique, en commençant par les micro-entrepreneurs, y compris les femmes qui vendent sur les marchés. Nous avons constaté que ce secteur, bien que souvent méconnu, constitue un pilier essentiel de l'économie familiale congolaise. Ainsi, nous avons établi un partenariat avec la mutuelle de femmes entrepreneures, qui regroupe ces femmes génératrices de petits revenus. Dans le cadre de cette collaboration, nous avons accordé des lignes de financement à cette mutuelle, laquelle octroie ensuite des petits crédits adaptés à leurs besoins.

En parallèle, nous avons également porté notre attention sur les PME du pays, conscient du rôle clé qu'elles jouent dans la croissance économique et la création d'emplois. Plus spécifiquement, nous nous sommes tournés vers les entrepreneures féminines, car chez Rawbank nous accordons une grande importance à l'entrepreneuriat au féminin. Toutefois, pour réduire le risque, nous avons opté pour une mutualisation en partenariat avec des acteurs africains tels que l'African Guarantee Fund (AGF), qui permet de "dérisquer" certaines opérations. Il existe des secteurs où nous fournissons du financement sans en maîtriser la totalité, et pour avancer dans ces cas, nous avons besoin de garanties.

En ce qui concerne les grandes entreprises, notre objectif est de travailler sur des dossiers qui sont solides et conformes à la réglementation en vigueur. Nous explorons également la possibilité de syndiquer nos financements avec d'autres banques africaines, notamment celles qui ont une forte présence locale et celles qui ont une portée panafricaine. Il est important de noter que nous sommes souvent limités par notre capacité à intervenir auprès d'un seul client, ce qui rend nécessaire la syndication pour les projets d'envergure.

Il me semble également adéquat de souligner le soutien important de l'État en matière de financement. Nous plaidons en faveur de l'utilisation de garanties souveraines pour renforcer notre capacité à accorder des financements. Nous sommes convaincus qu'il est possible de mobiliser des ressources locales en Afrique pour financer des projets, et que cela aura un impact positif sur l'ensemble de la région.

Finalement, Rawbank s'engage activement à répondre aux défis du financement en Afrique en diversifiant ses approches et en collaborant avec divers partenaires, tout en encourageant un environnement propice au développement économique et à l'autonomisation des acteurs économiques locaux.

Jean Mermoz Konandi

Publié le 16/10/23 09:49

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